Ainsi parlait Zarathoustra
- Автор: Ницше Фридрих Вильгельм
- Год: 21
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «Ainsi parlait Zarathoustra». Краткое содержание книги:
Car je préfère le bruit et le tonnerre et les outrages du mauvais temps, à ce repos de chats, circonspect et hésitant; et, parmi les hommes eux aussi, ce sont ces êtres mixtes et indécis marchant à pas de loups, ces nuages qui passent, doutant et hésitant que je hais le plus.
Et «qui ne sait bénir doit apprendre à maudire!» – ce clair enseignement m’est tombé d’un ciel clair, cette étoile brille à mon ciel, même dans les nuits noires.
Mais moi je bénis et j’affirme toujours, pourvu que tu sois autour de moi, ciel clair, abîme de lumière! – c’est alors que je porte dans tous les abîmes ma bienfaisante affirmation.
Je suis devenu celui qui bénit et qui affirme: et j’ai longtemps lutté pour cela; je fus un lutteur, afin d’avoir un jour les mains libres pour bénir.
Ceci cependant est ma bénédiction: être au-dessus de chaque chose comme son propre ciel, son toit arrondi, sa cloche d’azur et son éternelle quiétude: et bienheureux celui qui bénit ainsi!
Car toutes les choses sont baptisées à la source de l’éternité, par delà le bien et le mal; mais le bien et le mal ne sont eux-mêmes que des ombres fugitives, d’humides afflictions et des nuages passants.
En vérité, c’est une bénédiction et non une malédiction que d’enseigner: «Sur toutes choses, se trouve le ciel hasard, le ciel innocence, le ciel à peu près, le ciel pétulance.»
«Par hasard» – c’est là la plus vieille noblesse du monde, je l’ai rendue à toutes les choses, je les ai délivrées de la servitude du but.
Cette liberté et cette sérénité célestes, je les ai placées comme des cloches d’azur sur toutes les choses, lorsque j’ai enseigné qu’au-dessus d’elles, et par elles, aucune «volonté éternelle» – n’affirmait sa volonté.
J’ai mis en place de cette volonté, cette pétulance et cette folie, lorsque j’ai enseigné: «Il y a une chose qui sera toujours impossible – c’est d’être raisonnable!»
Un peu de raison cependant, un grain de sagesse, dispersé d’étoile en étoile, – ce levain est mêlé à toutes choses: c’est à cause de la folie que la sagesse est mêlée à toutes les choses!
Un peu de sagesse est possible; mais j’ai trouvé dans toutes choses cette certitude bienheureuse: elles préfèrent danser sur les pieds du hasard.
Ô ciel au-dessus de moi, ciel pur et haut! Ceci est maintenant pour moi ta pureté qu’il n’existe pas d’éternelles araignées et de toile d’araignée de la raison: – que tu sois un lieu de danse pour les hasards divins, que tu sois une table divine pour le jeu de dés et les joueurs divins! -
Mais tu rougis? Ai-je dit des choses inexprimables? Ai-je maudit en voulant te bénir?
Ou bien est-ce la honte d’être deux qui te fait rougir? – Me dis-tu de m’en aller et de me taire puisque maintenant – le jour vient?
Le monde est profond -: et plus profond que le jour ne l’a jamais pensé. Il y a des choses qu’il faut taire devant le jour. Mais le jour vient: séparons-nous donc!
Ô ciel au-dessus de moi, ciel pudique et ardent! Ô bonheur avant le soleil levant! Le jour vient: séparons-nous donc! -
Ainsi parlait Zarathoustra!
De la vertu qui rapetisse
1.
Lorsque Zarathoustra revint sur la terre ferme, il ne se dirigea pas droit vers sa montagne et sa caverne, mais il fit beaucoup de courses et de questions, s’informant de ceci et de cela, ainsi qu’il disait de lui-même en plaisantant: «Voici un fleuve qui, en de nombreux méandres, remonte vers sa source!» Car il voulait apprendre quel avait été le sort de l’homme pendant son absence: s’il était devenu plus grand ou plus petit. Et un jour il aperçut une rangée de maisons nouvelles; alors il s’étonna et il dit:
Que signifient ces maisons? En vérité, nulle grande âme ne les a bâties en symbole d’elle-même!
Un enfant stupide les aurait-il tirées de sa boîte à jouets? Alors qu’un autre enfant les remette dans la boîte!
Et ces chambres et ces mansardes: des hommes peuvent-ils en sortir et y entrer? Elles me semblent faites pour des poupées empanachées de soie, ou pour des petits chats gourmands qui aiment à se laisser manger.
Et Zarathoustra s’arrêta et réfléchit. Enfin il dit avec tristesse: Tout est devenu plus petit!
Je vois partout des portes plus basses: celui qui est de mon espèce peut encore y passer, mais – il faut qu’il se courbe!
Oh! quand retournerai-je dans ma patrie où je ne serai plus forcé de me courber – de me courber devant les petits!» – Et Zarathoustra soupira et regarda dans le lointain.
Le même jour cependant il prononça son discours sur la vertu qui rapetisse.
2.
Je passe au milieu de ce peuple et je tiens mes yeux ouverts: les hommes ne me pardonnent pas de ne pas être envieux de leurs vertus.
Ils aboient après moi parce que je leur dis: à des petites gens il faut de petites vertus – et parce que je n’arrive pas à comprendre que l’existence des petites gens soit nécessaire!
Je ressemble au coq dans une basse-cour étrangère que les poules mêmes poursuivent à coups de bec; mais je n’en veux pas à ces poules à cause de cela.
Je suis poli envers elles comme envers tous les petits désagréments; être épineux envers les petits me semble une sagesse digne des hérissons.
Ils parlent tous de moi quand ils sont assis le soir autour du foyer, – ils parlent de moi, mais personne ne pense – à moi!
C’est là le nouveau silence que j’ai appris à connaître: le bruit qu’ils font autour de moi dépolie un manteau sur mes pensées.
Ils potinent entre eux: «Que nous veut ce sombre nuage? Veillons à ce qu’il ne nous amène pas une épidémie!»
Et dernièrement une femme tira contre elle son enfant qui voulait s’approcher de moi: «Éloignez les enfants! cria-t-elle; de tels yeux brûlent les âmes des enfants.»
Ils toussent quand je parle: ils croient que la toux est une objection contre les grands vents, – ils ne devinent rien du bruissement de mon bonheur!
«Nous n’avons pas encore le temps pour Zarathoustra,» – voilà objection; mais qu’importe un temps qui «n’a pas le temps» pour Zarathoustra?
Lors même qu’ils me glorifieraient: comment pourrais-je m’endormir sur leur gloire? Leur louange est pour moi une ceinture épineuse: elle me démange encore quand je l’enlève.
Et cela aussi je l’ai appris au milieu d’eux: celui qui loue fait semblant de rendre ce qu’on lui a donné, mais en réalité veut qu’on lui donne davantage!
Demandez à mon pied si leur manière de louer et d’allécher lui plaît! En vérité, il ne veut ni danser, ni se tenir tranquille selon une telle mesure et un tel tic-tac.
Ils essaient de me faire l’éloge de leur petite vertu et de m’attirer vers elle; ils voudraient bien entraîner mon pied au tic-tac du petit bonheur.
Je passe au milieu de ce peuple et je tiens mes yeux ouverts: ils sont devenus plus petits et ils continuent à devenir toujours plus petits: – c’est leur doctrine du bonheur et de la vertu qui en est la cause.