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Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]

Электронная книга - «Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]». Краткое содержание книги:

Sur Majipoor, la planète géante, règne Lord Valentin le Coronal, qui, naguère jongleur, a retrouvé son trône, mais conservé un corps d’emprunt. Ces faits de haute chronique ont été relatés dans Le château de Lord Valentin.
Mais il n’est pas dit que le règne de Valentin restera serein. Tandis que le Coronal entreprend son Périple à travers les immensités de Majipoor, afin de se faire voir de ses peuples, accompagné de Carabella, son épouse bien aimée, de ses amis des jours d’infortune devenus grands seigneurs et d’une armée de courtisans, les nuages s’amoncellent, les maladies frappent les récoltes, s’étendent comme feu de forêt. Des monstres surgissent des forêts d’habitude paisibles de Majipoor. La famine survient, et la rébellion.
Faudra-t-il faire la guerre aux Changeformes ? Car ce sont eux, premiers occupants de la planète, jadis massacrés et refoulés par les humains venus de l’espace, qui tentent une nouvelle révolte. Valentin, qui est épris de paix et d’amour, ne parvient pas à s’y résoudre. Majipoor va-t-elle sombrer ?
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Il laissa le malorn s’approcher jusqu’à une dizaine de mètres. Puis il ramassa une grosse pierre qu’il lança à la tête de l’animal. Le malorn esquiva facilement et continua à avancer. Hissune se déplaça tout doucement vers la gauche en tenant fermement son gourdin des deux mains. Le malorn ne paraissait ni vif ni agile, mais s’il essayait de charger, Hissune avait l’intention de le faire courir en montant.

— Hissune ? demanda une voix derrière lui.

— Qui est là ? fit Hissune sans regarder autour de lui.

— Alsimir.

C’était un chevalier-initié de Peritole qui avait un ou deux ans de plus que lui.

— Comment ça va ? demanda Hissune.

— Je suis blessé. Le malorn m’a piqué.

— C’est grave ?

— Mon bras gonfle. C’est son venin.

— Je reviens tout de suite. Mais d’abord…

— Méfie-toi. Il saute.

En effet, le malorn semblait fléchir les pattes pour bondir. Hissune attendit, se balançant légèrement sur les pieds. Pendant un moment qui lui parut interminable, il ne se passa rien. Le temps semblait s’être immobilisé et Hissune regardait patiemment le malorn. Le jeune homme était parfaitement calme. Il n’y avait aucune place dans son esprit pour la peur, l’incertitude, les suppositions sur ce qui pourrait arriver.

L’étrange attente prit fin et l’animal fut brusquement en l’air, bondissant d’une violente poussée de toutes ses pattes. Au même instant, Hissune dégringola la pente en direction du malorn pour que l’animal le survole avec son élan.

Quand il passa au-dessus de sa tête, Hissune se jeta par terre pour éviter de recevoir un coup de queue mortel. Tenant son gourdin à deux mains, il le leva de toutes ses forces pour frapper le bas-ventre de l’animal. Il y eut un bruit d’expiration et les pattes du malorn battirent désespérément l’air. En tombant, ses griffes passèrent tout près d’Hissune.

Le malorn s’abattit sur le dos quelques mètres plus loin. Hissune s’approcha de lui et s’avança en sautillant entre les pattes agitées de soubresauts pour donner encore deux coups de bâton dans le ventre du malorn. Puis il recula. L’animal remuait encore un peu. Hissune ramassa la plus grosse pierre qu’il trouva, la souleva très haut au-dessus du malorn, puis la laissa tomber. Les pattes cessèrent de remuer. Hissune fit demi-tour, tremblant et transpirant, et s’appuya sur son gourdin. Il fut pris d’une violente nausée et vomit. Il lui fallut quelques instants pour retrouver son calme.

Alsimir était étendu à une quinzaine de mètres en contre-haut, la main droite serrée sur son épaule gauche qui avait doublé de volume. Il avait le visage cramoisi et les yeux vitreux.

— Donne-moi ta dague, dit Hissune en s’agenouillant près de lui.

— Elle est là-bas.

D’un geste vif, Hissune déchira la manche d’Alsimir, découvrant une plaie en forme d’étoile juste au-dessus du biceps. Il incisa la blessure avec la pointe de la dague, serra le bras du jeune homme, fit sortir le sang qu’il aspira, puis recracha et serra de nouveau le membre tuméfié. Alsimir tremblait, gémissait et poussa un ou deux cris. Après quelques instants, Hissune nettoya la plaie et fouilla dans son sac à dos pour trouver un bandage.

