1942-Le jour se lève
- Автор: Галло Макс
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «1942-Le jour se lève». Краткое содержание книги:
On contraindra bientôt le père Dillard à quitter Saint-Louis de Vichy, et il sera plus tard déporté au camp de Dachau où il mourra.
L’assemblée des cardinaux et archevêques réunie à Paris en juillet 1942 adresse une supplique au Maréchal :
« Nous ne pouvons étouffer le cri de notre conscience… »
Les termes sont pesés, le mot Juif n’est pas écrit. Les ecclésiastiques demandent que soient respectées les exigences « de la justice et de la charité ».
Ce sont Mgr Saliège, archevêque de Toulouse, et Mgr Théas de Montauban qui, dans leurs lettres pastorales, ont, en dépit des pressions exercées par les préfets de Pétain, le courage de « nommer » et de « décrire » l’horreur.
Mgr Saliège, le dimanche 30 août 1942, fait lire en chaire, dans toutes les églises du diocèse, une lettre vibrante.
« Que des enfants, que des femmes, des pères et des mères soient traités comme un vil troupeau ; que des membres d’une même famille soient séparés les uns des autres et embarqués pour une destination inconnue, il était réservé à notre temps de voir ce triste spectacle.
« Notre Dame, priez pour la France !
« Dans notre diocèse, des scènes d’épouvante ont lieu dans les camps de Noé et de Récébédou.
« Les Juifs sont des hommes. Les Juives sont des femmes. Les étrangers sont des hommes. Les étrangères sont des femmes. Tout n’est pas permis contre eux, contre ces hommes, contre ces femmes, contre ces pères et mères de famille. Ils font partie du genre humain comme tant d’autres. Un chrétien ne peut l’oublier.
« France, patrie bien-aimée, France qui porte dans la conscience de tous tes enfants la tradition du respect de la personne humaine, France chevaleresque et généreuse, je n’en doute pas, tu n’es pas responsable de ces horreurs. »
Dans les temples de l’Église protestante, les pasteurs – ainsi les pasteurs Trocmé, Theis, qui prêchent dans les villes et villages du Massif central, notamment au Chambon-sur-Lignon – s’élèvent depuis des mois déjà contre les arrestations, les déportations, le sort réservé aux Juifs.
Ils ont condamné le « statut des Juifs » mis en place dès l’été et l’automne de 1940 par le gouvernement de Vichy.
De nombreux croyants – chrétiens, catholiques ou protestants – accueillent, cachent les Juifs qui ont réussi à échapper aux rafles et aux camps.
Et c’est cette résistance d’hommes et de femmes, cet héroïsme des Justes qui sauvent de la mort les deux tiers des Juifs de France.
Cependant, parmi les 4 051 enfants arrachés à leurs parents en juillet 1942, lors de la grande rafle du Vél’ d’Hiv’, il n’y eut aucun survivant.
Dès le 22 août 1940, le général de Gaulle avait écrit à Albert Cohen, conseiller politique du Congrès juif mondial à New York, l’assurant que « la France libérée ne peut manquer d’avoir à cœur de veiller à ce qu’il soit fait justice des torts portés aux collectivités victimes de la domination hitlérienne et entre autres aux communautés juives »…
Mais l’« opération » Vent printanier, le nom de code nazi pour désigner la mise en œuvre de la « solution finale » en France et en Europe de l’Ouest, se poursuit.
Les trains de la honte et de la mort roulent vers Auschwitz.
Le 5 août 1942, sous le titre « Le plan de dégradation de la France », Radio-Londres, dans l’émission de la France Libre, appelle à s’opposer à la persécution antisémite.
« Comme en Allemagne, comme en Tchécoslovaquie, comme en Autriche, comme en Pologne, comme partout, la persécution des Juifs n’est qu’un prélude, l’opération préliminaire à d’autres mesures d’asservissement du peuple français tout entier.
« Pour y faire échec, un seul mot d’ordre : SOLIDARITÉ.
