Mondo et autres histoires
- Автор: Леклезио Жан-Мари-Гюстав
- Год: 27
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «Mondo et autres histoires». Краткое содержание книги:
Chaque jour, Alia venait devant sa maison pour lui apporter du pain, et les autres enfants venaient aussi avec des assiettes de nourriture, en espérant que Martin se lèverait. Mais il restait couché sur sa natte, le visage tourné vers la porte, et sa peau était devenue très pâle sous le hâle ancien. Ses yeux sombres brillaient d'une mauvaise lumière, parce qu'ils étaient fatigués et douloureux de regarder sans cesse. La nuit, il ne dormait pas. Il restait comme cela, sans bouger, allongé sur le sol, le visage tourné vers l'ouverture de la porte, à regarder la nuit.
Alia s'asseyait à côté de lui, elle essuyait son visage avec un linge humide pour enlever la poussière que le vent déposait sur lui comme sur une pierre. Il buvait un peu d'eau à la cruche, juste quelques gorgées pour toute la journée. Alia disait:
«Vous ne voulez pas manger maintenant? Je vous ai apporté du pain.»
Martin essayait de sourire, mais sa bouche était trop fatiguée, et seuls ses yeux parvenaient à sourire. Alia sentait son cœur se serrer parce qu'elle pensait que Martin allait bientôt mourir.
«C'est parce que vous ne voulez pas partir que vous n'avez pas faim?» demandait Alia.
Martin ne répondait pas, mais ses yeux répondaient, avec leur lumière pleine de fatigue et de douleur. Ils regardaient au-dehors, par l'ouverture de la porte basse, la terre, les roseaux, le ciel bleu.
«Peut-être que vous ne devez pas venir avec nous là-bas, dans la nouvelle ville. Peut-être que vous devez repartir dans votre pays qui est si beau, là d'où vous venez, là où tout le monde est comme des princesses et des princes.»
Les étudiants du gouvernement venaient moins souvent maintenant. Puis ils cessèrent de venir tout à fait. Alia les avait guettés tout en travaillant dans la maison de sa tante, ou bien en allant chercher l'eau à la pompe. Elle avait regardé si leurs voitures étaient garées sur la route, à l'entrée de la ville. Puis elle avait couru jusqu'au château de Martin.
«Ils ne sont pas venus aujourd'hui non plus!» Elle essayait de parler, mais son souffle manquait. «Ils ne viendront plus ici! Vous entendez? C'est fini, ils ne viendront plus, nous allons rester ici!»
Son cœur battait très fort, parce qu'elle pensait que c'était Martin qui avait réussi à éloigner les étudiants, rien qu'en jeûnant.
«Tu es sûre?» demandait Martin. Sa voix était très lente, et il se redressait un peu sur sa couche.
«Ils ne sont pas venus depuis trois jours!»
«Trois jours?»
«Ils ne reviendront plus maintenant, j'en suis sûre!»
Elle rompait un morceau de pain et elle le tendait à Martin.
«Non, pas tout de suite», dit l'homme. «Il faut d'abord que je me lave.»
Appuyé sur Alia, il faisait quelques pas au-dehors, en titubant. Elle le conduisait jusqu'au fleuve, à travers les roseaux. Martin se mettait à genoux et il lavait son visage lentement. Puis il rasait sa barbe et il peignait ses cheveux, sans se presser, comme s'il venait simplement de se réveiller. Ensuite, il allait s'asseoir sur sa caisse, au soleil, et il mangeait le pain d Alia. Les enfants maintenant venaient les uns après les autres en apportant de la nourriture, et Martin prenait tout ce qu'on lui donnait, en disant merci. Quand il avait assez mangé, il était retourné à l'intérieur de sa maison, et il s'était allongé sur sa couche.
«Je vais dormir, maintenant», dit-i.
Mais les enfants sont restés assis par terre devant sa porte, pour le regarder dormir.
C'est pendant qu'il dormait que les voitures neuves sont revenues. Il y a eu d'abord les hommes en complet gris avec leurs valises noires. Ils sont allés tout droit dans la maison du gérant de la coopérative. Puis les étudiants sont arrivés, encore plus nombreux que la première fois.
