1942-Le jour se lève
- Автор: Галло Макс
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «1942-Le jour se lève». Краткое содержание книги:
Voudraient-ils cesser de se battre que les troupes du NKVD – la police politique – les fusilleraient… Et l’on dit que le nombre des soldats exécutés à Stalingrad atteint peut-être la dizaine de milliers…
Mais cette discipline de fer, ces exécutions sommaires, la brutalité des officiers à l’égard de leurs hommes – certains les frappent – n’auraient pas suffi à susciter ces actes d’héroïsme, cet acharnement à se battre, que manifestent les troupes russes à Stalingrad.
Ces hommes savent aussi comment les nazis traitent leurs prisonniers ! Alors on lutte jusqu’à la mort.
Une unité veut résister, hisse un drapeau rouge au sommet de l’immeuble de façon à attirer l’ennemi, à le détourner d’autres objectifs. Et le drapeau rouge est une chemise de blessé, pleine de son sang !
Dans son journal, un officier allemand note au jour le jour.
« 16 septembre. Notre bataillon, appuyé par des chars, attaque un silo d’où déferlent des torrents de fumée. C’est le blé qui est à l’intérieur qui brûle. Les Russes semblent y avoir eux-mêmes mis le feu. Des barbares ! Nous subissons de lourdes pertes. Il ne reste plus guère que soixante hommes par compagnie. Ce ne sont pas des hommes qui occupent le silo, mais des diables que ni les flammes ni les balles ne peuvent détruire.
« 18 septembre. Le combat se poursuit à l’intérieur du silo. Les Russes qui sont encore à l’intérieur sont des types condamnés à mort. Le chef de bataillon nous a dit : “Les commissaires politiques ont donné l’ordre à ces hommes de résister jusqu’à la mort.” Si toutes les maisons de Stalingrad sont défendues de cette façon, aucun de nos soldats ne rentrera en Allemagne. J’ai reçu aujourd’hui une lettre d’Elsa ; elle attend mon retour dès que nous aurons remporté la victoire.
« 20 septembre. La bataille pour le silo continue toujours. Les Russes font feu de toutes parts. Nous restons dans notre cave ; impossible de sortir. Le sergent-major Nuschke a été tué ce matin alors qu’il traversait la rue en courant. Le pauvre vieux, il laisse trois gosses.
« 22 septembre. La résistance des Russes dans le silo est brisée. Nos troupes avancent vers la Volga. À l’intérieur du silo, on a trouvé quarante cadavres russes. La moitié d’entre eux étaient habillés en matelots ; ce sont des diables marins ! Nous avons fait un prisonnier, il est grièvement blessé ; il ne peut pas parler, ou bien il fait semblant… »
Ce Russe se nomme Andrei Khozyanov.
Il appartient à une brigade d’infanterie de marine, et non à l’un de ces « régiments disciplinaires » dans lesquels on est voué à la mort, comme l’a prétendu le chef du bataillon allemand. Dans le silo à blé, il a résisté avec une poignée d’hommes à des attaques de char.
Il raconte.
« La nuit, pendant une courte accalmie, on fit le compte des quelques munitions qui nous restaient : un “tambour” et demi de fusil-mitrailleur, vingt à vingt-cinq cartouches par mitraillette, et huit à dix cartouches par fusil.
« Se défendre avec si peu de munitions était impossible. Nous étions encerclés. Il y avait de nombreux chars au nord et à l’est du silo. Nous décidâmes de tenter une sortie vers le sud…
« La nuit du 20, on tenta le coup. Au début, tout alla bien ; les Allemands ne nous attendaient pas de ce côté-là. On franchit le ravin, on traversa la voie ferrée, puis on tomba sur une batterie de mortiers allemands qui venait juste de prendre position en profitant de l’obscurité.
« On renversa les trois mortiers et un camion chargé de bombes. Les Allemands s’enfuirent, laissant derrière eux sept morts, abandonnant non seulement leurs armes, mais leur pain, et… leur eau. “Quelque chose à boire ! Quelque chose à boire !” Nous ne pouvions penser à rien d’autre. Nous bûmes jusqu’à plus soif. Puis on mangea le pain qu’on avait trouvé, et on repartit.
