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Le soleil des rebelles

Электронная книга - «Le soleil des rebelles». Краткое содержание книги:

Le nouveau Luca di Fulvio !
Le jeune prince Marcus est encore un enfant lorsqu'il assiste impuissant au massacre de toute sa famille.
Seul rescapé de cette boucherie ennemi héréditaire de la famille de Marcus qui va s'asseoir sur le trône, Marcus ne doit son salut qu'à la jeune Héloïse, fille d'Agnès, la lavandière du village qui l'accueillera sous son toit pour l'élever comme s'il était son fils.
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Malgré sa fatigue, il avait été frappé par le village de Dravocnik. Les maisons, les rues et les gens semblaient peints de rouge et de noir. La pluie, tombée depuis peu, avait dessiné des traînées délavées sur les façades et les toits des habitations, fait déteindre les visages des gens, qui étaient comme sillonnés de larmes. Le village paraissait immense. Agomar et sa troupe avaient tourné à gauche sur un pont de pierre, et s’étaient dirigés vers une étrange colline à deux bosses. Sur la première s’élevait une construction trapue en pierre calcaire. Il avait aperçu des moines devant la porte d’entrée, en soutane de bure grossière, et colorés eux aussi de rouge et de noir. Sans doute le monastère dont dépendait la petite église de Notre-Dame des Neiges, avait pensé Mikael.

Sur la bosse la plus haute se découpait un château, énorme et puissant. Plus vaste que celui où il avait grandi. Il inspirait la crainte. Une armée considérable pouvait s’y abriter. Quand ils s’étaient approchés, Mikael avait vu des terre-pleins, à une hauteur équivalente à trois hommes montés l’un sur l’autre, entourés d’un fossé profond planté de pieux de hêtre, à la pointe durcie au feu. La poix qui les recouvrait avait presque disparu, et le bois pourrissait misérablement. Une des tours de l’entrée s’était écroulée. Les pierres s’étaient amoncelées au pied de la tour et d’autres avaient roulé dans la pente. Cela datait sûrement de plusieurs années car les pierres étaient couvertes de mousse et du chiendent poussait un peu partout. La grande porte, en mauvais état, était dégradée par les intempéries. Une portion du mur de l’enceinte de l’Est s’était également éboulée, comme les créneaux et les postes des archers. À l’intérieur, Mikael avait remarqué que la cour elle aussi, pourtant grande comme un petit village, était sale et en désordre. Les écuries vétustes, les enclos réparés tant bien que mal. L’odeur de fumier insupportable. Les bêtes étaient maigres, et les serviteurs plus maigres encore. Seuls les soldats paraissaient bien nourris. Ce château avait dû être extraordinaire, mais il n’en restait plus que les vestiges d’un passé lointain.

Après avoir déjeuné, Mikael recommença à pelleter. Il ne cessait pas de penser à Ojsternig. Et chaque fois il ressentait un vide en lui, et une profonde nostalgie à l’égard de son père. Il n’aurait sûrement jamais laissé son château tomber en ruines.

Le palefrenier ne le quittait pas. Immobile et silencieux, avec ce regard idiot. Mikael ne lui avait pas adressé la parole une seule fois.

« T’as rien d’autre à faire ? finit-il par lui demander.

— Moi jus-te pelle-ter mer-de », répondit l’autre en souriant.

Quand le soleil commença à décliner, un serviteur, vêtu d’une tunique usée et déchirée qui lui arrivait aux genoux, vint dire à Mikael de s’arrêter. Puis il ajouta : « Mon seigneur veut te voir ».

Mikael le suivit dans les escaliers du palais.

Dans la grande salle, Ojsternig les attendait, une coupe en or pleine de vin chaud parfumé à la cannelle et aux clous de girofle à la main. À ses pieds, près du molosse tigré, un seau et un chiffon.

« Viens ici que je te renifle », dit le seigneur d’Ojsternig. Son visage s’assombrit ostensiblement. « Tu as sali tout mon palais, animal ! Nettoie tes traces maintenant, avant de partir. » Il se mit à rire.

Mikael vit un peu plus loin, assise près d’une fenêtre haute et étroite, une fille d’environ treize ans qui brodait avec indolence. Sa robe de soie était trop large et ses lèvres rouges, en forme de cœur. Il devina que c’était la fille d’Ojsternig.

