Le soleil des rebelles
- Автор: Fulvio Luca di
- Серия: Gang #3
- Год: 2018
- Язык: французский
- Год: Éditions Slatkine & Cie
- ISBN: 978-2889440481
- Переводчик: Françoise Brun
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Le soleil des rebelles». Краткое содержание книги:
Le jeune prince Marcus est encore un enfant lorsqu'il assiste impuissant au massacre de toute sa famille.
Seul rescapé de cette boucherie ennemi héréditaire de la famille de Marcus qui va s'asseoir sur le trône, Marcus ne doit son salut qu'à la jeune Héloïse, fille d'Agnès, la lavandière du village qui l'accueillera sous son toit pour l'élever comme s'il était son fils.
20
Ojsternig sourit. Il fit signe au bourreau d’exécuter la sentence. Le bourreau dénoua la corde du gibet, une trappe s’ouvrit dans l’estrade. Et Radim Cütting, condamné pour avoir dit du bien de Volod le Noir, le chef des rebelles, tomba dans le vide, un solide nœud coulant autour du cou.
Ojsternig regardait le condamné s’agiter. Sa bouche ouverte, ses yeux gonflés par la pression sanguine qui semblaient sortir de leurs orbites. Protégé par Agomar et cinq hommes d’armes aux épées dégainées, Ojsternig promena sur la foule un sourire de mépris.
Nul ne soufflait mot.
On entendait seulement les râles du condamné.
Ojsternig se dit avec regret que l’homme mourrait trop vite. La cruauté le divertissait, le temps qu’elle durait, mais ne le rassasiait pas. Très vite la faim revenait. Mais si peu qu’elle dure, elle était toujours un soulagement. Une distraction.
Quand les râles du condamné cessèrent, il éperonna son cheval, agacé.
De retour au château, il épousseta ses vêtements, se rinça le visage et les mains. Il lui semblait être encore recouvert par la poussière rouge d’hématite et la suie noire de la tourbe. C’était comme une obsession.
« Robert III a répondu ? demanda-t-il à Arialdo de Tarvis, son comptable, dès qu’il descendit dans la grande salle.
— Non, Votre Seigneurie… », répondit celui-ci en s’inclinant.
Le vieil Arialdo de Tarvis était le seul à connaître parfaitement l’état des comptes du royaume. Il avait été son précepteur autrefois, et faisait déjà office de comptable pour les Ojsternig du temps de son père. S’ils n’avaient pas été complètement ruinés, c’était grâce à lui.
« Pourquoi ne répond-il pas ? lui demanda Ojsternig.
— Votre Seigneurie… » Le comptable courba le dos, comme un vieux chien habitué aux coups de bâton.
Ojsternig leva la main, sans le frapper, comme il lui arrivait parfois de le faire. Il regarda cet homme sans défense qui baissait la tête. Si vieux qu’un coup de poing aurait suffit à le tuer. Il regarda son cou ridé, ses rares touffes de cheveux blancs, et se dit qu’Arialdo, peut-être, quand il était son précepteur, l’avait aimé. Il se rappelait qu’Arialdo l’avait surpris un jour à torturer une poule. Pourtant, au lieu de le gronder ou de le regarder comme un être méprisable comme l’auraient fait son père et sa mère, il s’était contenté de lui ôter des mains le rasoir de barbier couvert de sang. Il avait tordu le cou de la poule pour lui offrir une mort rapide et charitable. Puis il avait hoché la tête en regardant le petit Ojsternig, comme s’il comprenait, et lui avait caressé la tête. Cette caresse n’avait cependant procuré aucune émotion à l’enfant. À l’époque déjà, il n’éprouvait aucun intérêt pour les belles choses. Il savait déjà que seule la cruauté l’intéressait, du moins autant qu’elle durait. Il avait commencé par torturer des animaux puis, en grandissant, les serfs de son père.
« Qu’est-ce que je dois faire avec les mineurs ? demanda-t-il au vieil homme. Comment osent-ils se rebeller ? Ce ne sont que des serfs, ils n’ont pas droit à la liberté. Ils m’appartiennent et selon la loi de l’empereur je peux en disposer comme je veux.
— Les serfs aussi doivent manger, répondit Arialdo de Tarvis. Ils n’ont pas été payés depuis deux mois. Les réserves de viande salée pour l’hiver sont épuisées. Les meuniers ne leur font plus crédit. Ils n’ont que des navets séchés et de la soupe d’herbes des champs. » Le vieil homme fit une pause. « Vous me demandez ce que vous devez faire ? Payez-les.
