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Le donjon [=La forteresse noire / The Keep - fr]

Электронная книга - «Le donjon [=La forteresse noire / The Keep - fr]». Краткое содержание книги:

Adressé durant l'hiver 41 au Q.G. des armées du IIIe Reich, cet incroyable message, venu d'une antique forteresse de Transylvanie, est signé du capitaine Woermann, un soldat d'expérience…
Aussitôt le major SS Kaempffer lui est envoyé. Homme de fer, il va cependant découvrir la peur face au spectacle des cadavres atrocement déchiquetés. Et sa garde de SS est impuissante : chaque nuit fait une nouvelle victime, gorge sectionnée…
Alors Kaempffer, qui ne veut ni fuir ni renoncer, appelle à la forteresse un vieil archéologue et sa fille qui ont été tous deux initiés aux sciences interdites…
Mais d'où vient qu'à cet instant, au Portugal, un homme reçoit en rêve l'ordre impérieux de se rendre là-bas ? Il partira.
Bientôt tout est prêt pour un combat aux dimensions de l'humanité…
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Molasar tendit une paume velue.

— Donnez-le-moi.

Cuza s’exécuta et Molasar porta la gousse à sa bouche. Il en prit une bouchée et jeta le reste dans un coin de la pièce.

— J’adore l’ail.

— Et l’argent ?

Il lui présenta un médaillon que Magda lui avait laissé. Molasar n’hésita pas à s’en saisir et à le frotter entre ses paumes.

— Je n’aurais pas été un très bon boyard si j’avais eu peur de l’argent !

Il semblait presque s’amuser, à présent.

— Quant à ceci, dit Cuza en plongeant une dernière fois la main dans la boîte, on prétend qu’il s’agit du meilleur remède contre les vampires.

Il brandit la croix que le capitaine Woermann avait confiée à Magda.

Molasar émit un grognement et recula de plusieurs pas tout en se cachant les yeux.

— Enlevez cela !

— Elle vous affecte donc ?

Cuza était éberlué. Devant lui, Molasar semblait se recroqueviller de terreur.

— Je ne comprends pas. Comment une…

— Enlevez-la !

Cuza s’empressa de lui obéir et rangea la croix dans la boîte de carton.

Molasar semblait sur le point de lui sauter dessus ; il dévoilait ses dents et faisait siffler ses mots :

— Je pensais trouver en vous un allié contre les envahisseurs et je vois que vous n’êtes pas différent !

— Moi aussi, je veux qu’ils s’en aillent ! dit Cuza, terrifié, écrasé contre le dossier du fauteuil. Plus que vous, peut-être !

— Dans ce cas, vous n’auriez jamais dû apporter ici cette abomination ! Et vous n’auriez jamais dû me la montrer !

— Mais je ne savais pas ! Ç’aurait pu être une simple légende, comme pour l’ail et l’argent ! s’écria Cuza, qui se devait à tout prix de le convaincre.

— Peut-être…

Molasar se calma puis se dirigea lentement vers la zone d’ombre.

— Mais j’ai toujours des doutes à votre sujet.

— Ne partez pas ! Je vous en prie !

Molasar s’avança dans les ténèbres, qui commencèrent de l’envelopper, et regarda Cuza sans dire mot.

— Je suis avec vous, Molasar ! cria Cuza, qui avait encore tant de questions à lui poser. Croyez-moi, je vous en prie !

Seuls les yeux brillants de Molasar étaient encore visibles. Tout le reste s’était fondu dans l’ombre. Soudain, une main émergea des ténèbres et se tendit vers Cuza.

— Je vous surveillerai, vieillard. Et je reviendrai vous parler si je vois que je peux vous faire confiance. Mais je mettrai fin à vos jours si vous trahissez notre peuple !

La main disparut. Puis les yeux. Mais ses paroles résonnaient encore. Peu à peu, les ténèbres s’évanouirent, comme absorbées par les murs, et tout redevint comme avant. La gousse d’ail mordue dans un coin de la pièce était l’unique preuve du passage de Molasar.

Cuza demeura longtemps immobile. Puis il remarqua que sa langue était plus lourde qu’à l’accoutumée. Il prit la timbale et but un peu d’eau, qu’il avala avec beaucoup de difficultés. Puis il posa la main sur la petite boîte et hésita avant de l’ouvrir. Il se décida finalement à en sortir la croix d’argent, qu’il posa à plat devant lui.

Un objet d’aussi petite taille… De l’argent, ouvragé aux quatre extrémités. Nul corps n’y était cloué. Rien qu’une croix, symbole de tout ce qu’il peut y avoir d’inhumain dans l’homme.

