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Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]

Электронная книга - «Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]». Краткое содержание книги:

Sur Majipoor, la planète géante, règne Lord Valentin le Coronal, qui, naguère jongleur, a retrouvé son trône, mais conservé un corps d’emprunt. Ces faits de haute chronique ont été relatés dans Le château de Lord Valentin.
Mais il n’est pas dit que le règne de Valentin restera serein. Tandis que le Coronal entreprend son Périple à travers les immensités de Majipoor, afin de se faire voir de ses peuples, accompagné de Carabella, son épouse bien aimée, de ses amis des jours d’infortune devenus grands seigneurs et d’une armée de courtisans, les nuages s’amoncellent, les maladies frappent les récoltes, s’étendent comme feu de forêt. Des monstres surgissent des forêts d’habitude paisibles de Majipoor. La famine survient, et la rébellion.
Faudra-t-il faire la guerre aux Changeformes ? Car ce sont eux, premiers occupants de la planète, jadis massacrés et refoulés par les humains venus de l’espace, qui tentent une nouvelle révolte. Valentin, qui est épris de paix et d’amour, ne parvient pas à s’y résoudre. Majipoor va-t-elle sombrer ?
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— Je crois que le venin te fait délirer.

— Crois-moi. Tu représentes une menace aux yeux de Divvis.

— Eh bien, il se trompe. Je n’ai pas plus de chances que lui de devenir Coronal. C’est Elidath l’héritier présomptif. Et je sais que lord Valentin assumera sa charge aussi longtemps qu’il le pourra.

— Je te dis que…

— Ne me dis rien du tout. Garde ton énergie pour marcher. Et quatre autres bêtes de traque nous attendent sur le chemin.

2

Voici le rêve de Faraataa, le Piurivar :

C’est l’Heure du Scorpion et le soleil va bientôt se lever sur Velalisier. Devant le portail de la ville, sur la route qu’on appelait Voie du Retour, un immense cortège est rassemblé et s’étire jusqu’à l’horizon. Le Prince À Venir est en tête, baigné d’une aura émeraude. Derrière lui se tiennent les quatre êtres sous les espèces de la Femme Rouge, du Géant Aveugle, de l’Homme Écorché et du Dernier Roi. Viennent ensuite les quatre prisonniers, attachés par des brins d’osier lâches, suivis de la multitude de Piurivars : Ceux Qui Reviennent.

Faraataa flotte haut au-dessus de la cité, évoluant avec aisance, embrassant du regard toute cette immensité. C’est parfait : tout a été rénové, les remparts restaurés, le sanctuaire reconstruit, les colonnes redressées. L’aqueduc recommence à transporter l’eau, les jardins fleurissent, les mauvaises herbes et les broussailles qui avaient envahi toutes les lézardes ont été arrachées, les tas de sable balayés.

Seuls le Septième Temple avait été laissé tel qu’il était à l’époque de la Chute : de simples fondations affaissées, environnées de décombres. Faraataa le survole et remonte en imagination dans l’océan noir du temps pour voir le Septième Temple avant sa destruction. Il a une vision de la Profanation.

Ah ! Voilà ! Le sacrifice impie se prépare sur les Tables des Dieux. Sur chacune d’elles est étendu un grand roi des eaux, encore vivant, impuissant du fait de son poids, remuant faiblement les ailes, le cou tordu, les yeux étincelants de fureur ou de peur. De minuscules silhouettes s’affairent autour des deux immenses créatures, se préparant à accomplir les rites interdits. Faraataa frissonne. Faraataa pleure et ses larmes semblables à des perles de cristal tombent jusqu’au sol lointain. Il voit les longs couteaux briller ; il entend les rois des eaux hurler et rugir ; il voit la chair découpée. Il veut crier à la foule : non, non, c’est monstrueux, nous serons terriblement punis, mais à quoi bon, à quoi bon ? Tout cela a eu lieu des milliers d’années auparavant. Alors il continue de flotter et de regarder. Pareils à des fourmis, ils se répandent dans la ville, les pécheurs, chacun brandissant son morceau de roi des eaux ; et ils portent la chair immolée au Septième Temple, ils la jettent sur le bûcher, ils chantent le Chant du Bûcher. Que faites-vous ? crie vainement Faraataa. Vous brûlez nos frères ! Et la fumée s’élève, noire et grasse, piquant les yeux de Faraataa qui ne peut plus rester en l’air et tombe, tombe, tombe. Alors la Profanation est accomplie, la ville est condamnée et le monde entier perdu.

