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Dominium Mundi. Livre II

Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:

« Cette guerre pour laquelle il s’était engagé n’était pas une guerre de religion, ni même une simple guerre de conquête ou de colonisation, mais bel et bien une guerre d’extermination. »
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« Seigneur, non ! » fit Clorinde dans un souffle.

« Pour cette raison, la police militaire l’a arrêté à son retour à la Nouvelle-Jérusalem et il sera traduit devant une cour martiale dès ce soir. Bien entendu, nous vous tiendrons informés du verdict dès qu’il sera prononcé. »

« Non ! » répéta Clorinde d’une voix brisée. Germandière se leva pour éteindre la plaque. Le silence se fit dans le dortoir.

Clorinde était pétrifiée. Ce qu’elle avait entendu signifiait tout simplement que sa vie venait de basculer.

Elle aimait Tancrède plus que tout et elle sut à cet instant qu’en dépit de leur dernière brouille, elle aurait fait tous les efforts, toutes les concessions nécessaires pour pouvoir passer le reste de ses jours à ses côtés. Et voilà qu’elle apprenait brutalement que l’homme de sa vie allait passer les prochaines années en prison pour rébellion, ce qui signifiait qu’il serait définitivement exclu de l’armée. Elle qui s’était vouée à la carrière de soldat, elle qui était si heureuse d’avoir trouvé quelqu’un qui lui ressemblait tant. Cet homme serait maintenant considéré comme un traître et un lâche. Un paria !

« Je suis désolée, lui dit Germandière. Je… » Sa voix s’étrangla, elle ne savait quoi ajouter. Clorinde avait l’air perdu, ses yeux roulaient follement sans se fixer nulle part.

L’Italienne était persuadée que Tancrède ne pouvait être coupable. Jamais un véritable soldat comme lui n’aurait désobéi à un ordre direct. Ou alors, il devait avoir une bonne raison et cela ressortirait au cours du procès. Le procès… À cette idée, son cœur se serra. Les cours martiales, surtout en temps de guerre, n’étaient pas réputées pour leur finesse de jugement et encore moins pour leur clémence. S’y trouver traduit revenait à être déjà reconnu coupable.

Mais Tancrède n’était pas n’importe qui, et il saurait se défendre ! Il ne fallait pas perdre espoir !

« Mais pourquoi tout est allé si vite ? s’écria-t-elle soudain, faisant tressaillir Germandière. Je n’ai même pas le temps de lui rendre visite avant le début du procès !

— Peut-être que si, répondit celle-ci. Si tu te dépêches, tu as peut-être encore une chance ! »

Clorinde la regarda, animée d’un nouvel espoir.

« Oui, tu as raison ! »

Se relevant d’un bond, elle se tourna vers la porte, prête à s’élancer lorsqu’elle vit l’adjudante Genoveffa qui se tenait dans l’encadrement. Bien campée sur ses jambes épaisses, les poings sur les hanches, la harpie regardait les deux jeunes femmes, un air dur sur le visage.

Clorinde fut devant elle en un instant.

« Vous ne comptez pas m’empêcher de sortir ? lui dit-elle, les mâchoires serrées.

— Si, lâcha l’autre, sans paraître intimidée devant la Méta-guerrière furieuse.

— Vous ne savez pas ce que vous faites, gronda Clorinde.

— Au contraire. Dès que j’ai entendu le flash infos, je me suis précipitée ici. Je ne pensais pas que j’arriverais avant que vous soyez partie, mais j’ai eu de la chance. »

Clorinde sentait qu’elle allait bientôt perdre tout contrôle sur elle-même et étrangler cette folle.

« Vous m’empêchez d’aller rejoindre mon fiancé dans un moment si grave, juste pour une stupide punition ? »

Le cerbère secoua la tête lentement.

« Bien sûr que non. Je vous empêche juste de flinguer votre carrière. Si vous allez là-bas, vous savez très bien que vous ferez une bêtise. Restez ici, cela vous évitera beaucoup d’ennuis. »

Désarmée par cette réponse inattendue, Clorinde hésita. Un terrible sentiment d’oppression lui écrasait la poitrine.

« D’après ce que j’ai entendu, ajouta l’adjudante, cet homme n’en vaut pas la peine. S’il est vraiment tel qu’on le décrit, ne gâchez pas votre vie pour lui. »

Cette remarque provoqua un regain de colère chez Clorinde.

