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Mondo et autres histoires

Электронная книга - «Mondo et autres histoires». Краткое содержание книги:

Les contes de Le Clézio, qui semblent nés du rêve et du recueillement, nous parlent pourtant de notre époque.Venu d'ailleurs, Mondo le petit garçon qui passe, Lullaby la voyageuse, Jon, Juba le sage, Daniel Sindbad qui n'a jamais vu la mer, Alia, Petite Croix, et tant d'autres, nous sont délégués comme autant d'enfants-fées. Ils nous guident. Ils nous forcent à traverser les tristes opacités d'un univers où l'espoir se meurt. Ils nous fascinent par leur volonté tranquille, souveraine, accordée au silence des éléments retrouvés. Ils nous restituent la cadence limpide du souffle, clé de notre âme.
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Martin s'arrêtait encore un instant et les enfants prenaient la terre dans leurs mains et faisaient couler l'eau entre leurs doigts. Ils soufflaient l'air devant eux.

Voici la réponse à la deuxième question: les quatre maisons où m'invite mon père sont les quatre saisons de l'année. Celle qui est au nord, et qui est triste et pauvre, est la maison de l'hiver. Celle qui est à l'est, où il y a beaucoup de fleurs, est la maison du printemps. Celle qui est au sud, et qui est la plus belle, est la maison de l'été. Celle qui est à l'ouest est la maison de l'automne, et quand j'y entre, je reçois en cadeau l'année nouvelle qui me rend plus pauvre en force, car je suis plus vieille. Le ministre fit un signe de tête en assentiment, car il était surpris du grand savoir de la petite fille. La dernière réponse est simple, dit Trèfle. Celui qu'on appelle mon père est le soleil que je ne peux regarder en face. Le serviteur qui danse pour lui est mon ombre. Celle qu'on appelle ma mère est la nuit, et sa chevelure est très noire et son visage est blanc comme celui de la lune. Ses bijoux sont les étoiles. Tel est le sens des énigmes. Quand le ministre a entendu les réponses de Trèfle, il a donné des ordres, et tous les oiseaux du ciel sont venus pour emporter la petite fille jusqu'au pays d'Hazaran. C'est un pays très loin, très loin, si loin que les oiseaux ont volé pendant des jours et des nuits, mais quand Trèfle est arrivée elle était émerveillée, parce qu'elle n'avait rien imaginé d'aussi beau, même dans ses rêves.

Là Martin s'arrêtait encore un peu, et les enfants s'impatientaient et disaient: comment c'était? Comment était le pays d'Hazaran?

Eh bien, tout était grand et beau, et il y avait des jardins pleins de fleurs et de papillons, des rivières si claires qu'on aurait dit de l'argent, des arbres très hauts et couverts de fruits de toutes sortes. C'était là que vivaient les oiseaux, tous les oiseaux du monde. Ils volaient de branche en branche, ils chantaient tout le temps et quand Trèfle est arrivée, ils l'ont entourée pour lui souhaiter la bienvenue. Ils avaient des habits de plumes de toutes les couleurs et ils dansaient aussi devant Trèfle, parce qu'ils étaient heureux d'avoir une princesse comme elle. Puis les merles sont venus, et c'étaient les ministres du roi des oiseaux, et ils l'ont conduite jusqu'au palais d'Hazaran. Le roi était un rossignol qui chantait si bien que tout le monde s'arrêtait de parler pour l'entendre. C'est dans son palais que Trèfle a vécu désormais, et comme elle savait parler le langage des animaux, elle a appris à chanter elle aussi, pour répondre au roi Hazaran. Elle est restée dans ce pays, et peut-être qu'elle y vit encore, et quand elle veut rendre visite à la terre, elle prend la forme d'une mésange, et elle vient en volant pour voir ses amis qui sont restés sur la terre. Puis elle retourne chez elle, dans le grand jardin où elle est devenue princesse.

Quand l'histoire était finie, les enfants partaient un à un, ils retournaient chez eux. Alia restait toujours la dernière devant la maison de Martin. Elle ne s'en allait que lorsque l'homme rentrait dans son château et étendait sa natte pour dormir. Elle marchait lentement dans les allées de la Digue, tandis que les lampes à gaz s'allumaient à l'intérieur des cabanes, et elle n'était plus triste. Elle pensait au jour où viendrait peut-être un homme vêtu comme un ministre, qui regarderait autour de lui et qui dirait:

«Je suis venu chercher quelqu'un.»