— Avec quel argent ? ! », s’écria Ojsternig.
Les hommes d’armes qui paressaient dans un coin de la grande salle tournèrent la tête. Le molosse tigré grogna. Agomar regarda Ojsternig, puis les soldats.
« Avec quel argent je devrais les payer, Arialdo ? répéta Ojsternig, qui avait du mal à contenir sa rage.
— Vos soldats boivent à volonté du vin de Falerne et d’Alsace, chaud et épicé. On tue chaque jour un veau pour eux. Ils ont tellement de viande à leur disposition qu’ils ne rongent même plus les os. Commencez par-là. Faites en sorte que le veau dure trois jours. Et faites rôtir les deux autres veaux pour la mine, une fois par mois. Donnez de la bonne bière de chez nous à vos soldats, au lieu de ces vins coûteux que seuls les moines des monastères peuvent se permettre. Et une fois par semaine, donnez une demi-solde aux femmes des mineurs pour qu’elles puissent acheter une livre de farine noire pour leur famille. Cela dépassera à peine un vingtième de ce que vous aurez économisé, Dites aussi à ceux de vos hommes qui gardent les forêts que les enfants des mineurs peuvent ramasser cinq poignées de châtaignes par semaine pour épaissir la soupe. Donnez-leur ce qu’ils finiront par aller chercher chez Volod le Noir. Vous redeviendrez leur seigneur. »
Ojsternig le regarda en silence. « Tu sais qui je suis, vieil imbécile ? »
Arialdo de Tarvis acquiesça, humblement. « Vous êtes mon seigneur.
— Et toi, à ton seigneur, tu recommandes d’économiser comme une bonne femme ? Me mettre au niveau de ce rebelle abject ? grogna Ojsternig.
— Ce rebelle abject est en train de devenir un héros, Votre Seigneurie, dit Arialdo la tête basse. Avec seulement deux morceaux de viande salée. »
Ojsternig le toisa en silence. « Tu conseillais aussi mon père ? Tu lui conseillais de ne pas gaspiller ce qui me revenait ?
— C’était une autre époque… »
Ojsternig bondit sur ses pieds. Le molosse s’approcha, prêt à mordre, babines écumantes.
« Quoi qu’il en soit… oui, je le lui ai conseillé, reprit le comptable.
— Et tu lui as dit quoi ? s’exclama Ojsternig d’une voix dure.
— Qu’il avait un héritier. Et qu’il devait penser à lui. »
Ojsternig eut un ricanement féroce et dit, comme si cela n’avait aucune importance pour lui : « Et il t’a répondu qu’il me méprisait, que je n’étais qu’un petit monstre cruel. Et après, il t’a fait fouetter.
— Non, répondit Arialdo de Tarvis. Il ne m’a pas fait fouetter. »
Ojsternig savait ce que son père pensait de lui. Et sa mère. Ils l’avaient toujours méprisé depuis que sa nature s’était manifestée. Très vite. Il se tourna vers Agomar. « Demain dès l’aube, tu enverras un homme dans la Raühnvahl ! Je veux qu’il rassemble tous les habitants pour qu’ils sachent qui est leur nouveau seigneur. Je veux qu’ils soient tous là, ces culs-terreux.
— Que voulez-vous dire, Votre Seigneurie ? demanda le comptable alarmé.
— La Raühnvahl est un royaume riche, non ?
— Oui, Votre Seigneurie, mais…
— Je m’en emparerai. Comme ça je n’aurai pas à économiser comme une bonne femme.
— Mais l’empereur…
— L’empereur n’a pas le temps de s’occuper de nous ! Tu l’as dit toi-même. Pour lui, nous sommes une puce sur la croupe d’un taureau. Eh bien, la puce prendra sa ration de sang, et le taureau ne s’en apercevra même pas. S’il n’a pas le temps de répondre à une missive, crois-tu qu’il aura le temps d’envoyer son armée ?
— Votre Seigneurie, réfléchissez bien, je vous en prie…
— Tais-toi, Arialdo, ou je te donnerai les coups de fouet que mon père ne t’a pas donnés. » Il bondit sur ses pieds. « Demain matin tu seras là-bas toi aussi, avec tes livres de comptes. » Il se tourna vers Agomar. « Prends cinq hommes et viens avec moi. Nous allons recruter une équipe de charpentiers dans la mine. J’ai une idée pour les faire travailler, puisqu’ils n’ont pas grand-chose à faire. »