Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
READ-E-BOOK » Фэнтези » Le livre des crânes [The Book of Skulls - fr]
Le livre des crânes [The Book of Skulls - fr] - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Le livre des crânes [The Book of Skulls - fr]

Электронная книга - «Le livre des crânes [The Book of Skulls - fr]». Краткое содержание книги:

Ils sont quatre :
Timothy, 22 ans, riche, jouisseur, dominateur.
Oliver, 21 ans beau, athlétique, bloc lisse à la faille secrète.
Ned, 21 ans, homosexuel, amoral, poète à ses heures.
Eli, 20 ans, juif, introverti, philologue, découvreur du Livre des Crânes.

Tous partis en quête du secret de l’immortalité : celle promise par le Livre de Crânes. Au terme de cette quête, une épreuve initiatique terrible qui amènera chacun d’eux à contempler en face le rictus de son propre visage. Une épreuve au cours de laquelle deux d’entre eux doivent trouver la mort (l’un assassiné par un de ses compagnons, l’autre suicidé) et les deux autres survivre à jamais.
1 ... 36 37 38 39 40 41 42 43 44 ... 62
Перейти на страницу:

L’autre partie de ce que frater Miklos a à nous communiquer est moins elliptique, plus facile à appréhender. Il s’agit d’un séminaire sur la prolongation de la vie, où il parcourt calmement le temps et l’espace à la recherche d’idées qui ont dû entrer dans le monde bien après lui. Pour commencer, pourquoi résister à l’idée de la mort ? nous demande-t-il. N’est-ce pas une fin naturelle, une libération désirable, une consommation à souhaiter dévotement ? Le crâne derrière le visage nous rappelle que toutes les créatures périssent en leur temps, et qu’aucune n’échappe à la règle. Pourquoi dans ce cas défier la volonté universelle ? Poussière tu es, et à la poussière tu retourneras. Toute chair périra ensemble. Nous sortirons du monde comme un criquet, et il est pitoyable de redouter ce qui est inévitable. Mais pouvons-nous être philosophes à ce point ? Si c’est notre destinée de partir, notre désir légitime n’est-il pas de retarder le plus possible le moment du départ ?

Les questions de frater Miklos sont purement rhétoriques.

Assis en tailleur devant ce monument impérissable, nous n’osons pas interrompre le rythme de ses pensées. Il nous regarde sans nous voir. Et si, demande-t-il, on pouvait repousser la mort indéfiniment, ou au moins pour un temps éloigné ? Bien sûr, il est nécessaire de préserver la force et la santé en même temps que la vie. À quoi bon devenir un Struldbrug gâteux ? Voyez l’exemple de Tithon qui, ayant supplié les dieux de l’exempter de la mort, reçut le don de l’immortalité mais non celui de la jeunesse éternelle : gris, décati, il est encore enfermé dans un lieu secret, vieillissant sans fin, prisonnier de sa propre chair corruptible. Non, il faut rechercher la vigueur en même temps que la longévité.

Il y a ceux, fait observer frater Miklos, qui méprisent une telle quête et qui prônent l’acceptation passive de la mort. Il nous cite Gilgamesh, qui erra du Tigre à l’Euphrate à la recherche de la plante d’éternité et se la fit voler par un serpent affamé. Où cours-tu, Gilgamesh ? La vie que tu cherches, tu ne la trouveras pas, car, quand les dieux créèrent l’humanité, ils lui donnèrent la mort en partage, mais ils gardèrent la vie pour eux.

Voyez Lucrèce, nous dit-il. Lucrèce qui fait observer qu’il ne sert à rien de prolonger sa vie, car quel que soit le nombre d’années que nous réussirons à obtenir, ce n’est rien comparé à l’éternité que nous sommes condamnés à passer dans la mort. En prolongeant la vie, nous ne pouvons soustraire ou retrancher quoi que ce soit à la durée de la mort. Nous aurons beau nous débattre pour rester, le temps viendra où nous devrons partir, et, quel que soit le nombre de générations que nous aurons ajoutées à notre existence, il nous restera quand même à subir toute l’éternité de la mort. Et Marc Aurèle : « Dusses-tu vivre trois mille ans ou autant de fois dix mille ans, rappelle-toi qu’un homme ne peut perdre que la vie qu’il vit maintenant… Ainsi, la plus courte et la plus longue en sont au même point… tout ce qui appartient à l’éternité se trouve sur le même cercle… quelle différence cela fait-il qu’un homme voie les mêmes choses pendant cent ou deux cents ans ou un nombre infini d’années ? » Et d’Aristote, ce petit passage dont je raffole : « Donc, toutes choses sur terre sont à tout moment dans un état de transition et naissent et meurent… elles ne peuvent pas être éternelles quand elles contiennent des qualités contraires. »

Quel pessimisme sinistre. Accepter, subir, céder, mourir, mourir, mourir, mourir !

