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1942-Le jour se lève

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1942-Le jour se lève
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Il explique au général SS Oberg que la préfecture de police de Paris a établi un fichier des Juifs apatrides comportant 28 000 noms et adresses.

Qu’il peut mettre en œuvre près de 9 000 hommes, policiers, gendarmes, auxquels viendront s’ajouter les jeunes « chemises bleues » du Parti populaire français de Doriot.

Une « grande rafle » est fixée au 16 juillet 1942, après qu’on a renoncé à la date du 14… jour de fête nationale et républicaine.

Les Juifs, quels que soient leur sexe, leur âge, leur état – infirmes, grabataires, vieillards, malades, jeunes enfants –, seront arrêtés à l’aube, embarqués dans des autobus parisiens, rassemblés au Vélodrome d’Hiver, puis, de là, expédiés au camp d’internement de Drancy.

Les parents et les enfants seront dirigés vers les camps de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande. Là, les enfants seront séparés de leurs parents et dirigés vers…

Vers quoi ? L’est ? La Pologne ?

Le 1er juillet 1942, dans l’émission de Radio-Londres « Les Français parlent aux Français », le journaliste Jean Marin a révélé qu’en Pologne, les Allemands ont abattu, souvent à la mitrailleuse, hommes, femmes et enfants polonais, qu’ils ont rassemblé les Juifs dans des ghettos, avant de les massacrer.

Il ajoute :

« Les Allemands utilisent pour cela des chambres à gaz qu’on appelle, même en Allemagne, les chambres de Hitler. »

La « grande rafle » du 16 juillet se déroule dans le calme ; quelques suicides, des hurlements. Mais au lieu d’arrêter les 28 000 Juifs du fichier de la préfecture de police, les policiers français ne peuvent se saisir que de 3 031 hommes, 5 802 femmes et 4 051 enfants, soit 12 884 personnes.

Les autres – près de 15 000 – ont pu fuir, se cacher après avoir été prévenus dans les jours ou les heures qui ont précédé la grande rafle.

« Hier, écrit l’écrivain Ernst Jünger, officier de l’armée d’occupation à Paris, un grand nombre de Juifs ont été arrêtés ici pour être déportés. On a séparé d’abord les parents de leurs enfants, si bien qu’on a pu entendre leurs cris dans les rues. »

Ces enfants seront entassés dans des wagons, et dirigés vers…

On ne dit pas Auschwitz – que précisément en ce mois de juillet Himmler vient de visiter, pour juger de l’efficacité de l’extermination –, on dit l’est…

On pense « vers la mort ».

« J’ai vu passer un train, écrit Édith Thomas, dans la publication clandestine Les Lettres françaises.

« En tête, un wagon contenait des gendarmes français et des soldats allemands. Puis venaient des wagons à bestiaux, plombés. Des bras maigres d’enfants se cramponnaient aux barreaux. Une main au-dehors s’agitait comme une feuille dans la tempête.

« Quand le train a ralenti, des voix ont crié “maman” ! Rien n’a répondu que le grincement des essieux…

« La vérité : les étoiles sur les poitrines, l’arrachement des enfants aux mères, les hommes qu’on fusille, chaque jour, la dégradation méthodique de tout un peuple. La vérité est interdite : il faut la crier. »

Les catholiques qui rédigent Les Cahiers du Témoignage chrétien – clandestins – ont, dès le mois de mai 1942, stigmatisé « ces antisémites qui interprètent le silence forcé de la nation comme un acte d’acquiescement. Français et chrétiens, nous venons rompre solennellement le silence… La France tout court n’entend pas être complice ».

Mais Pierre Laval prévient le nonce apostolique Mgr Rocco que « si le clergé venait à donner asile aux Juifs destinés à la déportation dans les églises ou des monastères, il n’hésiterait pas à les en faire sortir à l’aide de la police ».

