La grande mascarade parisienne
- Автор: Robida Albert
- Язык: французский
- Жанр: Европейская старинная литература
Электронная книга - «La grande mascarade parisienne». Краткое содержание книги:
— Aspirant Tap irel, voua i à l'unanimité des votants. Cette unanimité vous fait passer par-dessus le noviciat; avec quatre voix vous étiez
seulement surnuméraire... Taparel, toutàl'heure vous étiez un chauve simple et vulgaire, je vous sacre maintenant Bille de billard!
El les membres du bureau, quittant leur air solennel, se pressèrent autour de moi pour me féliciter.
— Dites donc, Taparel, voussavez, ne vous gênez pas, médit M.Bézucheux père, considérez-moi comme votre égal; une fois reçus nous sommes tous égaux, ici...
Un rideau glissa, une porte s'ouvrit à deux battants et je me trouvai dans une salle resplendissante de lumières et de fleurs; quarante Billes de billard, debout, me préparaient une chaude ovation.
— La Bille de billard Taparel ! annonça un domestique chauve.
— Vive la Bille de billard Taparel ! crièrent mes quarante collègues en levant des coupes pleines.
— A table, Billes de billard mas frères! s'écria M. de la Fricottière.
M. Fulgence Colhuche.
Nous prîmes tous place au hasard, autour d'une table splendidement servie. Pour me mettre au diapason de mes collègues, je dus me lancer dans la gaieté, dans la plus folle gaieté, et me permettre quelques bons mots et traits d'esprit que je ne vous rapporterai point par modestie, et parce que vous les avez peut-être déjà lus quelque part. Je racontai, mon duel avec le farouche Haïtien et dis les angoisses de la noce Gabuzac pendant cette terrible journée... Je mangeai délicieusement, je bus et je tostai comme quatre notaires... Cependant n'allez pas croire que je m'endormis dans les délices de Gapoue, non, messieurs! à travers les fumées du Champagne écumant dans nos coupes, sous le feu croisé des plaisanteries roulant sans trêve d'un bout de la table à l'autre, je ne perdis pas un instant de vue mon devoir d'officier ministériel et d'exécuteur testamentaire, je n'oubliai pas une minute la successionJBadinard et ses exigences. Où était le nommé Jocko (pour les dames)? Là, devant moi, je n'en pouvais douter, parmi les quarante-cinq crânes en comptant les membres du bureau et M. de la Fricottière! Mais comment le chercher, comment le décou" vrir? Pendant tout l'après-midi j'avais contemplé le crâne de Jocko pour me graver sa géographie danslesyeux, je le voyais, je l'aurais pu dessiner, si j'avais su! il se compose, n'est-ce pas, d'une surface lisse régulièrement bombée, nue, au sommet, et garnie sur les flancs d'une végétation de boucles clairsemées. Pas de protubérances ou de signes particuliers. Tout en causant, je passai en revue mes collègues en commençant par un bout de la table pour finir par l'autre. Ma méthode était bien simple, j'éliminais mentalement tous les crânes en désaccord avec le signalement du crâne de Jocko, les'crânes pointus, les crânes à protubérances, Les crânes dépouillés, ou pas assez dévastés, et je mettais de côté tous ceux qui possédaient le moindre point de ressemblance avec ledit Jocko, avec L'intention de choisir ensuite dans ce bouquet. Après deux heures d'examen attentif, j'avais trouvé 17 crânes, en rapport de forme avec celui que j'e cherchais; j'allai réinstaller successivement à côté de chacun d'eux, pour causer amicalement en apparence, en réalité pour les étudier de plus près. J'éliminai encore 6 crânes de celte façon ; il m'en restait onze! Je recommençai mon examen, bientôt j'acquis la conviction que sept crânes de ces onzedà n'avaient aucun lieu de parenté avec l'objet de mes recherches. Les cinq derniers, ah! mes amis, m'en ont-ils donné du mal! les cinq derniers restaient. Jocko était là, je le sentais, j'en étais sûr! Et pourtant je ne pouvais pas leur demander : Pardon, messieurs, lequel d'entre vous se nomme Jocko, pour les dames? Ma demande, outre qu'elle eût été indiscrète, eût pu donner l'éveil. Il fallait discerner le vrai crâne de Jocko sans le secours de personne... Enfin, j'y suis parvenu par suite d'une inspiration, d'un trait de génie. Mes soupçons se portaient principalement sur un de ces crânes, mais les mèches plaquées sur le front me donnaient encore des doutes lorsque tout à coup je songeai à un stratagème : j'appelai un des valets — chauves aussi comme les convives — et je lui demandai du Rœderer frappé. En tendant ma coupe je simulai une maladresse, je lâchai mon verre et pour le rattraper, je frôlai avec ma manche les mèches plaquées du crâne objet de "mes soupçons... je les frôlai à rebrousse poil et je les vis se redresser... 0 triomphe ! c'était lui ! c'était Jocko ! je tenais enfin ce crâne tant cherché, espoir d'une vengeance future! —.Gabassol je vous le livre: ce monsieur qui possède le crâne de la photographie, le Jocko de l'album, c'est M. Fulgencé Colbuche, le célèbre compositeur de musique!
