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Ainsi parlait Zarathoustra

Электронная книга - «Ainsi parlait Zarathoustra». Краткое содержание книги:

Ainsi parlait Zarathoustra
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Maintenant des rires d’enfants jailliront toujours des cercueils; maintenant viendra, toujours victorieux des fatigues mortelles, un vent puissant. Tu en es toi-même le témoin et le devin.

En vérité, tu les as rêvés eux-mêmes, tes ennemis: ce fut ton rêve le plus pénible!

Mais comme tu t’es réveillé d’eux et que tu es revenu à toi-même, ainsi ils doivent se réveiller d’eux-mêmes – et venir à toi!» -

Ainsi parlait le disciple; et tous les autres se pressaient autour de Zarathoustra et ils saisissaient ses mains et ils voulaient le convaincre de quitter son lit et sa tristesse, pour revenir à eux. Cependant Zarathoustra était assis droit sur sa couche avec des yeux étranges. Pareil à quelqu’un qui revient d’une longue absence, il regarda ses disciples et interrogea leurs visages; et il ne les reconnaissait pas encore. Mais lorsqu’ils le soulevèrent et qu’ils le placèrent sur ses jambes, son œil se transforma tout à coup; il comprit tout ce qui était arrivé, et en se caressant la barbe, il dit d’une voix forte:

«Allons! tout cela viendra en son temps; mais veillez, mes disciples, à ce que nous fassions un bon repas, et bientôt! – c’est ainsi que je pense expier mes mauvais rêves!

Pourtant le devin doit manger et boire à mes côtés: et, en vérité, je lui montrerai une mer où il pourra se noyer!»

Ainsi parlait Zarathoustra. Mais alors il regarda longtemps en plein visage le disciple qui lui avait expliqué son rêve, et, ce faisant, il secoua la tête.-

De la rédemption

Un jour que Zarathoustra passait sur le grand pont, les infirmes et les mendiants l’entourèrent et un bossu lui parla et lui dit:

«Vois, Zarathoustra! Le peuple lui aussi profite de tes enseignements et commence à croire en ta doctrine: mais afin qu’il puisse te croire entièrement, il manque encore quelque chose – il te faut nous convaincre aussi, nous autres infirmes! Il y en a là un beau choix et, en vérité, c’est une belle occasion de t’essayer sur des nombreuses têtes. Tu peux guérir des aveugles, faire courir des boiteux et tu peux alléger un peu celui qui a une trop lourde charge derrière lui: – Ce serait, je crois, la véritable façon de faire que les infirmes croient en Zarathoustra!»

Mais Zarathoustra répondit ainsi à celui qui avait parlé: si l’on enlève au bossu sa bosse, on lui prend en même temps son esprit – c’est ainsi qu’enseigne le peuple. Et si l’on rend ses yeux à l’aveugle, il voit sur terre trop de choses mauvaises: en sorte qu’il maudit celui qui l’a guéri. Celui cependant qui fait courir le boiteux lui fait le plus grand tort: car à peine sait-il courir que ses vices l’emportent. – Voilà ce que le peuple enseigne au sujet des infirmes. Et pourquoi Zarathoustra n’apprendrait-il pas du peuple ce que le peuple a appris de Zarathoustra?

Mais, depuis que j’habite parmi les hommes, c’est pour moi la moindre des choses de m’apercevoir de ceci: «À l’un manque un œil, à l’autre une oreille, un troisième n’a plus de jambes, et il y en a d’autres qui ont perdu la langue, ou bien le nez, ou bien encore la tête.»

Je vois et j’ai vu de pires choses et il y en a de si épouvantables que je ne voudrais pas parler de chacune et pas même me taire sur plusieurs: j’ai vu des hommes qui manquent de tout, sauf qu’ils ont quelque chose de trop – des hommes qui ne sont rien d’autre qu’un grand œil ou une grande bouche ou un gros ventre, ou n’importe quoi de grand, – je les appelle des infirmes à rebours.