C'est à cette époque-là environ que le gouvernement a commencé à venir ici, à la Digue des Français. C'étaient des gens bizarres qui venaient une ou deux fois par semaine, dans des voitures noires et des camionnettes orange qui s'arrêtaient sur la route, un peu avant le commencement de la ville; ils faisaient toutes sortes de choses sans raison, comme mesurer les distances dans les allées et entre les maisons, prendre un peu de terre dans des boîtes de fer, un peu d'eau dans des tubes de verre, et un peu d'air dans des sortes de petits ballons jaunes. Ils posaient aussi beaucoup de questions aux gens qu'ils rencontraient, aux hommes surtout, parce que les femmes ne comprenaient pas bien ce qu'ils disaient, et que de toute façon, elles n'osaient pas répondre.

En allant chercher l'eau à la pompe, Alia s'arrêtait pour les regarder passer, mais elle savait bien qu'ils ne venaient pas pour chercher quelqu'un. Ils ne venaient pas pour demander les questions qui permettent d'aller jusqu'au pays d'Hazaran. D'ailleurs, ils ne s'intéressaient pas aux enfants, et ils ne leur posaient jamais de questions. Il y avait des hommes à l'air sérieux qui étaient habillés de complets gris et qui portaient de petites valises de cuir, et des étudiants, des garçons et des filles vêtus de gros chandails et d'anoraks. Ceux-là étaient les plus bizarres, parce qu'ils posaient des questions que tout le monde pouvait comprendre, sur le temps qu'il faisait, ou sur la famille, mais justement on n'arrivait pas à comprendre pourquoi ils demandaient cela. Ils notaient les réponses sur des cahiers comme si c'avait été des choses très importantes, et ils prenaient beaucoup de photos des maisons de planches comme si elles en avaient valu la peine. Ils photographiaient même ce qu'il y avait à l'intérieur des maisons avec une petite lampe qui s'allumait et qui éclairait plus fort que le soleil.

C'est un peu plus tard qu'on a compris, quand on a su que c'étaient des messieurs et des étudiants du gouvernement qui venaient pour tout transporter, la ville et les gens, dans un autre endroit. Le gouvernement avait décidé que la Digue ne devait plus exister, parce que c'était trop près de la route et de la piste des avions, ou peut-être parce qu'ils avaient besoin des terrains pour construire des immeubles et des bureaux. On l'a su parce qu'ils ont distribué des papiers à toutes les familles pour dire que tout le monde devait s'en aller, et que la ville devait être rasée par les machines et les camions. Les étudiants du gouvernement ont alors montré aux hommes des dessins qui représentaient la nouvelle ville qu'on allait construire, en haut de la rivière. C'étaient des dessins bien bizarres aussi, avec des maisons qui ne ressemblaient à rien de ce qu'on connaissait, de grandes maisons plates avec des fenêtres toutes pareilles comme des trous de brique. Au centre de chaque maison il y avait une grande cour et des arbres, et les rues étaient très droites comme les rails du chemin de fer. Les étudiants appelaient cela la Ville Future, et quand ils en parlaient aux hommes et aux femmes de la Digue, ils avaient l'air très content et leurs yeux brillaient, et ils faisaient des grands gestes. C'était probablement parce qu'ils avaient fait les dessins.

Quand le gouvernement a décidé qu'on détruirait la Digue, et que personne ne pourrait rester, il fallait l'accord du responsable. Mais il n'y avait pas de responsable à la Digue; les gens avaient toujours vécu comme cela, sans responsable, parce que personne n'en avait eu besoin jusqu'alors. Le gouvernement a cherché quelqu'un qui voudrait être responsable, et c'est le gérant de la coopérative qui a été nommé. Alors le gouvernement allait souvent chez lui pour parler de la Ville Future, et quelquefois même, ils l'emmenaient dans une voiture noire pour qu'il aille dans les bureaux signer les papiers et que tout soit en règle. Le gouvernement aurait peut-être dû aller voir Martin dans son château, mais personne n'avait parlé de lui, et il habitait trop loin, tout à fait au bout de la Digue, près du marais. De toute façon, il n'aurait rien voulu signer, et les gens auraient pensé qu'il était trop vieux.

Quand Martin a appris la nouvelle, il n'a rien dit, mais on sentait bien que cela ne lui plaisait pas. Il avait construit son château là où il voulait, et il n'avait pas du tout envie d'aller habiter ailleurs, surtout dans une des maisons de la Ville Future qui ressemblait à une tranche de brique.

Ensuite, il a commencé à jeûner, mais ce n'était pas un jeûne de quelques jours, comme il en avait l'habitude. C'était un jeûne effrayant, qui semblait ne plus devoir finir, qui durait des semaines.

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