1942-Le jour se lève
- Автор: Галло Макс
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «1942-Le jour se lève». Краткое содержание книги:
Qui peut encore croire à ce volontariat… obligatoire ?
Les journaux publient sur ordre, le 20 octobre 1942, en gros caractères, un appel aux ouvriers français :
« Le grand devoir des travailleurs
Envers la France et l’Europe
Tout Français appelé à travailler en Allemagne
Qui se dérobe à cette obligation
Porte préjudice à sa patrie
À sa famille
À ses camarades
Et à lui-même. »
Mais dans la longue suite des quatorze paragraphes qui complètent cet appel, on retient l’avant-dernier qui déclare :
« Afin d’éviter de graves ennuis, tout ouvrier français doit dès réception de l’avis se présenter de façon conforme au lieu et dans le délai indiqués. »
Et dans le discours qu’il prononce ce même 20 octobre 1942, Laval, de sa voix faubourienne, rappelle que « le gouvernement est résolu à ne pas tolérer les résistances individuelles ou concertées de patrons et d’ouvriers qui resteraient sourds à ses appels ».
Ils seront des dizaines de milliers à se dérober, à gagner les régions reculées, villages de montagne ou de vallée, massifs alpins ou Massif central, Savoie ou Auvergne. Là, en ces mois de l’automne 1942, commencent à naître des noyaux de réfractaires, qui seront les combattants de demain.
De Gaulle comprend que ces semaines de l’automne 1942 marquent une rupture dans la période qui a commencé avec l’armistice de juin 1940.
Le 20 octobre, il prononce à la radio de Londres un discours qui répond aux propos de Laval, ce même jour, et à l’appel publié par les journaux collaborateurs.
« La France, dit-il d’une voix forte, sent dans le fébrile acharnement des traîtres quelque chose de désespéré, elle passe à la résistance générale… Dans l’affaire des ouvriers spécialistes réclamés par M. Hitler, la conduite de la nation française prouve au monde tout entier que notre peuple est engagé dans le combat actuellement le plus nécessaire : je veux dire dans la révolte contre les chefs de trahison.
« La trahison, c’est-à-dire Vichy !
« Ce combat reclasse la France à son rang parmi les nations…
« Dans cette guerre totale, la volonté d’une grande nation, fût-elle pour l’instant enchaînée, est une force énorme qui peut devenir décisive, surtout quand c’est la volonté de la France…
« Contre la trahison, c’est-à-dire Vichy, c’est-à-dire “le Père la défaite”, marchons au même combat, du même pas, derrière le même drapeau.
« Un jour, je vous le promets, nous nous confondrons tous ensemble dans la même foule immense et fraternelle de la victoire. »
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La Victoire de la France !
C’est à elle que pense Jean Moulin, ce samedi matin 23 mai 1942, à Vichy, alors qu’il attend dans l’antichambre de celui qu’on appelle monsieur le président, c’est-à-dire Laval, qui cumule les fonctions de chef du gouvernement et de ministre de l’intérieur.
Et Jean Moulin a trouvé une convocation d’avoir à se présenter à la direction du personnel du ministère de l’intérieur.
Jean Moulin n’a pas hésité.
Il est un préfet révoqué depuis la fin de l’année 1940. Laval connaît ses opinions politiques, Moulin doit donc les revendiquer, mais, comme un fonctionnaire légaliste qui respecte le pouvoir en place, et n’est plus qu’un « spectateur » de l’action politique.
Il vient d’ailleurs de louer une boutique à Nice, qu’il compte transformer en galerie de peinture. Ce sera sa couverture. Et il pourra ainsi poursuivre son œuvre clandestine. Rencontrer les chefs des grands réseaux de la Résistance, Emmanuel d’Astier de La Vigerie du mouvement Libération, Henri Fresnay et Claude Bourdet pour Combat, Jean-Pierre Lévy pour Le Franc-Tireur. Il voit aussi les communistes du Front national.