— Ça devrait aller, dit-il. Avec un peu de chance demain à la même heure tu seras à Ertsud Grand où l’on te soignera convenablement.

Alsimir lança un regard horrifié au malorn gisant à terre.

— J’essayais de m’éloigner tout doucement, comme toi, et brusquement il m’a sauté dessus et m’a piqué. Je crois qu’il attendait que je meure pour me dévorer lorsque tu es arrivé.

— Quelle horrible bête, dit Hissune en frissonnant. Il avait l’air beaucoup moins repoussant sur les images du manuel d’entraînement.

— L’as-tu tué ?

— Probablement. Je me demande si nous sommes censés tuer les bêtes de traque. Ils en ont peut-être besoin pour les épreuves de l’année prochaine.

— Ça les regarde, dit Alsimir. Puisqu’ils nous envoient par ici pour affronter ces animaux, ils ne devraient pas être mécontents que nous en tuions un de temps en temps. Ah, par la Dame, j’ai mal !

— Viens. Nous allons finir le voyage ensemble.

— Nous n’avons pas le droit, Hissune.

— Et alors ? Tu crois que je vais te laisser seul dans cet état ? Allez, viens. Ils nous recaleront si cela leur fait plaisir. J’ai tué leur malorn, j’ai sauvé un homme blessé – c’est d’accord, j’ai échoué à l’épreuve. Mais demain je serai en vie, et toi aussi.

Hissune aida Alsimir à se lever et ils se dirigèrent lentement vers les arbres qui se dressaient au loin. Soudain Hissune se mit à trembler, une réaction à retardement. Cette bête affreuse passant au-dessus de sa tête, les yeux rouges fixes, les mâchoires s’entre choquant, le ventre mou – il allait mettre longtemps à oublier tout cela.

À mesure qu’ils avançaient, Hissune retrouva en partie son calme.

Il essaya d’imaginer lord Valentin aux prises avec des malorns, des zeils et des zytoons dans cette vallée perdue, ou Elidath, ou Divvis, ou encore Mirigant. Ils avaient sûrement tous subi la même épreuve quand ils étaient chevaliers-initiés et c’est peut-être le même malorn qui avait sifflé et claqué des mâchoires devant le jeune Valentin vingt ans auparavant. Hissune trouvait tout cela un peu absurde. Quel était le rapport entre le fait d’échapper aux monstres et apprendre l’art de gouverner ? Je le comprendrai certainement tôt ou tard, se dit-il. En attendant, il devait veiller sur Alsimir et se méfier du zeil, du weyhant, du minmollitor et du zytoon. Avec de la chance, il n’aurait affaire qu’à une ou deux autres bêtes de traque : il était improbable qu’il rencontre les sept au cours de l’épreuve. Mais il restait encore une vingtaine de kilomètres jusqu’à Ertsud Grand et le chemin paraissait aride et malaisé. C’était donc cela la belle vie au Mont du Château ? Huit heures d’études quotidiennes des décrets de chaque Coronal et Pontife depuis Dvorn jusqu’à Tyeveras, interrompues par de petites randonnées dans la campagne couverte de broussailles pour affronter des malorns et des zytoons ? Qu’en était-il des fêtes et des jeux ? Et les joyeuses promenades dans les parcs et les forêts privés ? Hissune commençait à croire que les habitants des basses terres avaient une vue trop romantique de la vie de la noblesse du Mont. Il jeta un coup d’œil à Alsimir.

— Comment te sens-tu ?

— Plutôt faible. Mais l’enflure semble avoir légèrement diminué.

— Nous laverons la plaie en arrivant à ces arbres. Il y aura sûrement de l’eau.

— Je serais mort si tu n’étais pas arrivé, Hissune.

— Cela aurait pu être quelqu’un d’autre, dit Hissune en haussant les épaules. C’est le chemin logique pour traverser la vallée.

— Je ne comprends pas pourquoi ils te font subir cet entraînement, reprit Alsimir un moment après.

— Que veux-tu dire ?

— T’envoyer courir tous ces risques.

— Pourquoi pas ? Tous les initiés doivent passer par là.

— Lord Valentin a des projets particuliers pour toi. J’ai entendu Divvis le dire à Stasilaine la semaine dernière.

— Un grand destin m’attend, en effet. Maître des écuries. Gardien de la meute.

— Je ne plaisante pas. Divvis est jaloux de toi, tu le sais. Et tu lui fais peur car tu es le favori du Coronal. Divvis veut devenir Coronal – nul ne l’ignore. Il estime que tu le gênes ?

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