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1942-Le jour se lève

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1942-Le jour se lève
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Les Allemands ajoutent que « l’attitude de la population française a été plus que correcte… Elle a assisté les troupes allemandes dans leur combat en leur rendant des services de toutes sortes ».

Mensonge mais que seuls les témoins peuvent démentir. Qui les écoute ? Au contraire, pour accréditer la thèse de la collaboration, le Führer décide de « remercier » la population dieppoise en libérant les 340 prisonniers originaires de la région.

Le train les transportant arrive en gare du Tréport, croise un train de travailleurs partant pour l’Allemagne. C’est la Relève.

On lit sur les wagons de l’un et l’autre train :

« Vive la France ! Vive Pétain ! Vive les Dieppois ! Vive Laval ! Vive la Normandie ! » et, assure-t-on, « Vive le chancelier Hitler ! ».

Les prisonniers sont accueillis par les autorités de la collaboration – Fernand de Brinon, Benoist-Méchin – et par le colonel von Zidzewitz, Feldkommandant de la région de Rouen.

L’officier allemand prend la parole :

« Camarades français, au moment où vous foulez le sol de votre belle patrie, je vous apporte le salut du commandement militaire en France. Lorsque l’Anglais tenta de fouler le sol de France, autorités et familles ont su garder une attitude disciplinée. Sur l’ordre du Führer, vous êtes redevenus libres. Dans vos foyers, vous serez les pionniers d’une France nouvelle. »

La presse commente l’événement, poursuivant et amplifiant l’action de propagande : « Le retour des prisonniers dieppois a donc un sens politique qu’il serait vain de nier, lit-on dans La Dépêche de Brest. Il constitue une nouvelle étape dans le rapprochement franco-allemand… Par-dessus tout, il est un exemple. Pourquoi ne pas saisir la chance qui nous est offerte ? »

La chance ?

Quatre-vingt-treize otages ont été fusillés le 12 août.

Le 25 août, le service militaire est institué en Alsace et en Lorraine pour les « jeunes de race allemande ».

Le 28 août, les classes 1922-1924 sont incorporées et les familles des réfractaires arrêtées.

Le ministre Sauckel exprime son mécontentement devant le maigre succès de la Relève.

Laval avait promis que les 350 000 hommes exigés par Sauckel seraient partis dans les plus brefs délais. En fait, n’ont quitté la France que 12 000 volontaires en juin 1942, 23 000 en juillet, 18 000 en août.

Les autorités allemandes menacent alors d’appliquer l’ordonnance de Sauckel du 22 août destinée à tous les pays occupés et permettant de décréter la mobilisation totale de toute la main-d’œuvre masculine et féminine et le recensement de la population de 18 à 55 ans.

Tel est le vrai visage de la collaboration.

Il s’agit selon Sauckel d’« obtenir un rendement maximum pour les besoins de guerre du Reich ».

TROISIÈME PARTIE

Août

__

novembre 1942

« Dans cette guerre totale, la volonté d’une grande nation, fût-elle pour l’instant enchaînée, est une force énorme qui peut devenir décisive, surtout quand c’est la volonté de la France. »

DE GAULLE

discours prononcé à la radio de Londres

le 20 octobre 1942.

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.

« Les besoins de guerre du Reich » en cet été 1942 sont immenses.

Les troupes allemandes se battent devant El-Alamein, aux portes de l’Égypte, mais aussi sur les pentes enneigées du mont Elbrouz, la cime la plus élevée des chaînes du Caucase.

Elles sont dans les faubourgs de Stalingrad. Elles encerclent Leningrad.

Et les U-Boot sillonnent les profondeurs marines, de l’océan Arctique à la Méditerranée.

Il faut au IIIe Reich « du sang et du travail », et Laval le sait bien qui a proposé ce « marché ». L’Allemagne donne le sang de sa jeunesse, la France, le travail de ses ouvriers.

Et cependant, Laval – et quelques-uns de ses ministres – se cabre à l’idée que l’ordonnance de Sauckel du 22 août 1942 – recensement des jeunes gens, réquisition, envoi en Allemagne – pourrait s’appliquer à la France.

Le 3 septembre, Laval remet une protestation à Abetz.

« La France, le gouvernement français, dit-il avec détermination, emphase même, refusent d’accepter les mesures concernant l’Alsace et la Lorraine et notamment l’incorporation d’Alsaciens et de Lorrains dans les formations nationales-socialistes et dans l’armée. »

Mais, en même temps qu’il semble se montrer décidé à résister, Laval entend que sa protestation soit rendue publique. Parce qu’il veut « traiter » avec les Allemands.

« Il ne faut pas irriter les Allemands en ce moment, dit-il. Les négociations pour le travail en Allemagne sont tellement difficiles. »

Ainsi Laval est prisonnier de sa politique, de son ambition.

Il veut faire de la France le partenaire de l’Allemagne, soutenir, aider le Reich, mais conserver à la France le statut de nation souveraine.

Donc refuser d’appliquer en France l’ordonnance de Sauckel, en promulguant une loi française qui en reproduit les principales dispositions.

Et qui va plus loin puisqu’elle concernera aussi la zone libre.

Laval « habille » du costume national la politique allemande.

Cette loi du 4 septembre 1942 rend obligatoire le travail en Allemagne, mais elle parle hypocritement de volontariat.

C’est une loi d’exception et de pénitence.

Laval est le régisseur au service du maître allemand. Il est l’intermédiaire qui organise l’« esclavage » au bénéfice de Sauckel, mais assure qu’il agit pour le bien de la France et des esclaves.

Quatre de ses ministres s’opposent un temps à lui, lors des Conseils des ministres.

« Même si le danger d’être polonisé existe, nous n’avons pas le droit de nous poloniser nous-mêmes », disent-ils.

Laval va les rassurer, promet qu’« aucune sanction même légère ne sera appliquée sans un débat devant le Conseil des ministres ».

En fait, Laval abdique, en ce début du mois de septembre 1942, ce qui restait d’apparence de souveraineté gouvernementale. Vichy n’est plus qu’une façade, un paravent.

L’amiral Darlan et le général Bridoux – secrétaire d’État à la Guerre – acceptent que des policiers allemands munis de cartes d’identité françaises circulent en zone libre à la recherche de postes de radio-émetteurs clandestins. En échange, les Allemands promettent de laisser augmenter de 50 000 hommes l’Armée de l’armistice.

Et c’est René Bousquet, secrétaire général de la police, qui va fournir à 280 policiers allemands de « vrais » faux papiers d’identité.

Ces policiers, ayant à leur tête le contrôleur de la police allemande Boemelburg, vont à Lyon, à Marseille, à Toulouse procéder à des arrestations de radios de la Résistance, et même à leur exécution immédiate.

« Je n’aime pas beaucoup ce genre d’affaires », confie Laval à René Bousquet, mais il laisse faire, entraîné chaque jour plus avant dans une collaboration meurtrière et qui n’est qu’un masque ne faisant plus illusion.

Mais Laval s’obstine, fait l’éloge de la Relève – travail français contre sang allemand, ouvriers contre prisonniers libérés.

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