Ainsi parlait Zarathoustra
- Автор: Ницше Фридрих Вильгельм
- Год: 21
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «Ainsi parlait Zarathoustra». Краткое содержание книги:
Car ils ont aussi la modestie de leur vertu, – parce qu’ils veulent avoir leurs aises. Mais seule une vertu modeste se comporte avec les aises.
Ils apprennent aussi à marcher à leur manière et à marcher en avant: c’est ce que j’appelle aller clopin-clopant. – C’est ainsi qu’ils sont un obstacle pour tous ceux qui se hâtent.
Les pieds et les yeux ne doivent ni mentir ni se démentir. Mais il y a beaucoup de mensonges parmi les petites gens.
Quelques-uns d’entre eux «veulent», mais la plupart ne sont que «voulus». Quelques-uns d’entre eux sont sincères, mais la plupart sont de mauvais comédiens.
Il y a parmi eux des comédiens sans le savoir et des comédiens sans le vouloir, – ceux qui sont sincères sont toujours rares, surtout les comédiens sincères.
Les qualités de l’homme sont rares ici: c’est pourquoi les femmes se masculinisent. Car celui qui est assez homme sera seul capable d’affranchir dans la femme – la femme.
Et voici la pire des hypocrisies que j’ai trouvée parmi eux: ceux qui ordonnent feignent, eux aussi, les vertus de ceux qui obéissent.
«Je sers, tu sers, nous servons,» – ainsi psalmodie l’hypocrisie des dominants, – et malheur à ceux dont le premier maître n’est que le premier serviteur!
Hélas! la curiosité de mon regard s’est aussi égarée vers leur hypocrisie; et j’ai bien deviné leur bonheur de mouche et leur bourdonnement vers les vitres ensoleillées.
Tant il y a de bonté, tant il y a de faiblesse! Tant il y a de justice et de compassion, tant il y a de faiblesse!
Ils sont ronds, loyaux et bienveillants les uns envers les autres, comme les grains de sable sont ronds, loyaux et bienveillants envers les grains de sable.
Embrasser modestement un petit bonheur, – c’est ce qu’ils appellent «résignation»! et du même coup ils louchent déjà modestement vers un nouveau petit bonheur.
Dans leur simplicité, ils n’ont au fond qu’un désir: que personne ne leur fasse mal. C’est pourquoi ils sont prévenants envers chacun et ils lui font du bien.
Mais c’est là de la lâcheté: bien que cela s’appelle «vertu». -
Et quand il arrive à ces petites gens de parler avec rudesse: je n’entendis dans leur voix que leur enrouement, – car chaque coup de vent les enroue!
Ils sont rusés, leurs vertus ont des doigts agiles. Mais il leur manque les poings: leurs doigts ne savent pas se cacher derrière leur poing.
La vertu, c’est pour eux ce qui rend modeste et apprivoisé: c’est ainsi qu’ils ont fait du loup un chien et de l’homme même le meilleur animal domestique de l’homme.
«Nous avons placé notre chaise au milieu – c’est ce que me dit leur hilarité – et à la même distance des gladiateurs mourants et des truies joyeuses.»
Mais c’est là – de la médiocrité: bien que cela s’appelle modération. -
3.
Je passe au milieu de ce peuple et je laisse tomber maintes paroles: mais ils ne savent ni prendre ni retenir.
Ils s’étonnent que je ne sois pas venu pour blâmer les débauches et les vices; et, en vérité, je ne suis pas venu non plus pour mettre en garde contre les pickpockets.
Ils s’étonnent que je ne sois pas prêt à déniaiser et à aiguiser leur sagesse: comme s’ils n’avaient pas encore assez de sages subtils dont la voix grince comme un crayon d’ardoise!
Et quand je crie: «Maudissez tous les lâches démons qui sont en vous et qui gémiraient volontiers, qui voudraient croiser les mains et adorer»: alors ils crient: «Zarathoustra est impie.»