Au pasteur Bœgner qui vient exprimer son indignation, Laval répond qu’il « fait de la prophylaxie » et qu’il n’admet pas que restent en France des Juifs étrangers, pas même des enfants.

« J’ai insisté, dit le pasteur Bœgner, pour que soient confiés aux œuvres qualifiées les enfants… Mais Laval veut leur départ. »

Ces faits, le régime de Vichy cherche à les dissimuler.

Il veille à ce que les rafles, les déportations se déroulent à l’aube, derrière les barrages des forces de police.

Mais on entend les cris des enfants, on assiste à des tentatives de fuite, on recueille ceux des Juifs qui ont réussi à échapper à leurs poursuivants, on écoute avec effroi et indignation les récits des infirmières et des médecins qui ont pu pénétrer dans le Vélodrome d’Hiver, dans les camps d’internement.

Des cheminots parlent, évoquent les trains de la honte et de la mort qui quittent les gares proches de Drancy, de Compiègne, de Pithiviers, pour aller où ? vers quel massacre ?

Ainsi, en cet été 1942, la rupture s’accomplit-elle entre l’opinion française et Vichy.

Radio-Londres – la BBC – reprend et diffuse ces informations, ces témoignages dans le programme « Les Français parlent aux Français ».

« On sait aujourd’hui que les nazis ont introduit en France – terre classique de la liberté, pays fameux par une tradition de dignité et de générosité – l’ignoble pogrom, entend-on lors de l’émission du 8 août 1942. Qui ne connaît la réputation sinistre des camps de concentration de Drancy, Compiègne, du Vélodrome d’Hiver ? C’est là que par des arrestations arbitraires les Allemands envoient les Juifs à l’isolement depuis des mois !

« Mais les Allemands viennent de faire mieux : ce n’est plus individuellement qu’on a arrêté les Juifs, mais en masse ; on a enfermé des femmes et des enfants au Vélodrome d’Hiver. On a séparé brutalement des hommes de leur famille pour les expédier vers des camps de concentration d’abord, et de là vers les terres d’exil de Pologne ou de Russie. »

La presse clandestine de la Résistance – ainsi les journaux Combat, Franc-Tireur, mais aussi L’Humanité clandestine, l’organe du parti communiste – révèle de nouveaux faits accablants pour le régime de Vichy.

« Les horreurs déferlent sur la zone dite libre, peut-on lire dans Franc-Tireur, en août 1942.

« À Lyon, Toulouse, Marseille, Nice, Montélimar, dans les bourgs et les villages de tous les départements, la population française indignée a été témoin de scènes infâmes et déchirantes : la battue des malheureux réfugiés israélites que Vichy livre aux bourreaux hitlériens. Des vieillards de soixante ans, des femmes et des malheureux gosses ont été avec les hommes empilés dans des trains qui partent vers le Reich et vers la mort. C’est dans notre patrie que cette abjection se passe ! Vichy semble s’acharner à déshonorer la France. »

Laval est interpellé par le chargé d’affaires américain à Vichy qui s’indigne de l’attitude de la police française. Elle traque les Juifs « étrangers » et les livre aux Allemands.

Laval répond, sarcastique, que les États-Unis n’ont qu’à recueillir ces « indésirables qui se livrent au marché noir, à la propagande gaulliste et communiste ».

Mais Laval refuse, comme l’y invite le diplomate américain, de faire une demande officielle d’asile aux États-Unis pour ces Juifs pourchassés, voués à la mort.

Car désormais, même si on ne se l’avoue pas, on sait, au fond de soi, que l’est de l’Europe, vers où l’on dirige les Juifs arrêtés en France, est la terre du Grand Massacre.

Les autorités catholiques s’émeuvent.

À Vichy même, à l’église Saint-Louis, le révérend père Dillard, un dimanche de juin 1942, devant les dignitaires du régime, invite les fidèles à prier non seulement pour les prisonniers de guerre, mais aussi pour les 80 000 Français que l’on bafoue en leur faisant porter une étoile jaune.

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