La tradition millénaire et l’apprentissage de sa propre foi avaient toujours poussé Cuza à voir dans le port d’une croix une coutume assez barbare, le signe d’un manque de maturité de la religion catholique. Mais le christianisme était un rejeton assez tardif du judaïsme, qui avait tout son temps pour mûrir. De quel mot Molasar avait-il qualifié cette croix ? Une « abomination »? Non, on ne pouvait dire cela. Du moins, pas pour Cuza. Un objet grotesque, peut-être, mais sûrement pas une abomination.

La croix, comme bien d’autres choses, prenait aujourd’hui un sens nouveau. Plus rien n’existait dans la pièce que cette petite croix d’argent sur laquelle Cuza concentrait toute sa pensée. Les croix ressemblaient beaucoup à ces amulettes avec lesquelles les primitifs chassaient les mauvais esprits. Les habitants de l’Europe centrale, les Tziganes, surtout, possédaient de nombreux charmes, qui allaient de l’ail aux icônes. Cuza leur avait assimilé la croix car il ne voyait pas pourquoi elle aurait mérité plus d’attention que les autres.

Et pourtant, Molasar avait trouvé cette croix repoussante, il ne pouvait même pas la regarder. La tradition lui accordait une toute-puissance sur les démons et les vampires parce qu’elle était censée symboliser le triomphe ultime du bien sur le mal. Cuza s’était toujours dit que, si les morts vivants existaient et si la croix avait quelque pouvoir sur eux, c’était uniquement à cause de la foi profonde de la personne qui détenait l’objet et non de l’objet lui-même.

Il se rendait maintenant compte qu’il avait eu tort.

Molasar était le mal. C’était une chose très claire : toute entité qui laisse derrière elle un chemin de cadavres pour perpétrer sa propre existence est fondamentalement mauvaise. Et Molasar avait reculé quand Cuza avait brandi la croix devant lui. Cuza ne croyait pas au pouvoir de la croix, mais elle avait pourtant réussi à supplanter Molasar.

Par conséquent, c’était bien la croix qui possédait un pouvoir, et pas celui qui la porte.

Cuza commençait à entrevoir toutes les implications d’une telle découverte…

XIX

LE DONJON
Jeudi 1er mai
6 heures 40

Deux nuits de suite sans mort. Woermann était d’excellente humeur. Il avait dormi à poings fermés pendant toute la nuit et se sentait particulièrement en forme.

Le donjon n’en devenait pas plus agréable pour autant. Il y régnait toujours cette présence malveillante, quoique indéfinissable. Non, c’était lui-même qui avait changé. Et il éprouvait à présent quelque obscure raison de croire qu’il reviendrait un jour à Rathenow. Il lui était arrivé de douter de cette éventualité mais, à présent, l’estomac bien rempli par un solide petit déjeuner et certain de trouver ses hommes aussi nombreux qu’hier, tout lui semblait possible. Y compris le départ d’Erich Kaempffer et de ses brutes.

Son tableau ne le troublait même plus. Bien sûr, l’ombre à gauche de la fenêtre ressemblait toujours à un corps pendu à une corde, mais cela ne lui produisait plus le même effet comme lorsque Kaempffer le lui avait fait remarquer pour la première fois.

Il descendit l’escalier de la tour de guet et, comme il parvenait au premier étage, il vit Kaempffer se diriger vers l’appartement du professeur, plus confiant que jamais.

— Bonjour, mon cher major ! s’écria Woermann, qui songeait déjà à l’imminence du départ de Kaempffer. Je vois que nous avons eu la même idée : vous êtes venu adresser vos plus sincères remerciements au professeur Cuza pour les vies allemandes qu’il a permis une nouvelle fois d’épargner !

— Rien ne prouve qu’il ait fait quoi que ce soit ! dit Kaempffer. Même s’il le prétend…

— Vous ne voulez donc pas voir une relation de cause à effet entre son arrivée et la fin des meurtres ?

— Coïncidence, rien de plus !

— Dans ce cas, pourquoi êtes-vous là ?

Kaempffer hésita un instant.

— Pour interroger le Juif sur ce qu’il a appris dans les livres, bien entendu.

— Bien entendu.

Ils entrèrent dans la première pièce, Kaempffer en tête, et trouvèrent Cuza agenouillé sur son sac de couchage. Il n’était pas en train de prier mais essayait de remonter sur son fauteuil. Après un bref regard lancé dans leur direction, il se concentra à nouveau sur sa tâche.

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