La première lueur du jour brille maintenant à l’est. Elle traverse la ville et frappe le croissant de lune fixé sur la longue perche qui domine les ruines du Septième Temple. Le Prince À Venir lève le bras et donne le signal. Le cortège s’ébranle. Tout en marchant, Ceux Qui Reviennent changent de forme de temps en temps, conformément aux préceptes du Livre des rois des eaux. Ils prennent tour à tour l’apparence de la Flamme, du Flot, de la Feuille Morte, de la Lame, des Sables, du Vent. Et quand ils passent devant la Place de l’Immuabilité, ils reprennent définitivement leur forme de Piurivar.

Le Prince À Venir étreint les quatre prisonniers que l’on conduit ensuite aux autels placés sur les Tables des Dieux. La Femme Rouge et l’Homme Écorché emmènent le plus jeune roi et sa mère à la Table orientale, où le roi des eaux Niznorn a péri il y a si longtemps, pendant la nuit du blasphème. Le Géant Aveugle et le Dernier Roi conduisent le roi plus âgé et celui qui vient nuitamment dans les rêves jusqu’à la Table occidentale, où le roi des eaux Domsitor a été sacrifié par les Profanateurs.

Le Prince À Venir se tient seul en haut du Septième Temple. Son aura est devenue écarlate. Faraataa descend, se joint à lui et devient lui : ils ne font plus qu’un.

— Au commencement il y eut la Profanation, la folie s’empara de nous et nous péchâmes contre nos frères de la mer, s’écrie-t-il. Et en nous réveillant, nous avons constaté ce que nous avions fait ; car par ce péché nous avons détruit notre grande cité et nous avons traversé les terres. Mais cela n’a pas été suffisant et des ennemis venus de loin se sont abattus sur nous, prenant tout ce que nous possédions et nous conduisant dans le désert pour notre pénitence car nous avions péché contre nos frères de la mer. Nous avons perdu nos coutumes, nous avons beaucoup souffert et le Très Haut s’est détourné de nous jusqu’à ce que notre pénitence s’achève. Nous avons trouvé la force de nous libérer de nos oppresseurs et de réclamer ce que nous avions perdu à cause de notre ancien péché. On nous a alors prédit qu’un prince viendrait nous délivrer de l’exil le jour où prendrait fin notre pénitence.

— Ce jour est arrivé ! répond le peuple. Voici le temps du Prince À Venir !

— Le Prince À Venir est arrivé !

— Vous êtes le Prince À Venir !

— Je suis le Prince À Venir, crie-t-il. Maintenant tout est pardonné. Toutes les dettes ont été payées. Nous avons fait pénitence et nous sommes absous. Notre pays n’est plus en pénitence. Les rois des eaux ont été dédommagés. Velalisier est reconstruite. Notre vie recommence.

— Notre vie recommence ! Voici le temps du Prince à Venir ! Faraataa lève son bâton qui brille comme le feu dans la lumière matinale et fait signe à ceux qui attendent sur les deux Tables des Dieux. Les quatre prisonniers sont poussés en avant. Les longs couteaux étincellent. Les rois s’abattent et leur couronne roule dans la poussière. Les Tables sont lavées avec le sang des envahisseurs. Le dernier acte a été joué. Faraataa élève les mains.

— Maintenant, venez avec moi reconstruire le Septième Temple ! Les Piurivars se précipitent sous la direction de Faraataa. Ils rassemblent les blocs de pierre du temple et les remettent à leur ancienne place.

Quand ils ont fini, Faraataa se juche au sommet et porte son regard vers la mer, à des centaines de kilomètres de distance, où se sont rassemblés les rois des eaux. Il les voit battre la surface de l’eau de leurs grandes ailes. Il les voit hausser leurs énormes têtes et gronder.

— Frères ! Frères ! leur crie Faraataa.

— Nous t’entendons, frère de la terre.

— L’ennemi est vaincu. La ville est reconsacrée. Le Septième Temple est reconstruit. Est-ce la fin de notre pénitence, 0 frères ?

— Oui, répondent-ils. Le monde est purifié, une ère nouvelle commence.

— Sommes-nous pardonnés ?

— Vous êtes pardonnés, Ô frères de la terre.

— Nous sommes pardonnés ! crie le Prince À Venir.

Alors le peuple lève les mains vers lui et change de forme, devenant tour à tour l’Étoile, la Brume, l’Obscurité, la Lumière, la Caverne.

Et il ne reste plus qu’à pardonner à ceux qui ont commis le premier péché et qui depuis sont restés en esclavage au milieu des ruines. Le Prince À Venir tend les mains vers eux et leur annonce qu’ils sont délivrés de la malédiction qui pesait sur eux, qu’ils sont libres.

Alors les pierres de Velalisier rendent leurs morts, les esprits apparaissent, pâles et transparents ; ils s’animent et se colorent, ils dansent, changent de forme et poussent des cris de joie.

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