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1942-Le jour se lève

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1942-Le jour se lève
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En Pologne, en Ukraine, dans les pays baltes, en Roumanie, en Hongrie, il est partagé par la plus grande partie de la population.

À Varsovie, à proximité du ghetto, des adolescents passent leur journée à observer les passants afin de repérer les Juifs, de les dépouiller, de les livrer aux Allemands.

Une enseignante polonaise qui habite un village note dans son journal :

« Les Allemands ont fait venir une foule de paysans et de pompiers des villages et avec leur concours ont organisé une chasse aux Juifs… Au cours de cette action, sept Juifs ont été capturés, des vieux, des jeunes et des enfants. Ces juifs ont été conduits à la caserne des pompiers et exécutés le lendemain. »

De telles scènes se répètent dans toute l’Europe de l’Est.

Dans ces conditions, aider des Juifs, les cacher, est un acte de courage extrême car on est à la merci d’une dénonciation même de la part de « patriotes antiallemands » qui sont antisémites.

Dans l’Europe de l’Ouest, face à l’antisémitisme, à la complicité entre les gouvernements collaborateurs et les nazis, se dressent les traditions démocratiques qui condamnent les mesures barbares mises en place par l’occupant et les collaborateurs.

Si bien que, en dépit de la répression, les Justes peuvent recueillir, cacher les Juifs poursuivis, les avertir des rafles préparées par les pouvoirs et les polices.

Quant aux Églises, en dehors de quelques fanatiques qui au nom de l’antijudaïsme soutiennent les « persécuteurs », elles condamnent au nom de la charité, de la justice du Christ les traitements inhumains infligés aux Juifs.

Cependant, 75 000 déportés juifs seront exterminés, même si la communauté juive française sera l’une des moins atteintes d’Europe.

L’antisémitisme s’exprime cependant, non seulement par l’intense propagande vichyste et nazie, mais aussi par les exhortations antisémites de certains écrivains français. À Paris, Ernst Jünger, qui rencontre Céline à l’institut allemand, note dans son journal :

« Céline dit combien il est surpris, stupéfait que nous, soldats, nous ne fusillions pas, ne pendions pas, n’exterminions pas les Juifs. Il est stupéfait que quelqu’un disposant d’une baïonnette n’en fasse pas un usage illimité. »

Ce sont là « bagatelles pour un massacre » ! Il y a pire.

Robert Brasillach, distingué, brillant élève de l’École normale supérieure, essayiste, exige dans Je suis partout, du 25 septembre 1942 :

« Il faut se séparer des Juifs en bloc et ne pas garder les petits. » Drieu la Rochelle, autre figure notable des lettres, élégant acteur du Tout-Paris littéraire, écrit dans son journal : « Je hais les Juifs, j’ai toujours su que je les haïssais. »

Mais le plus lu des écrivains, en cet été 1942, est Lucien Rebatet, qui publie Les Décombres chez Denoël, un éditeur collaborationniste. Le livre est plusieurs fois réédité, vendu au moins à 60 000 exemplaires, mais 200 000 ont été commandés, et le papier manque.

Cette « prose » qui exprime la haine du Juif – et de la République – est le plus grand succès de librairie de la France occupée.

« Je souhaite la victoire de l’Allemagne, écrit Rebatet, parce que la guerre qu’elle fait est ma guerre, notre guerre.

« Je n’admire pas l’Allemagne d’être l’Allemagne, mais d’avoir permis Hitler. Je la loue d’avoir su… se donner l’ordre politique dans lequel j’ai reconnu tous mes désirs. Je crois que Hitler a conçu pour notre continent un magnifique avenir et je voudrais passionnément qu’il se réalisât. »

Mais pour cela, il faut chasser les Juifs.

