Ainsi parlait Zarathoustra
- Автор: Ницше Фридрих Вильгельм
- Год: 21
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «Ainsi parlait Zarathoustra». Краткое содержание книги:
Et je répondis: «J’ai honte.»
Alors l’Autre me dit de nouveau sans voix: «Il te faut redevenir enfant et sans honte.
L’orgueil de la jeunesse est encore sur toi, tu es devenu jeune sur le tard: mais celui qui veut devenir enfant doit surmonter aussi sa jeunesse.» -
Et je réfléchis longtemps en tremblant. Enfin je répétai ma première réponse: «Je ne veux pas!» Alors il se fit autour de moi comme un éclat de rire. Hélas! que ce rire me déchirait les entrailles et me fendait le cœur!
Et une dernière fois l’Autre me dit: «Ô Zarathoustra, tes fruits sont mûrs, mais toi tu n’es pas mûr encore pour tes fruits!
Il te faut donc retourner à la solitude, afin que ta dureté s’amollisse davantage.» -
Et de nouveau il y eut comme un rire et une fuite: puis tout autour de moi se fit silencieux comme un double silence. Mais moi j’étais couché par terre, baigné de sueur.
Maintenant vous avez tout entendu. C’est pourquoi il faut que je retourne à ma solitude. Je ne vous ai rien caché, mes amis.
Cependant je vous ai aussi appris à savoir quel est toujours le plus discret parmi les hommes – et qui veut être discret!
Hélas! mes amis! J’aurais encore quelque chose à vous dire, j’aurais encore quelque chose à vous donner! Pourquoi est-ce que je ne vous le donne pas? Suis-je donc avare?
Mais lorsque Zarathoustra eut dit ces paroles, la puissance de sa douleur s’empara de lui à la pensée de bientôt quitter ses amis, en sorte qu’il se mit à sangloter; et personne ne parvenait à le consoler. Pourtant de nuit il s’en alla tout seul, en laissant là ses amis.
TROISIÈME PARTIE
«Vous regardez en haut quand vous aspirez à l’élévation. Et moi je regarde en bas puisque je suis élevé.
«Qui de vous peut en même temps rire et être élevé. Celui qui plane sur les hautes montagnes se rit de toutes les tragédies de la scène et de la vie.»
Zarathoustra, I,
Lire et écrire.
Le voyageur
Il était minuit quand Zarathoustra se mit en chemin par-dessus la crête et de l’île pour arriver le matin de très bonne heure à l’autre rive: car c’est là qu’il voulait s’embarquer. Il y avait sur cette rive une bonne rade où des vaisseaux étrangers aimaient à jeter l’ancre; ils emmenaient avec eux quelques-uns d’entre ceux des Îles Bienheureuses qui voulaient passer la mer. Zarathoustra, tout en montant la montagne, songea en route aux nombreux voyages solitaires qu’il avait accomplis depuis sa jeunesse, et combien de montagnes, de crêtes et de sommets il avait déjà gravis.
Je suis un voyageur et un grimpeur de montagnes, dit-il à son cœur, je n’aime pas les plaines et il me semble que je ne puis pas rester tranquille longtemps.
Et quelle que soit ma destinée, quel que soit l’événement qui m’arrive, – ce sera toujours pour moi un voyage ou une ascension: on finit par ne plus vivre que ce que l’on a en soi.
Les temps sont passés où je pouvais m’attendre aux événements du hasard, et que m’adviendrait-il encore qui ne m’appartienne déjà?
Il ne fait que me revenir, il est enfin de retour – mon propre moi, et voici toutes les parties de lui-même qui furent longtemps à l’étranger et dispersées parmi toutes les choses et tous les hasards.
Et je sais une chose encore: je suis maintenant devant mon dernier sommet et devant ce qui m’a été épargné le plus longtemps. Hélas! il faut que je suive mon chemin le plus difficile! Hélas! J’ai commencé mon plus solitaire voyage!
Mais celui qui est de mon espèce n’échappe pas à une pareille heure, l’heure qui lui dit: «C’est maintenant seulement que tu suis ton chemin de la grandeur! Le sommet et l’abîme se sont maintenant confondus!
Tu suis ton chemin de la grandeur: maintenant ce qui jusqu’à présent était ton dernier danger est devenu ton dernier asile!
Tu suis ton chemin de la grandeur: il faut maintenant que ce soit ton meilleur courage de n’avoir plus de chemin derrière toi!
Tu suis ton chemin de la grandeur: ici personne ne se glissera à ta suite! Tes pas eux-mêmes ont effacé ton chemin derrière toi, et au-dessus de ton chemin il est écrit: Impossibilité.
Et si dorénavant toutes les échelles te manquent, il faudra que tu saches grimper sur ta propre tête: comment voudrais-tu faire autrement pour monter plus haut?
Sur ta propre tête et au delà, par-dessus ton propre cœur! Maintenant ta chose la plus douce va devenir la plus dure.
Chez celui qui s’est toujours beaucoup ménagé, l’excès de ménagement finit par devenir une maladie. Béni soit ce qui rend dur! Je ne vante pas le pays où coulent le beurre et le miel!
Pour voir beaucoup de choses il faut apprendre à voir loin de soi: – cette dureté est nécessaire pour tous ceux qui gravissent les montagnes.
Mais celui qui cherche la connaissance avec des yeux indiscrets, comment saurait-il voir autre chose que les idées de premier plan!
Mais toi, ô Zarathoustra! tu voulais apercevoir toutes les raisons et l’arrière-plan des choses: il te faut donc passer sur toi-même pour monter – au delà, plus haut, jusqu’à ce que tes étoiles elles-mêmes soient au-dessous de toi!
Oui! Regarder en bas sur moi-même et sur mes étoiles: ceci seul serait pour moi le sommet, ceci demeure pour moi le dernier sommet à gravir! -
Ainsi se parlait à lui-même Zarathoustra, tandis qu’il montait, consolant son cœur avec de dures maximes: car il avait le cœur plus blessé que jamais. Et lorsqu’il arriva sur la hauteur de la crête, il vit l’autre mer qui était étendue devant lui: alors il demeura immobile et il garda longtemps le silence. Mais à cette hauteur la nuit était froide et claire et étoilée.
Je reconnais mon sort, dit-il enfin avec tristesse. Allons! je suis prêt. Ma dernière solitude vient de commencer.
Ah! Mer triste et noire au-dessous de moi! Ah! Sombre et nocturne mécontentement! Ah! Destinée, océan! C’est vers vous qu’il faut que je descende!
Je suis devant ma plus haute montagne et devant mon plus long voyage: c’est pourquoi il faut que je descende plus bas que je ne suis jamais monté: plus bas dans la douleur que je ne suis jamais descendu, jusque dans l’onde la plus noire de douleur! Ainsi le veut ma destinée: Eh bien! Je suis prêt.
D’où viennent les plus hautes montagnes? C’est que j’ai demandé jadis. Alors, j’ai appris qu’elles viennent de la mer.
Ce témoignage est écrit dans leurs rochers et dans les pics de leurs sommets. C’est du plus bas que le plus haut doit atteindre son sommet. -
Ainsi parlait Zarathoustra au sommet de la montagne où il faisait froid; mais lorsqu’il arriva près de la mer et qu’il finit par être seul parmi les récifs, il se sentit fatigué de sa route et plus que jamais rempli de désir.
Tout dort encore maintenant, dit-il; la mer aussi est endormie. Son œil regarde vers moi, étrange et somnolent.
Mais son haleine est chaude, je le sens. Et je sens aussi qu’elle rêve. Elle s’agite, en rêvant, sur de durs coussins.