Mondo et autres histoires
- Автор: Леклезио Жан-Мари-Гюстав
- Год: 27
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «Mondo et autres histoires». Краткое содержание книги:
Ensuite Martin racontait une histoire. Les enfants aimaient beaucoup entendre des histoires, c'était pour cela qu'ils étaient venus. Quand Martin commençait son histoire, même les plus turbulents restaient assis et cessaient de parler.
Martin savait beaucoup d'histoires, longues et un peu bizarres qui se passaient dans des pays inconnus qu'il avait sûrement visités autrefois.
Il y avait l'histoire des enfants qui descendaient un fleuve, sur un radeau de roseaux, et qui traversaient comme cela des royaumes extraordinaires, des forêts, des montagnes, des villes mystérieuses, jusqu'à la mer. Il y avait l'histoire de l'homme qui avait découvert un puits qui conduisait jusqu'au centre de la terre, là où se trouvaient les Etats du feu. Il y avait l'histoire de ce marchand qui croyait faire fortune en vendant de la neige, qui la descendait dans des sacs du haut de la montagne, mais quand il arrivait au bas, il ne possédait plus qu'une flaque d'eau. Il y avait l'histoire du garçon qui arrivait jusqu'au château où vivait la princesse des songes, celle qui envoie les rêves et les cauchemars sur la terre, l'histoire du géant qui sculptait les montagnes, celle de l'enfant qui avait apprivoisé les dauphins, ou celle du capitaine Tecum qui avait sauvé la vie d'un albatros, et l'oiseau pour le remercier lui avait appris le secret pour voler. C'étaient de belles histoires, si belles qu'on s'endormait parfois avant d'avoir entendu la fin. Martin les racontait doucement, en faisant des gestes, ou en s'arrêtant de temps à autre pour qu'on puisse poser des questions. Pendant qu'il parlait, ses yeux brillaient fort, comme s'il s'amusait bien lui aussi.
De toutes les histoires que racontait Martin, c'était celle d'Hazaran que les enfants préféraient. Ils ne la comprenaient pas bien, mais tous, ils retenaient leur souffle quand elle commençait.
Il y avait cette petite fille qui s'appelait Trèfle, d'abord, et c'était un drôle de nom qu'on lui avait donné, sans doute à cause d'une petite marque qu'elle avait sur la joue, près de l'oreille gauche, et qui ressemblait à un trèfle. Elle était pauvre, très pauvre, si pauvre qu'elle n'avait rien d'autre à manger qu'un peu de pain et les fruits qu'elle ramassait dans les buissons. Elle vivait seule dans une cabane de bergers, perdue au milieu des rinces et des rochers, sans personne pour s'occuper d'elle. Mais quand ils ont vu qu'elle était si seule et triste, les petits animaux qui vivaient dans les champs sont devenus ses amis. Ils venaient souvent la voir, le matin, ou le soir, et ils lui parlaient pour la distraire, ils faisaient des tours et ils lui racontaient des histoires, car Trèfle savait parler leur langage. Il y avait une fourmi qui s'appelait Zoé, un lézard qui s'appelait Zoot, un moineau qui s'appelait Pipit, une libellule qui s'appelait Zelle, et toutes sortes de papillons, des jaunes, des rouges, des bruns, des bleus. Il y avait aussi un scarabée savant qui s'appelait Kepr, et une grande sauterelle verte qui prenait des bains de soleil sur les feuilles. La petite Trèfle était gentille avec eux, et c'est pour cela qu'ils l'aimaient bien. Un jour que Trèfle était encore plus triste que d'habitude, parce qu'elle n'avait rien à manger, la grande sauterelle verte l'a appelée. Veux-tu changer de vie? lui a-t-elle dit, en sifflant. Comment pourrais-je changer de vie, a répondu Trèfle, je n'ai rien à manger et je suis toute seule. Tu le peux si tu veux, dit la sauterelle. Il suffit d'aller dans le pays d'Hazaran. Quel est ce pays, demanda