« L’esprit juif est dans la vie intellectuelle de la France un chiendent vénéneux, qui doit être extirpé jusqu’aux plus infimes radicelles… Des autodafés seront ordonnés au maximum d’exemplaires des littératures, peintures, partitions juives et judaïques ayant le plus travaillé à la décadence de notre peuple. »

Tous ces antisémites « rêvent » à La Mort du dernier Juif.

C’est là le titre d’un récit d’anticipation publié par l’hebdomadaire Au Pilori.

L’auteur imaginait « le journal d’un Français moyen » en l’an 2142. Un décret du 25 juin 1942 aurait ordonné que tous les Juifs soient stérilisés à l’exception de trois couples conservés au zoo de Vincennes, les enfants des trois couples devant être stérilisés à l’exception de l’aîné.

Le 14 juillet 2142 – deux cents ans plus tard donc –, le « Français moyen » écrit :

« Une nouvelle merveilleuse parcourt les rues de Paris. Le dernier Juif vient de mourir. Ainsi c’en est donc fini avec cette race abjecte dont le dernier représentant vivait, depuis sa naissance, à l’ancien zoo de Vincennes, dans une tanière spécialement réservée à son usage et où nos enfants pouvaient le voir s’ébattre en un semblant de liberté, non pour le plaisir des yeux, mais pour leur édification morale.

« Il est mort ! Dans le fond, c’est mieux ainsi. J’avais personnellement toujours peur qu’il ne s’évade et Dieu sait tout le mal que peut faire un Juif en liberté. Il restait seul soit, depuis la mort de sa compagne, laquelle par bonheur était stérile, mais avec cette engeance, on ne sait jamais, il faudra que j’aille au zoo pour m’assurer de la véracité de la nouvelle. » Écrit par un citoyen français, à Paris, le 23 juillet 1942.

Le premier train de Juifs raflés, le 16 juillet 1942, roule vers Auschwitz.

C’est déjà par centaines de milliers que se comptent les Juifs massacrés, d’abord par les Einsatzgruppen – en Pologne, en Ukraine, en Russie –, d’une rafale, puis gazés dans des camions, aménagés à cet effet, puis entassés dans les chambres à gaz des camps de concentration. Sans compter ceux battus à mort, à coups de matraque, de crosse, de pioche ou de pelle, et ceux pendus.

Un Juif, Szmul Zygieboym, qui a réussi – en 1943 – à fuir la Pologne et à rejoindre Londres, pour alerter le monde sur la politique d’extermination de tout un peuple, s’y suicidera.

« Je veux par ma mort exprimer une dernière protestation contre la passivité avec laquelle le monde assiste à l’extermination du peuple juif… Je contribuerai peut-être par ma mort à dissiper l’indifférence de ceux qui, aujourd’hui encore, peuvent sauver les quelques Juifs polonais demeurés vivants. »

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Szmul Zygieboym, en se suicidant, n’a pas atteint son but.

Churchill et Roosevelt n’ont pas changé de politique ni de stratégie.

Ils veulent vaincre militairement le IIIe Reich.

La chute de Hitler, la destruction du nazisme, la capitulation de l’Allemagne, l’anéantissement de ses armées sauveront les Juifs de l’extermination.

Szmul Zygieboym s’est trompé.

Les grands – Churchill, Roosevelt et Staline – n’ignorent rien, depuis l’été 1942, de la volonté des nazis de mettre en œuvre la « solution finale » de la question juive.

Les services de renseignements anglais et américain, les Russes ont recueilli suffisamment de témoignages pour dresser la liste des camps d’extermination, pour reconstituer les méthodes employées pour le « transport » de centaines de milliers de Juifs et pour leur extermination dans les chambres à gaz.

Ce n’est donc ni par ignorance ni par passivité et indifférence qu’ils n’interviennent pas, mais parce qu’ils ont décidé que pour arrêter le massacre, il fallait d’abord briser l’Allemagne, l’écraser sous les bombardements. Et aucune force ne pouvait être distraite de cette stratégie.

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