Alia restait immobile, le dos contre le mur d'une maison, tandis qu'ils passaient devant elle et marchaient vite jusqu'à la place où il y avait la pompe d'eau douce. Ils étaient réunis là et ils semblaient attendre quelque chose. Puis les hommes en gris sont venus aussi, et le gérant de la coopérative marchait avec eux. Les hommes en gris lui parlaient, mais il secouait la tête, et à la fin, c'est un des hommes du gouvernement qui a annoncé à tout le monde, avec une voix claire qui portait loin. Il a dit simplement que le départ aurait lieu demain à partir de huit heures du matin. Les camions du gouvernement viendraient pour transporter tout le monde jusqu'au nouveau terrain, là où on allait construire bientôt la Ville du Futur. Il a dit encore que les étudiants du gouvernement aideraient bénévolement la population à charger les meubles et les effets dans les camions.
Alia n'osait pas bouger, même quand les hommes en gris et les étudiants en anorak sont repartis dans leurs autos. Elle pensait à Martin qui allait sûrement mourir maintenant, parce qu'il ne voudrait plus jamais manger.
Alors elle est partie se cacher le plus loin qu'elle a pu, au milieu des roseaux, près du fleuve. Elle est restée assise sur les cailloux, et elle a regardé le soleil descendre. Quand le soleil serait à la même place, demain, il n'y aurait plus personne ici, à la Digue. Les bulldozers auraient passé et repassé sur la ville, en poussant devant eux les maisons comme si ce n'étaient que des boîtes d'allumettes, et il ne resterait que les marques des pneus et des chenilles sur la terre écrasée.
Alia est restée longtemps sans bouger, au milieu des roseaux, près du fleuve. La nuit est venue, une nuit froide éclairée par la lune ronde et blanche. Mais Alia ne voulait pas retourner dans la maison de sa tante. Elle s'est mise à marcher à travers les roseaux, le long du fleuve, jusqu'à ce qu'elle arrive au marais. Un peu plus haut, elle devinait la forme ronde du château de Martin. Elle écoutait les coassements des crapauds et le bruit régulier de l'eau du fleuve, de l'autre côté du marais.
Quand elle est arrivée devant la maison de Martin, elle l'a vu, debout, immobile. Son visage était éclairé par la lumière de la lune, et ses yeux étaient comme l'eau du fleuve, sombres et brillants. Martin regardait dans la direction du marais, vers l'estuaire large du fleuve, là où s'étendait la grande plaine de cailloux phosphorescents.
L'homme s'est tourné vers elle et son regard était plein d'une force étrange, comme s'il donnait vraiment de la lumière.
«Je te cherchais», dit Martin simplement.
«Vous allez partir?» Alia parlait à voix basse.
«Oui, je vais partir tout de suite.»
Il regardait Alia comme s'il s'amusait.
«Tu veux venir avec moi?»
Alia sentait la joie gonfler tout à coup ses poumons et sa gorge. Elle dit, et sa voix maintenant criait presque:
«Attendez-moi! Attendez-moi!»
Elle courait maintenant à travers les rues de la ville, et elle frappait à toutes les portes en criant:
«Venez vite! Venez! Nous partons tout de suite!»
Les enfants et les femmes sont sortis d'abord, parce qu'ils avaient compris. Puis les hommes sont venus aussi, les uns après les autres. La foule des habitants de la Digue grossissait dans les allées. On emportait ce qu'on pouvait à la lueur des torches électriques, des sacs, des cartons, des ustensiles de cuisine. es enfants criaient et couraient à travers les allées en répétant la même phrase:
«Nous partons! Nous partons!»
Quand tout le monde est arrivé devant la maison de Martin, il y a eu un instant de silence, comme une hésitation. Même le gérant de la coopérative n'osait plus rien dire, parce que c'était un mystère que tout le monde ressentait.
Martin, lui, restait immobile devant le chemin qui s'ouvrait entre les roseaux. Puis, sans dire une parole à la foule qui attendait, il a commencé à marcher sur le chemin, dans la direction du fleuve. Alors les autres se sont mis en route derrière lui. Il avançait de son pas régulier, sans se retourner, sans hésiter, comme s'il savait où il allait. Quand il a commencé à marcher dans l'eau du fleuve, sur le gué, les gens ont compris où il allait, et ils n'ont plus eu peur. L'eau noire étincelait autour du corps de Martin, tandis qu'il avançait sur le gué. Les enfants ont pris la main des femmes et des hommes, et très lentement, la foule s'est avancée elle aussi dans l'eau froide du fleuve. Devant elle, de l'autre côté du fleuve noir aux bancs de cailloux phosphorescents, tandis qu'elle marchait sur le fond glissant, sa robe collée à son ventre et à ses cuisses, Alia regardait la bande sombre de l'autre rive, où pas une lumière ne brillait.