Et lorsqu’en venant de ma solitude je passais pour la première fois sur ce pont: je n’en crus pas mes yeux, je ne cessai de regarder et je finis par dire: «Ceci est une oreille. Une oreille aussi grande qu’un homme.» Je regardais de plus près et, en vérité, derrière l’oreille se mouvait encore quelque chose qui était petit à faire pitié, pauvre et débile. Et, en vérité, l’oreille énorme se trouvait sur une petite tige mince, – et cette tige était un homme! En regardant à travers une lunette on pouvait même reconnaître une petite figure envieuse; et aussi une petite âme boursouflée qui tremblait au bout de la tige. Le peuple cependant me dit que la grande oreille était non seulement un homme, mais un grand homme, un génie. Mais je n’ai jamais cru le peuple, lorsqu’il parlait de grands hommes – et j’ai gardé mon idée que c’était un infirme à rebours qui avait de tout trop peu et trop d’une chose.

Lorsque Zarathoustra eut ainsi parlé au bossu et à ceux dont le bossu était l’interprète et le mandataire, il se tourna du côté de ses disciples, avec un profond mécontentement, et il leur dit:

En vérité, mes amis, je marche parmi les hommes comme parmi des fragments et des membres d’homme!

Ceci est pour mon œil la chose la plus épouvantable que de voir les hommes brisés et dispersés comme s’ils étaient couchés sur un champ de carnage.

Et lorsque mon œil fuit du présent au passé, il trouve toujours la même chose: des fragments, des membres et des hasards épouvantables – mais point d’hommes!

Le présent et le passé sur la terre – hélas! Mes amis – voilà pour moi les choses les plus insupportables; et je ne saurais point vivre si je n’étais pas un visionnaire de ce qui doit fatalement venir.

Visionnaire, volontaire, créateur, avenir lui-même et pont vers l’avenir – hélas! en quelque sorte aussi un infirme, debout sur ce pont: Zarathoustra est tout cela.

Et vous aussi, vous vous demandez souvent: «Qui est pour nous Zarathoustra? Comment pouvons-nous le nommer?» Et comme chez moi, vos réponses ont été des questions.

Est-il celui qui promet ou celui qui accomplit? Un conquérant ou bien un héritier? L’automne ou bien le soc d’une charrue? Un médecin ou bien un convalescent?

Est-il poète ou bien dit-il la vérité? Est-il libérateur ou dompteur? Bon ou méchant?

Je marche parmi les hommes, fragments de l’avenir: de cet avenir que je contemple dans mes visions.

Et toutes mes pensées tendent à rassembler et à unir en une seule chose ce qui est fragment et énigme et épouvantable hasard.

Et comment supporterais-je d’être homme, si l’homme n’était pas aussi poète, devineur d’énigmes et rédempteur du hasard!

Sauver ceux qui sont passés, et transformer tout «ce qui était» en «ce que je voudrais que ce fût»! – c’est cela seulement que j’appellerai rédemption!

Volonté – c’est ainsi que s’appelle le libérateur et le messager de joie. C’est là ce que je vous enseigne, mes amis! Mais apprenez cela aussi: la volonté elle-même est encore prisonnière.

Vouloir délivre: mais comment s’appelle ce qui enchaîne même le libérateur?

«Ce fut»: c’est ainsi que s’appelle le grincement de dents et la plus solitaire affliction de la volonté. Impuissante envers tout ce qui a été fait – la volonté est pour tout ce qui est passé un méchant spectateur.

La volonté ne peut pas vouloir agir en arrière; ne pas pouvoir briser le temps et le désir du temps, – c’est là la plus solitaire affliction de la volonté.

Vouloir délivre: qu’imagine la volonté elle-même pour se délivrer de son affliction et pour narguer son cachot?

Hélas! Tout prisonnier devient un fou! La volonté prisonnière, elle aussi, se délivre avec folie.

Que le temps ne recule pas, c’est là sa colère; «ce qui fut» – ainsi s’appelle la pierre que la volonté ne peut soulever.

Et c’est pourquoi, par rage et par dépit, elle soulève des pierres et elle se venge de celui qui n’est pas, comme elle, rempli de rage et de dépit.

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