Trèfle. Je n'ai jamais entendu parler de cet endroit. Pour y entrer, il faut que tu répondes à la question que posera celui qui garde les portes d'Hazaran. Mais il faut d'abord que tu sois savante, très savante, pour pouvoir répondre. Alors Trèfle est allée voir le scarabée Kepr, qui habitait sur une tige de rosier, et elle lui a dit: Kepr, apprends-moi ce qu'il faut savoir, car je veux partir pour Hazaran. Pendant longtemps, le scarabée et la grande sauterelle verte ont enseigné tout ce qu'ils savaient à la petite fille. Ils lui ont appris à deviner le temps qu'il ferait, ou ce que pensent les gens tout bas, ou à guérir les fièvres et les maladies. Ils lui ont appris à demander à la mante religieuse si les bébés qui naîtraient seraient des filles ou des garçons, car la mante religieuse sait cela et répond en levant ses pinces pour un garçon, en les baissant pour une fille. La petite Trèfle a appris tout cela, et bien d'autres choses encore, des secrets et des mystères. Quand le scarabée et la grande sauterelle verte ont fini de lui apprendre ce qu'ils savaient, un jour, un homme est arrivé dans le village. Il était vêtu de riches habits et semblait un prince ou un ministre. L'homme passait dans le village et disait: je cherche quelqu'un. Mais les gens ne comprenaient pas. Alors Trèfle est allée vers l'homme, et elle lui a dit: je suis celle que vous cherchez. Je veux aller à Hazaran. L'homme était un peu étonné, parce que la petite Trèfle était très pauvre et semblait très ignorante. Sais-tu répondre aux questions? demanda le ministre. Si tu ne peux pas répondre, tu ne pourras jamais aller au pays d'Hazaran. Je répondrai aux questions, dit Trèfle. Mais elle avait peur, parce qu'elle n'était pas sûre de pouvoir répondre. Alors réponds aux questions que je vais te poser. Si tu connais la réponse, tu seras la princesse d'Hazaran. Voici les questions, au nombre de trois.
Martin s'arrêtait de parler un instant, et les enfants attendaient.
Voici la première, disait le ministre. Au repas où je suis invité, mon père me donne trois nourritures très bonnes. Ce que ma main peut prendre, ma bouche ne peut le manger. Ce que ma main peut prendre, ma main ne peut le garder. Ce que ma bouche peut prendre, ma bouche ne peut le garder. La petite fille réfléchit, puis elle dit: je peux répondre à cette question. Le ministre la regarda avec surprise, parce que personne jusqu'alors n'avait donné la réponse. Voici la deuxième énigme, continua le ministre. Mon père m'invite dans ses quatre maisons. La première est au nord, elle est pauvre et triste. La deuxième est à l'est, elle est pleine de fleurs. La troisième est au sud, elle est la plus belle. La quatrième est à l'ouest, et quand j'y entre, je reçois un présent et pourtant je suis plus pauvre. Je peux répondre à cette question, dit encore Trèfle. Le ministre était encore plus étonné, car personne n'avait pu répondre à cette question non plus. Voici la troisième énigme, dit le ministre. Le visage de mon père est très beau, et pourtant je ne puis le voir. Pour lui, mon serviteur danse chaque jour. Mais ma mère est plus belle encore, sa chevelure est très noire et son visage est blanc comme la neige. Elle est ornée de bijoux, et elle veille sur moi quand je dors. Trèfle réfléchit encore, et elle fit signe qu'elle allait expliquer les énigmes. Voici la première réponse, dit-elle: le repas où je suis invitée est le monde où je suis née. Les trois nourritures excellentes que mon père me donne sont la terre, l'eau et l'air. Ma main peut prendre la terre, mais je ne peux pas la manger. Ma main peut prendre l'eau mais elle ne peut pas la retenir. Ma bouche peut prendre l'air mais je dois le rejeter en soufflant.