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Dominium Mundi. Livre II

Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:

« Cette guerre pour laquelle il s’était engagé n’était pas une guerre de religion, ni même une simple guerre de conquête ou de colonisation, mais bel et bien une guerre d’extermination. »
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Dès qu’il vit son vieil ennemi, Tancrède se sentit découragé. C’était la dernière personne qu’il aurait souhaité voir à ce moment. D’un geste las, il tira le clapet qui libérait les articulations de son exo et retrouva sa liberté de mouvement. Il se redressa avec lenteur puis se dirigea vers la paroi de verre.

Revêtu de cette armure, Tancrède représentait une masse impressionnante et chacun de ses pas fusait vibrer le sol de thermo-béton. Toutefois, Robert de Montgomery ne cilla même pas à son approche.

« Tu n’aurais pas dû te dresser contre moi, misérable chien ! cracha-t-il avec morgue. Vois où cela t’a mené.

— Je ne regrette jamais mes actes, répondit lentement Tancrède en se demandant ce que le duc manigançait. C’est du temps perdu. »

Robert eut un rire sec.

« Tu ne regrettes jamais tes actes, hein ? Cela va peut-être bientôt changer. Aujourd’hui, je vais enfin en finir avec toi. Je vais t’écraser d’un coup de botte et après je t’oublierai pour toujours, car tu ne seras plus rien. »

Vaguement inquiet, Tancrède fronça les sourcils. Il connaissait suffisamment ce serpent pour voir quand il jubilait à l’avance d’un mauvais coup.

« Qu’avez-vous encore fomenté, face de traître ? N’êtes-vous donc jamais lassé de faire le mal ?

— Tsst, tsst, fit Robert en prenant un air faussement désappointé. Ce n’est pas ainsi que l’on s’adresse à un duc du royaume de France. Moi, qui me contentais de te rendre une simple visite de courtoisie. Après tout, nous sommes voisins, n’est-ce pas ? »

Tancrède fit un effort pour se calmer.

« Par malheur, oui. Je sais que vous espérez que ma disgrâce vous permettra de mettre la main sur le domaine de mes parents, mais ne comptez pas trop là-dessus. Je suis bien décidé à m’en occuper, désormais. »

Robert éclata de rire.

« Le Méta-guerrier va devenir paysan, fit-il en essuyant une larme. Ça, c’est vraiment extraordinaire ! J’aurais adoré te voir passer tes journées le cul dans la boue, malheureusement, je n’aurai pas cette joie. Car vois-tu, je ne sais pas ce qui t’a pris tout à l’heure au combat, et je sais encore moins quelle suite tu as imaginée à cette histoire, mais je suis sûr d’une chose, tu ne reverras pas de sitôt tes chers pâturages normands ! »

Tancrède eut soudain l’impression que tout le sang désertait son cerveau, comme s’il venait de se relever trop vite. Une onde de colère lui fit palpiter les tempes.

« Quel complot avez-vous encore ourdi ? » cria-t-il en frappant la paroi de verre de ses gants.

La vitre blindée vibra à peine, mais cette fois, Robert recula involontairement d’un pas.

« Complot, quel grand mot pour un si médiocre personnage ! répondit-il en tentant de se redonner une contenance. On ourdit un complot pour abattre un roi. Pour un roquet comme toi, il suffit de tirer quelques ficelles, de faire nommer les bons juges et d’accélérer un peu les événements. »

Tancrède sentit son cœur se glacer, il ne voyait que trop bien ce que le duc avait préparé.

« Ah, au fait, j’étais justement venu te dire que ton procès pour haute trahison aurait lieu dans… » Il fit semblant de consulter l’heure sur son messageur de poignet. « Dans presque deux heures ! acheva-t-il, jovial. Ça te laisse assez de temps pour préparer ta défense, n’est-ce pas ? »

Et il éclata de rire derechef.

La cour martiale réunie en quelques heures, la manœuvre était claire. Robert avait fait jouer tous ses appuis afin d’obtenir des juges acquis à sa cause et pour que le procès se tienne tout de suite, avant que les éventuels alliés de Tancrède ne soient revenus du front. Et une fois la sentence prononcée, personne ne pourrait plus l’annuler. Robert était bien décidé à lui régler son compte. Une rage terrible enflamma Tancrède.

« NON ! » hurla-t-il de toutes ses forces en cognant à nouveau la paroi transparente.

Robert sursauta puis trébucha en reculant. Il blêmit et son sourire fielleux disparut.

« Souvent, du vol le plus élevé, on tombe dans le plus affreux précipice*, gronda Tancrède, les dents serrées, les yeux fixés sur ceux de son ennemi.

— Tu n’aurais pu trouver de citation mieux adaptée à ta situation », ricana Robert.

Le regard du Méta-guerrier rivé sur lui le fit frissonner.

« Je ne pensais pas à moi », articula lentement Tancrède.

* * *

Telle la panthère de son emblème, Clorinde tournait fiévreusement en rond dans son baraquement, guettant sur la plaque de l’Intra des nouvelles du procès en cour martiale de Tancrède. Il était dix-neuf heures.

La journée avait mal commencé puisque, en raison de sa convalescence, on lui avait interdit de partir au front le matin même. Tâchant de ne rien laisser paraître de sa frustration, elle avait souhaité bonne chance à ses compagnes d’armes tandis qu’elles embarquaient dans les véhicules de transport de troupes en riant, tout à leur joie de participer à l’offensive tant attendue pour libérer le Sanctuaire.

Elle avait attendu que les barges soient hors de vue avant de rentrer dans ses quartiers. Là, une fois seule, elle avait laissé libre cours à sa colère en démolissant une chaise sur le sol de béton tout en criant sa frustration. L’adjudante Genoveffa – une matrone cordialement détestée par toutes les Amazones – qui entrait à cet instant dans le baraquement lui avait passé un savon carabiné, puis, à titre de punition, l’avait consignée dans ses quartiers jusqu’au lendemain.

Au comble de l’exaspération, Clorinde avait donc dû passer de longues heures à se morfondre dans le dortoir de son unité, ressassant sans relâche l’injustice qui lui était faite. Bon sang, elle était certes encore convalescente, mais elle était tout de même Méta ! Selon elle, cela aurait dû lui permettre de partir au front, même un peu diminuée. Dieu merci, Germandière, elle aussi au repos forcé pour des blessures moins graves, lui avait tenu compagnie une bonne partie de la journée.

Pour tuer le temps, elles avaient joué à divers jeux, dont une variante du berger noir, très en vogue parmi les troupes, et s’étaient lues mutuellement des Ballades de François Villon, poète préféré de Germandière. En fin d’après-midi, à court d’idées pour trouver de quoi s’occuper, elles avaient fini par allumer la plaque collective du dortoir et s’étaient contentées de regarder les programmes ineptes de l’Intra. Ce fut vers dix-huit heures, alors qu’elle s’était partiellement assoupie, que Clorinde entendit soudain le nom de l’homme qu’elle aimait prononcé sur l’Intra. Elle eut un bref sursaut, comme si elle venait de recevoir une décharge électrique, puis secoua la tête pour sortir de sa torpeur.

« …de Tarente, célèbre Méta-guerrier, va une fois de plus devoir rendre des comptes à la justice militaire, disait le présentateur du flash d’information. Ce matin, tandis qu’il commandait ses troupes dans un assaut crucial près du tombeau du Christ, il a ordonné le repli sans autorisation. Les circonstances des événements sont encore floues, toutefois il semble établi que, devant l’intensité de l’engagement, le lieutenant de Tarente ait préféré fuir le champ de bataille plutôt que de livrer combat. »

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