Une tète andalouse. — Rendez-vous dérangé. — Comment Cabassol, surpris par un mari jaloux comme un tigre, s'en tira en lui arrachant une molaire. — Le ballet du mal de dents.
— A moi le soin de recueillir les renseignements nécessaires sur ce M. Golbuche, avait dit Miradoux après la révélation du notaire.
Madame Colbuche.
Et le brave Miradoux, qui s'était mis en campagne aussitôt, n'avait eu besoin que de deux jours pour mettre notre ami Cabassol au courant de toutes les particularités qu'il lui importait de connaître.
Le célèbre maestro Fulgence Golbuche, né en 1837, à Montélimart, était marié; il travaillait en ce moment à un opéra-comique, destiné aux Fantaisies-Musicales; enfin sa femme était blonde et jolie.
Ces renseignements suffisaient à un homme tel que Gabassol. Son plan fut vite bâti. 11 recopia les sonnets qui lui avaient déjà tant servi pour M m6 de Ghampbadour, en ayant soin de changer brune en blonde, et de mettre toi que f adore, chaque fois qu'un vers se terminait par le doux nom d'Éléonore. Les sonnets copiés, il les mit sous enveloppe et les envoya d'un seul bloc à M me Golbuche, avec ces simples mots :
A M me
Le poète chante comme il aime Malgré défenses et barrières ! ! !
Cabassol aurait bien voulu suivre ses sonnets pour voir la commotion qu'ils devaient produire, mais il n'avait encore trouvé aucun moyen pour pénétrer dans la citadelle de l'ennemi. Il ne connaissait encore M me Colbuche que par la description détaillée que lui en avait faite M. Miradoux, savoir : un nez délicat et fin, de couleur rose et surmonté de deux yeux gris clair aux cils chatoyants; au-dessous du nez, une bouche que M. Miradoux n'hésitait pas à qualifier de mutine, et qu'il comparait à un écrin oriental, (pourquoi oriental? M. Miradoux n'avait pu le dire) doublé de satin cerise et contenant une collection très complète de petites dents fines. A droite et à gauche, une oreille aux délicates découpures, perdue dans des mèches blondes ; au-dessus des yeux, des sourcils châtains nettement arqués, le tout, couronné par une forêt de cheveux blonds comme la bière d'Alsace, tenant et appartenant à M me Colbuche.
Cabassol, au surplus, devait avoir bientôt l'occasion de comparer le portrait tracé par le poétique Miradoux avec le séduisant original. Une grande vente de charité, au profit des inondés du Mançanarès, se préparait dans le foyer du théâtre des Fantaisies-Musicales, décoré, pour la circonstance, de boutiques et de baraques aussi espagnoles que possible, de façon à donner l'idée d'une fête de Saint-Cloud andalouse. M mc Fulgence Colbuche devait tenir, à cette fête de charité, une boutique de mirlitons enrichis des plus poétiques devises. Cabassol comptait bien arriver à lui parler de sa flamme.
Le soir de cette fêle andalouse, notre héros arriva l'un des premiers aux
Fantaisies-Musicales. Les derniers préparatifs s'achevaient à peine, commissaires et marchandes étaient encore perdus dans les embarras de l'installation ! En quelques secondes, Gabassol eut les mains et les poches pleines de bibelots que les jolies vendeuses lui mirent sous la gorge : éventails, tambours de basque, etc. Gabassol cherchait parmi la foule les cheveux blonds et l'écrin doublé de satin cerise, décrits par M. Miradoux, mais faute de précision suffisante dans le signalement, il hésitait entre plusieurs chevelures blondes. 11 dédaignait les brunes et refusait avec énergie de leur rien acheter; enfin une blonde, répondant à peu près à l'idée qu'il se faisait de la belle M m0 Col-buche, lui ayant offert, pour la faible somme de 500 francs, une superbe guitare, un stradivarius de guitare valant 7 fr. 50 dans les bazars, Cabassol la paya sans marchander et se mit en devoir d'offrir une sérénade à la jeune marchande. Au milieu du morceau, qu'il jouait d'ailleurs avec une maestria qu'il ne se connaissait pas la veille, il entendit soudain une délicieuse voix de femme, disant à quelques pas de lui :