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1942-Le jour se lève

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1942-Le jour se lève
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Le but de cette Union sacrée, c’est la libération, la victoire. Après les avis obtenus, le peuple choisira librement son gouvernement.

Les chefs de la Résistance sont pleins de soupçons à l’égard de Jean Moulin parce qu’il est l’envoyé de De Gaulle, qui n’est peut-être qu’un ambitieux, désireux de préparer son « pouvoir personnel ».

« Écoutez de Gaulle », dit Moulin.

Si la France ne pousse pas la porte, si elle n’est pas présente sur tous les théâtres d’opérations, fût-ce avec des forces « symboliques », on ne l’entendra pas. On ne la respectera pas.

Les États sont des monstres froids.

Roosevelt n’a aucune sympathie pour la France Libre. Les États-Unis se sont emparés, après l’attaque de Pearl Harbor, des navires français – dont le paquebot Normandie – à l’ancre dans les ports américains.

Roosevelt conserve toute son estime au maréchal Pétain. Il entraîne Churchill dans cette voie. Et au Levant, les Anglais favorisent les troupes restées fidèles à Vichy.

« Écoutez de Gaulle », répète Jean Moulin.

Il parle d’insurrection nationale.

Il ose dire :

« L’issue du conflit mondial dépend, dans une large mesure, de ce que fait et fera la France… Cependant, la France qui combat ne combat que pour la France… »

Avec une assurance que Roosevelt trouve insupportable, de Gaulle ajoute :

« Oui, certes, la France est probritannique, prorusse, proaméricaine, pour cette raison que la victoire des Britanniques, des Russes, des Américains doit être en même temps sa victoire… Ainsi, on voit une fois de plus apparaître dans l’Histoire l’éternel miracle français. »

Et les troupes de la France Libre sont en Cyrénaïque, à El-Alamein, et les aviateurs de la France Libre, ceux de l’escadrille Normandie, sont les seules troupes occidentales à combattre sur le front russe.

Moulin va ainsi, portant la parole du général de Gaulle, mettant en garde contre l’apparition d’une « troisième voie » entre la France Libre de De Gaulle et les partisans de la collaboration. Elle se dessine autour du général Giraud.

Ce saint-cyrien courageux et patriote, héros de la Première Guerre mondiale, de la guerre du Rif, au Maroc – héros donc de l’armée d’Afrique, monarchiste, mais hostile aux accords de Munich –, est fait prisonnier en 1940. Il réussit à s’évader en avril 1942, avec l’aide des services de renseignements de l’Armée de l’armistice.

Il gagne la zone non occupée, fait allégeance à Pétain, mais affirme son hostilité à la collaboration. Pour les officiers de l’Armée de l’armistice (de Lattre de Tassigny), il est le « chef » idéal : il est « antiboche » et respecte Pétain. Il justifie l’attentisme de ceux qui ont approuvé l’armistice et refusé la collaboration.

Dans les réunions que tient le général Giraud, on ne parle pas de De Gaulle ni de la France Libre. On fait même l’éloge de la Révolution nationale. On « est » davantage Travail, Famille, Patrie que Liberté, Égalité, Fraternité.

La sévérité de De Gaulle, qualifiant Pétain de « Père la défaite », et répétant : « Vichy, c’est la trahison », choque tous ceux qui ont choisi Pétain et Vichy.

Giraud leur donne l’absolution !

Plus grave encore, Roosevelt et Churchill trouvent en lui, enfin, un Français qui se soucie moins de la place de la France dans l’après-guerre que de préparer la revanche contre les « Boches ».

Giraud n’a aucune visée géopolitique au moment où de Gaulle, dès le mois de décembre 1941, anticipe l’affrontement Est-Ouest, Russie contre Anglo-Saxons, aussitôt la question allemande réglée !

Pour Moulin, Giraud, soutenu par les Américains et l’armée de l’armistice, est le péril politique majeur.

