Le livre des crânes [The Book of Skulls - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Год: 1975
- Язык: французский
- Год: OPTA
- ISBN: 2-7201-0015-3
- Переводчик: Guy Abadia
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le livre des crânes [The Book of Skulls - fr]». Краткое содержание книги:
Timothy, 22 ans, riche, jouisseur, dominateur.
Oliver, 21 ans beau, athlétique, bloc lisse à la faille secrète.
Ned, 21 ans, homosexuel, amoral, poète à ses heures.
Eli, 20 ans, juif, introverti, philologue, découvreur du Livre des Crânes.
Tous partis en quête du secret de l’immortalité : celle promise par le Livre de Crânes. Au terme de cette quête, une épreuve initiatique terrible qui amènera chacun d’eux à contempler en face le rictus de son propre visage. Une épreuve au cours de laquelle deux d’entre eux doivent trouver la mort (l’un assassiné par un de ses compagnons, l’autre suicidé) et les deux autres survivre à jamais.
XXVIII
NED
Les fraters sont amoureux de nous. Il n’y a pas d’autre terme qui convient. Ils s’efforcent d’être hermétiques, solennels, impénétrables, distants, mais ils ne peuvent pas dissimuler la simple joie que leur procure notre présence. Nous les rajeunissons. Nous les avons sauvés d’une éternité de labeur à répétition. Voilà des ères qu’ils n’ont pas eu de novices, de sang jeune avec eux. Toujours la même société fermée de fraters, quinze en tout, faisant leurs dévotions, travaillant dans les champs, exécutant les corvées. Et maintenant qu’ils ont à nous faire subir le rituel de l’initiation, c’est une chose nouvelle pour eux, et ils nous sont reconnaissants d’être venus.
Tout le monde participe à notre illumination. Frater Antony préside à nos méditations et à nos exercices spirituels. Frater Bernard nous fait faire les exercices physiques. Frater Claude, le frère cuisinier, supervise notre régime. Frater Miklos nous enseigne avec force circonlocutions l’histoire de l’ordre, en nous décrivant le contexte à sa manière comme toujours ambiguë. Frater Javier est le frère confesseur qui nous guidera, d’ici quelques jours, dans la psychothérapie, qui paraît être une partie essentielle du processus entier. Frater Franz, le frère bricoleur, nous indique notre part de bois à couper et d’eau à puiser. Chacun des autres fraters a son rôle spécial à jouer, mais nous n’avons pas encore eu l’occasion de les rencontrer tous. Il y a aussi des femmes ici, nous ignorons leur nombre, peut-être trois ou quatre, peut-être une douzaine. Nous les voyons de loin de temps en temps, allant de chambre en chambre accomplir leur mission mystérieuse, sans jamais s’arrêter, sans jamais nous regarder. Comme les fraters, elles sont toutes habillées de la même façon, mais portent une robe blanche au lieu d’un pantalon bleu. Celles que j’aie vues ont toutes de longs cheveux bruns et une poitrine bien garnie. Timothy, Eli et Oliver n’ont pas non plus remarqué de blondes ou de rousses. Elles se ressemblent étrangement, et c’est la raison pour laquelle j’ai du mal à évaluer leur nombre. Je ne sais jamais dire si celles que je vois sont toujours les mêmes, ou chaque fois différentes. Le second jour de notre arrivée, Timothy a interrogé frater Antony à leur sujet, mais il s’est vu répondre gentiment qu’il était interdit de poser des questions aux membres de la Fraternité. Nous verrions bien en temps voulu, avait promis frater Antony. En attendant nous devions nous contenter de ce que nous savions.
Notre journée est minutée avec précision. Tout le monde se lève avec le soleil. N’ayant pas de fenêtres, nous attendons frater Franz, qui parcourt à l’aube le corridor en tambourinant sur les portes. Le premier acte obligatoire de la journée est un bain. Ensuite, nous allons aux champs faire une heure de travail. Les fraters cultivent toute leur nourriture eux-mêmes, dans un jardin qui doit faire deux cents mètres de long derrière le monastère. Un système d’irrigation complexe pompe l’eau de quelque source profonde. Il a dû coûter une fortune à installer, de même que le monastère a dû coûter une fortune et demie à construire, mais je soupçonne la Fraternité d’être immensément riche. Comme Eli nous l’a fait remarquer, n’importe quelle organisation qui pourrait faire fructifier son capital à 5 ou 6 % pendant quatre siècles finirait par posséder des continents entiers. Les fraters cultivent du blé, des herbes et un assortiment de fruits, de baies et de racines comestibles. Je ne connaissais pas le nom d’une grande partie des plantes que nous passions notre temps à soigner avec amour, mais je pense qu’il y avait un bon nombre de variétés exotiques. Le riz, les haricots, le maïs et tous les végétaux « forts », comme l’oignon, sont interdits ici. Le blé, j’ai l’impression, est tout juste toléré, étant jugé spirituellement indésirable mais nécessaire d’une manière ou d’une autre. Il est rigoureusement passé cinq fois et moulu dix fois, et requiert des méditations spéciales avant d’être transformé en pain. Les fraters ne mangent pas de viande, et nous non plus tant que nous serons ici. La viande, apparemment, est une source de vibrations destructives. Le sel est entièrement banni. Le poivre est hors-la-loi. Ou plutôt le poivre noir. Le poivre de Cayenne est permis, et les fraters en raffolent. Ils le consomment d’une infinité de façons, comme les Mexicains : piments frais, piments séchés, en poudre ou au vinaigre, et ainsi de suite. L’espèce qu’ils cultivent ici est du feu. Eli et moi, qui sommes des amateurs d’épices, en usons libéralement, même si ça nous amène parfois les larmes aux yeux, mais Timothy et Oliver, habitués à un régime plus délicat, ne peuvent pas s’y faire. Une autre nourriture privilégiée ici, ce sont les œufs. Il y a un poulailler à l’arrière du monastère, plein de poules actives. Sous une forme ou sous une autre, les œufs apparaissent trois fois par jour au menu. Les fraters distillent aussi une sorte de liqueur d’herbes moyennement alcoolisée sous la direction de frater Maurice, le frater préposé aux alambics.