Et leurs professeurs de résignation crient plus fort, mais c’est précisément à eux qu’il me plaît de crier à l’oreille: Oui! Je suis Zarathoustra, l’impie!
Ces professeurs de résignation! Partout où il y a petitesse, maladie et teigne, ils rampent comme des poux; et mon dégoût seul m’empêche de les écraser.
Eh bien! voici le sermon que je fais pour leurs oreilles: je suis Zarathoustra l’impie qui dit: «Qui est-ce qui est plus impie que moi, pour que je me réjouisse de son enseignement?»
Je suis Zarathoustra, l’impie: où trouverai-je mes semblables? Mes semblables sont tous ceux qui se donnent eux-mêmes leur volonté et qui se débarrassent de toute résignation.
Je suis Zarathoustra, l’impie: je fais bouillir dans ma marmite tout ce qui est hasard. Et ce n’est que lorsque le hasard est cuit à point que je lui souhaite la bienvenue pour en faire ma nourriture.
Et en vérité, maint hasard s’est approché de moi en maître: mais ma volonté lui parle d’une façon plus impérieuse encore, – et aussitôt il se mettait à genoux devant moi en suppliant – me suppliant de lui donner asile et accueil cordial, et me parlant d’une manière flatteuse: «Vois donc, Zarathoustra, il n’y a qu’un ami pour venir ainsi chez un ami!»
Mais pourquoi parler, quand personne n’a mes oreilles! Ainsi je veux crier à tous les vents:
Vous devenez toujours plus petits, petites gens! vous vous émiettez, vous qui aimez vos aises! Vous finirez par périr – à cause de la multitude de vos petites vertus, de vos petites omissions, à cause de votre continuelle petite résignation.
Vous ménagez trop, vous cédez trop: c’est de cela qu’est fait le sol où vous croissez! Mais pour qu’un arbre devienne grand, il faut qu’il pousse ses dures racines autour de durs rochers!
Ce que vous omettez aide à tisser la toile de l’avenir des hommes; votre néant même est une toile d’araignée et une araignée qui vit du sang de l’avenir.
Et quand vous prenez, c’est comme si vous vouliez, ô petits vertueux; pourtant, parmi les fripons même, l’honneur parle: «Il faut voler seulement là ou on ne peut pas piller.»
«Cela ce donne» – telle est aussi une doctrine de la résignation. Mais moi je vous dis, à vous qui aimez vos aises: cela se prend, et cela prendra de vous toujours davantage!
Hélas, que ne vous défaites-vous de tous ces demi-vouloirs, que ne vous décidez-vous pour la paresse comme pour l’action!
Hélas, que ne comprenez-vous ma parole: «Faites toujours ce que vous voudrez, – mais soyez d’abord de ceux qui peuvent vouloir!»
«Aimez toujours votre prochain comme vous-mêmes, mais soyez d’abord de ceux qui s’aiment eux-mêmes -
– qui s’aiment avec le grand amour, avec le grand mépris!» Ainsi parle Zarathoustra, l’impie. -
Mais pourquoi parler, quand personne n’a mes oreilles! Il est encore une heure trop tôt pour moi.
Je suis parmi ce peuple mon propre précurseur, mon propre chant du coq dans les rues obscures.
Mais leur heure vient! Et vient aussi la mienne! D’heure en heure ils deviennent plus petits, plus pauvres, plus stériles, – pauvre herbe! pauvre terre!
Bientôt ils seront devant moi comme de l’herbe sèche, comme une steppe, et, en vérité, fatigués d’eux-mêmes, – et plutôt que d’eau, altérés de feu!
Ô heure bienheureuse de la foudre! Ô mystère d’avant midi! – un jour je ferai d’eux des feux courants et des prophètes aux langues de flammes: – ils prophétiseront avec des langues de flammes: il vient, il est proche, le Grand Midi!