« Vous n’avez pas le droit de dire ça ! hurla-t-elle à quelques centimètres à peine du visage de Genoveffa, qui parut perdre un peu de sa contenance. Vous ne le connaissez même pas ! »

L’adjudante ouvrit la bouche pour répondre, mais Germandière intervint :

« Elle a raison, Clorinde. Si tu le vois dans ces conditions, emprisonné ou menotté, tu risques de perdre ton sang-froid.

— Mais je ne peux pas le laisser affronter ça seul, gémit Clorinde, des larmes roulant sur ses joues. Il va croire que je l’ai abandonné !

— Laisse-moi y aller à ta place, répondit Germandière. Je t’appellerai pour te tenir au courant, et si j’arrive à l’approcher, je lui dirai que tu penses à lui.

— Je…, commença l’Italienne.

— C’est la meilleure solution, croyez-moi », coupa l’adjudante.

Sans laisser le temps à Clorinde de répondre, Germandière se précipita vers la sortie. Genoveffa s’effaça pour la laisser passer.

« Vous n’y serez jamais à temps si vous attendez la navette, lui dit-elle. Prenez un bipède de combat. Je vous donne une autorisation exceptionnelle.

— Entendu, répondit Germandière. Merci, mon Adjudante ! » Puis elle partit en courant.

Vaincue, Clorinde retourna vers les fauteuils du dortoir et s’y laissa tomber. Genoveffa entra, referma la porte, puis vint la rejoindre en faisant grincer un siège sous son poids.

« Vous me remercierez plus tard », grommela-t-elle.

Mais Clorinde n’entendit pas. Hébétée, le regard dans le vide, elle tentait sans succès de rassembler ses pensées. Une horrible angoisse descendit alors des profondeurs de son esprit, se déversant dans son corps comme une coulée de boue noire et froide cherchant à se frayer un chemin jusqu’à son ventre pour le nouer dans une crampe affreuse. Sous la douleur, la malheureuse se plia en deux et sanglota.

Le temps s’écoula avec une lenteur inhabituelle. Clorinde comptait les minutes, gardant les yeux rivés sur l’horloge murale, comme hypnotisée par les secondes qui défilaient. Une demi-heure passa, puis trois quarts d’heure. Et Germandière qui n’appelait pas !

Elle repensait à ses rapports avec Tancrède et entrevoyait leur récente dispute sous un jour nouveau. Quoi qu’ils aient pu se dire, ce qui comptait le plus, c’était l’amour qu’elle éprouvait pour lui. Elle n’avait pas d’autre désir que d’être à ses côtés. Soudain, une pensée effrayante lui traversa l’esprit. La rébellion de Tancrède n’était-elle qu’une réaction à la menace de rompre leur relation s’il persistait dans son attitude de franc-tireur ? Et si cet acte ultime d’insubordination n’était qu’un sursaut d’orgueil destiné à lui montrer qu’il n’était pas accessible au chantage ? Ainsi, peut-être était-elle responsable du malheur de l’homme qu’elle aimait. Cette idée la fit souffrir presque physiquement et elle recommença à gémir.

Compatissante, Genoveffa s’approcha et lui posa une main sur l’épaule, mais Clorinde la repoussa d’un geste brusque.

Ce matin, elle avait pris une décision importante. Elle avait décidé qu’elle irait lui parler et tenterait d’arranger les choses, quitte à s’excuser de l’avoir menacé. Jamais, de toute sa vie, Clorinde n’avait demandé pardon à quiconque, même lorsqu’elle avait tort. Elle savait que ce n’était pas très glorieux d’être trop fière pour faire amende honorable ; pourtant, elle ne s’était jamais résolue à consentir cet effort. Tancrède avait changé cela. Elle s’était même dit que, s’il le fallait, elle le supplierait d’oublier toutes les bêtises qu’elle avait dites la veille.

Désormais, cette belle résolution était inutile. Peut-être ne le reverrait-elle plus jamais.

À cette idée, elle jaillit hors de son fauteuil avec la ferme intention d’aller au tribunal et de voir Tancrède coûte que coûte. Mais elle s’arrêta net tandis que la porte s’ouvrait avec fracas.

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