Il se retourna brusquement vers le prince. Et se souvint tout à coup qu’il l’avait déjà rencontré, quelques mois avant le massacre. Ojsternig avait été reçu au château par son père. Il voulait marier sa fille au petit prince héréditaire. Son père lui avait répondu avec dédain qu’il n’avait aucune intention d’unir leurs familles. Ojsternig était parti en proférant des jurons et des menaces, et son père avait dit : « Cet homme, c’est le démon. Je ne serais pas étonné qu’il se nourrisse de cadavres comme les vautours. »

Mikael comprit alors pourquoi en se rappelant que, dans la scène de carnage qu’il avait imaginée la veille, il l’avait vu avec un bec de vautour.

Il posa un regard différent sur la fille, qui serait devenue sa fiancée si son père y avait consenti. Et son père serait toujours en vie.

Le regard tourné vers Ojsternig, Mikael sentit qu’il le haïssait.

Un frisson parcourut Ojsternig à l’idée du plaisir qu’il aurait à torturer ce gamin qui n’avait pas peur de lui. Il se félicitait de l’avoir arraché à sa famille et condamné au travail le plus modeste.

Mikael continua à le fixer puis regarda la princesse.

Elle leva un instant les yeux vers lui. Un regard distant, comme si elle était ailleurs.

Mikael vit son reflet en elle. Il était captivé par cette expression, comme un puits de boue d’où la vie s’était retirée. Il eut un nœud à l’estomac.

Le serviteur le poussa violemment dans le dos, et lui passa le seau et le torchon. « À genoux et nettoie », ordonna-t-il.

Mikael obéit.

Le molosse s’approcha.

« Harro n’a encore rien mangé aujourd’hui », ricana Ojsternig.

Le chien renifla Mikael en grognant tout bas. Sa tête était énorme. Mikael ne bougea pas. Son père aussi avait des chiens de guerre. L’animal ouvrit la gueule, qui puait la viande pourrie et les dents gâtées, et bâilla paresseusement. Ses canines étaient grandes, jaunes, longues d’un demi-doigt. Il agita vaguement un moignon de queue et donna un coup de langue sur l’oreille de Mikael.

Ojsternig bondit sur ses pieds et lança sa coupe de vin vers son chien. « Au pied, imbécile ! »

Le gigantesque molosse revint vers son maître la tête basse.

Ojsternig lui envoya un coup de pied. « Refais jamais ça ! » À Mikael il cria : « Nettoie ! »

Mikael, à reculons, nettoya les traces de merde qu’il avait laissées derrière lui. Avant de sortir de la salle, il lança un regard vers la princesse mais elle ne leva pas les yeux de sa broderie.

À l’heure de se coucher, les serfs garnirent de paille fraîche le sol de la grande salle. Mikael dut les aider, les pieds nus car ses sabots étaient couverts de fumier. Soldats et cavaliers ôtèrent leurs épées, qui sonnèrent sur le carrelage, puis ils s’étendirent sur le sol, enveloppés de lourds manteaux de fourrure. Peu après on fit venir les femmes. Elles avaient des robes sales ouvertes sur le devant qui révélaient des seins abîmés par les mains des hommes. Elles riaient sans sourire. Leurs yeux semblaient de verre. Leurs paupières étaient peinturlurées de bleu, leurs lèvres de vermillon et leurs visages couverts de blanc de céruse. Sous l’épaisse couche de maquillage, on devinait leur peau sale, rouge et noire. Certaines n’avaient que quelques dents. Elles se couchèrent près des hommes qui commencèrent à grogner, comme des porcs quand on remplit leur auge, pensa Mikael.

« Tu dors là, dit un serf à Mikael. Ordre du maître. Il veut voir ta sale gueule à son réveil. » Il lui jeta un manteau plein de puces et partit.

Mikael se coucha dans un coin et s’enveloppa dans le manteau. « Bonne nuit, Eloisa », dit-il. Il ferma les yeux et serra les poings.

Il avait de nouveau envie de crier.

Puis il revit le visage de la princesse.

23

« Tu ramasseras la merde tous les jours, du matin au soir, pour que ton corps tout entier ne soit plus que de la merde », avait dit Ojsternig.

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