« Solidarité pour tous les persécutés, pour toutes les victimes, pour tous ceux qui sont menacés.
« Chaque Français qui dispose d’un lit et de quelques légumes doit abriter, nourrir et protéger un Juif ou un chômeur. »
Mais parmi ceux qui ont réussi à échapper aux rafles, jeunes gens devenus des proscrits, des hors-la-loi, nombreux sont ceux qui ne cherchent pas seulement un refuge, mais surtout l’occasion d’agir, de se battre.
Ils vont souvent rejoindre les rangs de l’organisation de la MOI créée par le parti communiste.
Ils deviennent les intrépides et déterminés auteurs de nombreux attentats.
Ce sont eux que la police française et la police allemande traquent.
Ce sont eux qu’on fusille ; eux dont les noms « étrangers » sont inscrits en lettres noires sur l’affiche rouge que les Allemands apposent sur les murs de Paris.
On les appellera des « bandits », des « terroristes ».
Ils sont des « résistants ».
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Ces résistants juifs qui attaquent les dépôts de l’armée allemande, qui abattent les officiers et les soldats de la Wehrmacht, afin de créer un climat d’insécurité pour les troupes d’occupation, constituent pour la propagande allemande, reprise mot à mot par la presse de la collaboration, l’armée du crime.
Plus généralement, d’un bout à l’autre de l’Europe, sous la botte allemande, les Juifs sont considérés comme des « parasites » qui prolifèrent, corrompent la société, la civilisation, se livrent aux « trafics », au marché noir.
Cette stigmatisation des Juifs est aussi le moyen de justifier les rafles, les déportations.
Et le premier train de la honte et de la mort quitte Drancy pour Auschwitz le 19 juillet 1942.
Mais les journaux de la collaboration Le Petit Parisien, Je suis partout, affirment que les Juifs arrêtés, déportés, ne sont que des trafiquants du marché noir, des criminels qui violent les lois.
Lorsque le représentant du gouvernement de Vichy tient une conférence de presse pour justifier les mesures antisémites, il déclare :
« Le gouvernement ne peut pas tenir compte des protestations qui lui parviennent de différents milieux. Ces milieux expriment les thèses religieuses, idéologiques, ce qui est leur droit.
« Ils réagissent à des rumeurs dont on peut difficilement contrôler l’exactitude.
« Le gouvernement, lui, doit agir dans le sens supérieur de l’intérêt de l’État. »
En fait, Pétain et Laval n’ignorent rien des conséquences barbares de la politique antisémite qu’ils mettent en œuvre en collaboration avec les autorités allemandes.
Pétain reçoit ainsi de nombreuses lettres d’anciens combattants juifs, décorés à titre militaire, qui font appel à celui qu’ils continuent de considérer comme leur chef, vainqueur à Verdun. Pétain ne répond pas.
Des proches du Maréchal en 1940 et 1941 lui écrivent pour témoigner de ce qu’ils voient.
L’un d’eux, René Gilloin, s’indigne des scènes auxquelles il a assisté à Vaison-la-Romaine : enfants arrachés à leur mère, femmes à leur époux, embarqués les uns et les autres à coups de crosse dans des wagons à bestiaux.
« Le gouvernement a fait un pas de plus dans la honte, écrit-il au Maréchal en août 1942… La conscience nationale s’est révoltée. Par la voix de ses prêtres et de ses pasteurs, par sa résistance spontanée à l’exécution de consignes atroces, elle a signifié à votre gouvernement qu’il avait outrepassé ses droits et manqué à ses devoirs. »
Pétain, après avoir pris connaissance de cette lettre, s’étonne : « Pourquoi donc Gilloin fait-il campagne pour les Juifs ? »
En fait, l’antisémitisme nazi, « exterminateur », est d’autant moins combattu qu’il paraît ne concerner d’abord pour chaque nation occupée par des Allemands que les « Juifs apatrides », étrangers. Mais il y a aussi un antisémitisme « local », plus ou moins violent.