Il tisse des liens avec tous ceux qui n’acceptent pas la collaboration, que révulsent les propos de Laval : « Je souhaite la victoire de l’Allemagne. »
Dans l’antichambre, Moulin voit passer l’un de ses collègues, préfet révoqué lui aussi en 1940. Mais point de démonstration d’amitié devant les huissiers. Un simple échange de regard suffit à dire la complicité des opinions et des situations.
Un huissier déjà s’avance, introduit Moulin dans le bureau de Laval.
La poignée de main se veut chaleureuse, mais la main est molle et moite.
« Vous êtes un préfet républicain », commence Pierre Laval.
L’homme a une figure basanée, un visage lourd sans ligne de force, une voix sourde qui roule les syllabes, un discours qui tente de créer une connivence.
« Ne laissez pas croire à la population, reprend Pierre Laval, que l’on met à profit les malheurs de notre pays pour changer l’ordre naturel des choses… Vous êtes un préfet républicain, allons, quel poste voulez-vous ? »
Moulin n’hésite pas.
— Je vous remercie de votre offre, mais je ne suis vraiment pas d’accord avec votre politique. Je ne puis donc faire semblant de m’y associer. Je ne formulerai qu’un seul vœu. Vos prédécesseurs m’ont révoqué en 1940, sans pension, ce qui est injuste. Je n’ai commis aucune faute. Je vous demande de rapporter cette mesure et de me mettre à la retraite.
— Je préfère ce langage à bien d’autres, dit Laval.
Il allume une cigarette, qu’il laisse pendre au coin de sa bouche.
Les yeux plissés, il dévisage longuement Jean Moulin. Puis il dit :
— Vous êtes libre. Je ne veux forcer la conscience de personne. Je vais donner l’ordre de vous accorder le droit à la retraite.
Laval est-il dupe ?
Moulin ne s’interroge qu’un instant. Il doit agir comme si ses paroles, chacun de ses gestes, de ses voyages étaient épiés.
Or le moment est décisif, plus que jamais l’avenir de la France, sa place « à la table des vainqueurs », comme dit de Gaulle, dépendent de l’attitude de la Résistance intérieure, de ces hommes et de ces femmes qui ont créé des réseaux, qui sont fiers de leur rôle, qui ne veulent pas se voir soumis à une autorité – fût-elle celle de De Gaulle – qu’ils n’auraient pas librement choisie.
Il faut donc les rencontrer un à un, les convaincre.
Et c’est la mission de Jean Moulin.
On se rencontre à Lyon, sur les quais du Rhône.
On se retrouve dans des appartements dont on ne connaît l’adresse qu’au dernier moment.
On tisse inlassablement des liens.
On développe le Noyautage des Administrations Publiques (NAP).
On organise la « réception », sur des plateaux, des champs éloignés de toute habitation, des émissaires de Londres.
Ils sont parachutés, ou bien ils sautent d’un Lysander, cet avion qui se pose tous feux éteints, fait un demi-tour, embarque deux ou trois passagers pour Londres et, sans avoir arrêté le moteur, redécolle.
Parfois, on se rend dans une crique de la côte méditerranéenne, souvent proche de Saint-Tropez. On saute dans une barque de pêcheur qui vous conduit jusqu’à un sous-marin britannique prêt à plonger. Il embarque les deux ou trois émissaires de la Résistance jusqu’à Gibraltar et, de là, un avion les transporte à Londres.
Et de Gaulle les reçoit.
Moulin resté en France a préparé la rencontre.
Il faut faire comprendre à ces hommes, qui risquent leur vie pour la victoire de la France, que celle-ci ne sera possible que si les réseaux de la Résistance se rassemblent autour du chef de la France Libre. Pourquoi pas un Conseil National de la Résistance (CNR) représentatif de toutes les sensibilités de la Résistance ?
Des communistes jusqu’aux royalistes ! Des syndicats ouvriers jusqu’aux représentants du patronat !