« Que se passa-t-il alors et qu’arriva-t-il à mes camarades ? Je ne sais pas… la seule chose dont je me souvienne, c’est que, lorsque je rouvris les yeux, le 25 ou le 26 septembre, j’étais dans une cave noire et humide, et il me semblait que j’étais couvert d’une couche d’huile. Je n’avais plus de vareuse, ni de soulier au pied droit. Mes mains et mes pieds ne répondaient plus ; et dans ma tête, ça bourdonnait.
« Une porte s’ouvrit et, dans la lumière du jour, je pus voir un soldat en uniforme noir. Sur sa manche gauche, il y avait une tête de mort. J’étais tombé aux mains de l’ennemi. »
Ce soldat russe blessé et ses camarades ont été galvanisés par l’ordre du jour lancé par le Comité de guerre du front de Stalingrad : « L’ennemi doit être écrasé à Stalingrad ! »
De la mi-septembre aux premiers jours de novembre 1942, les Allemands progressent parfois de seulement quelques mètres, mais ils réussissent à couper en deux la 62e armée, à occuper le cœur de Stalingrad et à atteindre le quai central de la Volga.
Le mois d’octobre est le plus cruel.
La colline Mamaï change plusieurs fois de mains. Le sommet est un véritable no man’s land. Mais sur les pentes, les cadavres allemands s’entassent. En un jour, ils perdent 1 500 hommes et 50 chars.
Mais les bombes allemandes atteignent des réservoirs d’essence. Le combustible se déverse dans la Volga : le fleuve est en feu. Les flammes passent par-dessus les abris où Tchouikov a établi son quartier général.
« Tout d’abord, nous perdons presque la tête, écrit Tchouikov. Que faire ? Alors, mon chef d’état-major, le général Krylov, ordonne : “Serrez-vous les uns contre les autres. Restez dans les abris encore intacts, et maintenez les communications par radio avec vos troupes !” Puis il murmure : “Vous croyez qu’on peut tenir ? – Oui, dis-je. Et de toute façon, on a nos revolvers ! – Ça va, répond-il.” Nous nous étions compris.
« Je dois reconnaître qu’au premier regard que je risque hors de l’abri, je suis terrifié à la vue des flammes. Mais l’ordre de Krylov me rend mon sang-froid. Bien qu’entourés de feu, nous continuons à travailler et à diriger les troupes.
« L’incendie dure plusieurs jours. Or nous n’avons pas d’autre quartier général, en réserve. Toutes nos troupes, y compris les hommes du génie, se battent contre les Allemands. Il nous faut donc nous débrouiller dans les abris encore intacts, dans des trous, souvent sous le feu de l’ennemi. Plusieurs jours et plusieurs nuits durant, nous ne fermons pas l’œil. »
Les combats les plus terribles se déroulent du 14 au 23 octobre 1942, suivis dans les premiers jours de novembre d’offensives allemandes qui sont repoussées, même si les points d’appui russes adossés à la Volga n’ont qu’une profondeur de quelques centaines de mètres.
Les combats acharnés se poursuivent pour une pierre, pour chaque mètre du sol de Stalingrad.
Mais de ces derniers jours d’octobre, les Russes ont une impression de victoire.
Même si au centre du front les Allemands ont atteint, sur une longueur de 500 mètres, la rive de la Volga, les ailes du dispositif russe au nord et au sud ont tenu.
Tchouikov se souvient des cours qu’il a suivis à l’Académie militaire. Il a la conviction que cette bataille de Stalingrad se déroule selon le schéma de la bataille de Cannes quand, en 216 av. J.-C., Hannibal avait défait les troupes du consul romain Varron.
Le « centre » carthaginois avait reculé, mais les « ailes » avaient tenu et avaient encerclé les légions romaines !
« Le schéma de la bataille de Stalingrad correspond au plan classique de la bataille de Cannes », confie Tchouikov.
On le regarde avec étonnement et ironie.
Tchouikov déclare : « Nous sommes dans la situation des Carthaginois », et il répète la prédiction énoncée par Staline, lors de la parade du 7 novembre 1942 sur la place Rouge :