Que dit la tradition judéo-chrétienne ? L’homme, né d’une femme, est une créature de peu de jours, et pleine de tracas. Il apparaît comme une fleur, et comme une fleur il est fauché. Il vole comme une ombre et ne continue pas. Voyant que ses jours sont déterminés, que le nombre de ses mois est entre tes mains, tu lui as fixé des limites qu’il ne peut pas dépasser. La sagesse funéraire de Job, acquise à la dure. Et saint Paul ? « Pour moi la vie est le Christ et la mort est profit. Si c’est la vie de chair, cela signifie pour moi un labeur fructueux. » Laquelle je choisirai, je ne saurais le dire. Je suis écartelé entre les deux. Mon désir est de m’en aller pour rejoindre le Christ, car c’est de loin ce qui est le mieux.

Mais, nous demande frater Miklos, devons-nous accepter un tel enseignement ? (Il implique par là que Paul, Job, Lucrèce, Marc Aurèle et Gilgamesh sont des nouveaux venus, à peine sevrés du lait de leur mère, irrémédiablement postpaléolithiques ; il nous redonne une vision des cavernes obscures tandis qu’il revient sur ses pas vers le passé peuplé d’aurochs.) Il émerge alors soudainement de cette vallée du désespoir et, par un commodius vicus de re-circulation, nous ramène à la récitation des annales de la longévité, tous les noms résonnants qu’Eli nous a lancés pendant les mois de neige tandis que nous nous préparions à cette aventure. Il nous montre les îles Bénies, la Terre des Hyperboréens, le Pays de la Jeunesse des Celtes, la Terre de Yima des Perses et même, oui, Shangri-la (vous voyez, s’écrie le vieux renard, que je suis un contemporain, je me tiens au courant !). Il nous fait entrevoir la fontaine qui fuit de Ponce de Léon, Glaukus le pêcheur, grignotant les herbes près de la mer et devenant vert d’immortalité, les fables d’Hérodote, l’Uttarakurus et l’arbre de Jambu, il fait sonner à nos oreilles éblouies une centaine de mythes étincelants qui nous donneraient envie de crier : Éternité, nous voilà ! et de nous prosterner devant sa danse de Möbius, nous refoulant dans les cavernes, nous faisant sentir la caresse des vents glacés, le baiser frigide du Pléistocène, nous tirant par les oreilles, nous tournant vers l’ouest pour nous faire voir le soleil brûlant au-dessus de l’Atlantide, nous poussant, trébuchants, titubants, vers l’océan, vers les terres du couchant, vers les merveilles englouties, et puis vers le Mexique avec ses dieux-démons, ses dieux-crânes, vers Huitzilopochtli à l’œil courroucé, vers le terrible et reptilien Coatlicue, vers les autels rougis de Tenochtitlán, vers le dieu écorché, vers tous les paradoxes de la vie-dans-la-mort et de la mort-dans-la-vie, et le serpent à plumes ricane et agite sa queue comme une crécelle, clic-clic-clac, et nous sommes devant le Crâne, devant le Crâne, devant le Crâne, tandis que retentit dans nos têtes le grand gong des labyrinthes pyrénéens, et nous buvons le sang des taureaux d’Altamira, nous valsons avec les mammouths de Lascaux, nous entendons les tambourins des chamans, nous nous agenouillons, nous touchons la pierre avec nos têtes, nous urinons, nous pleurons, nous frissonnons sous l’écho des tambours atlantes martelant cinq mille kilomètres d’océan dans la fureur de leur inexorable perte. Et le soleil se lève et la lumière nous réchauffe, et le Crâne sourit, et les bras s’ouvrent, et des ailes poussent à la chair, et la défaite de la mort n’est pas loin. Mais l’heure est terminée, et frater Miklos est parti. Nous restons titubants et cillants dans un soudain désarroi, tout seuls, tout seuls, tout seuls. Jusqu’à demain matin.

Après la leçon d’histoire, c’est le déjeuner. Œufs, purée de piments, bière, gros pain noir. Après le déjeuner, une heure de méditation privée, chacun dans sa chambre, nous essayons de donner un sens à tout ce qui nous a été déversé dans la tête. Puis le gong retentit pour nous appeler aux champs. La pleine chaleur de l’après-midi s’est abattue sur tout, et même Oliver montre une certaine réticence. Nous faisons des gestes lents, nous nettoyons le poulailler, nous mettons des tuteurs aux jeunes plants, nous aidons les frères agriculteurs qui ont peiné pendant la plus grande partie de la journée. Deux heures passent ainsi ; la Fraternité tout entière travaille côte à côte, à l’exception de frater Antony, qui reste seul au monastère. (C’est pendant cette période que nous sommes arrivés la première fois.) Enfin, nous sommes libérés de l’esclavage. Transpirants, recuits de soleil, nous regagnons nos chambres, nous nous baignons encore et nous nous reposons, chacun séparément, jusqu’à l’heure du dîner.

1 ... 36 37 38 39 40 41 42 43 44 ... 62
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)