L’urgence est donc, plus que jamais, de rassembler autour de De Gaulle tous les résistants. Et Jean Moulin marque des points.

C’est lui qui distribue l’argent et les armes parachutés en zone non occupée.

C’est lui qui détient les moyens de communications radio avec Londres.

Il s’est doté d’un secrétariat dirigé par un homme jeune, engagé dès juin 1940 aux côtés de De Gaulle, Daniel Cordier. Et il veut créer une Armée Secrète (AS), dont le chef, désigné par l’ensemble des mouvements de résistance, sera le général Delestraint.

Moulin le rencontre place Carnot, à Lyon, dans la douce chaleur d’un après-midi de l’automne 1942.

Delestraint a les apparences d’un paisible retraité. Il est petit, ses pas et ses gestes sont vifs, sa voix nette.

Les deux hommes devisent en marchant dans les allées des jardins de la place.

— Vous savez, dit Delestraint, j’ai eu le général de Gaulle sous mes ordres lorsque je commandais ma division cuirassée. Il était un remarquable chef de corps.

— Accepteriez-vous de vous placer sous ses ordres ?

— La question ne se pose pas, c’est la seule voie de dignité qui nous reste.

— Cette armée secrète, mon général, doit devenir l’instrument de reconquête de la France dans le cadre d’un plan d’ensemble élaboré par les forces alliées avec l’accord de De Gaulle.

— Je vous entends.

— M’autorisez-vous à présenter votre nom pour cette tâche qui comporte de très grands risques ?

— La vocation d’un officier est d’accepter le danger. Quant à votre question, agissez comme vous le pensez.

Le 9 octobre 1942, à Londres, dans les locaux de la France Libre, les représentants de De Gaulle – le colonel Billotte, Passy, Brossolette – et ceux de la Résistance – d’Astier, Frenay – choisissent comme chef provisoire de l’Armée secrète le général Delestraint.

Il entre dans la clandestinité de la Résistance sous le pseudonyme de Vidal.

Il sait que ce choix engage sa vie.

En France, Moulin, lorsqu’il apprend la nouvelle, est satisfait.

L’œuvre d’unification des forces de la Résistance progresse. Il lit dans Libération – le journal clandestin du mouvement d’Emmanuel d’Astier de La Vigerie :

« Nous ne voulons pas distinguer la gauche de la droite, le patron de l’ouvrier, le commerçant de l’employé, seuls sont qualifiés pour mener la Résistance, pour arracher la Victoire, les hommes de là-bas et d’ici qui ont su rester des Français Libres.

« Pour nous, tout en réservant notre liberté pour l’avenir, nous constatons qu’à l’heure présente, il n’y a qu’un seul mouvement, celui de la France Libre, qu’un seul chef, le général de Gaulle, symbole de l’unité et de la volonté françaises. »

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De Gaulle répète ces mots « unité, volonté françaises », qu’il vient de lire en tête de l’éditorial du journal clandestin Libération.

Il est satisfait de cette évolution – si lente, si lente – des mouvements de résistance, à son endroit et à l’égard de la France Libre. Mais il lui semble que la situation militaire n’a jamais été aussi périlleuse. Elle lui rappelle le printemps 1940, ou bien le moment du déclenchement de l’offensive contre la Russie, le 22 juin 1942.

« La guerre traîne en longueur son cortège de douleurs et de déceptions », dit-il.

Mais ce n’est pas le plus grave.

La guerre est depuis toujours une tragique suite meurtrière.

Ce qui inquiète de Gaulle, c’est que – et il le dit dans un discours, parce que la lucidité est la mère de la volonté – « la balance reste en équilibre. Le sort demeure suspendu ».

Il y a l’Afrikakorps de Rommel qui s’accroche à ses positions face à El-Alamein, et les Britanniques de la 8e armée commandés par Montgomery tardent à passer à l’offensive. Il y a surtout le front russe.

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