Marina
- Автор: Сафон Карлос Руис
- Год: 2011
- Язык: французский
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Marina». Краткое содержание книги:
— Foutons le camp, dit Florián. En vitesse !
Nous revînmes dans la galerie en fermant la porte derrière nous. Florián respirait difficilement. Je ne pouvais pas prononcer une parole. Il reprit la lampe de mes mains tremblantes et inspecta le tunnel. Tandis qu’il le faisait, je pus voir une goutte traverser le faisceau lumineux. Puis une autre. Et encore une autre. Des gouttes luisantes de couleur écarlate. Du sang. Nous échangeâmes un regard silencieux. Quelque chose coulait du plafond. Florián me fit signe de reculer de quelques pas et dirigea la lampe vers le haut. Je vis son visage pâlir et sa main, ferme jusque-là, se mettre à trembler.
— Cours ! fut la seule chose qu’il me dit. Cours et sors d’ici !
Il leva son revolver après m’avoir adressé un dernier regard. Je lus dans celui-ci d’abord la terreur, puis l’étrange assurance de la mort. Ses lèvres bougèrent pour ajouter quelque chose, mais le son n’eut pas le temps d’arriver jusqu’à sa bouche. Une forme obscure se précipita vers lui et le frappa avant qu’il ait pu esquisser un mouvement. Il y eut un coup de feu, une détonation assourdissante qui ricocha de mur en mur. La lampe alla atterrir dans le ruisseau. Le corps de Florián fut projeté avec une telle force qu’il ouvrit une brèche en forme de croix dans les carreaux de céramique noircis de la paroi. Avant même qu’il ne s’en détache pour retomber par terre, inerte, j’eus la certitude qu’il était mort sur le coup.
Je me précipitai en cherchant désespérément le chemin de la sortie. Un hurlement animal se propagea dans les tunnels. Je me retournai. Une douzaine de formes rampaient, venues de tous les côtés. Je courus plus vite que je ne l’avais jamais fait de toute ma vie. J’entendais la meute invisible hurler derrière moi et, parfois, je trébuchais. L’image de Florián incrusté dans le mur restait gravée dans mon esprit.
J’étais proche de la sortie quand une silhouette bondit devant moi, à quelques mètres à peine, me barrant l’accès à la bouche d’égout. Je m’arrêtai net. La lumière qui filtrait d’en haut éclaira le visage d’un arlequin. Deux losanges noirs surmontaient ses yeux de verre, et des lèvres de bois poli laissaient entrevoir des crocs d’acier. Je fis un pas en arrière. Deux mains se posèrent sur mes épaules. Des ongles lacérèrent mes vêtements. Quelque chose m’entoura le cou. C’était visqueux et froid. Je sentis le nœud se serrer, me coupant la respiration. Ma vision se brouilla. Une autre chose m’attrapa par les chevilles. Devant moi, l’arlequin se pencha et tendit les mains vers ma figure. Je crus que j’allais perdre connaissance. Je priai pour que ce soit vrai. Une seconde plus tard, cette tête en bois, en peau et en métal explosa en mille morceaux.
Le coup de feu venait de ma droite. La détonation me défonça les tympans et l’odeur de poudre envahit l’air. L’arlequin s’écroula à mes pieds. Il y eut un second coup de feu. La pression sur ma gorge cessa et je tombai en avant. Je ne percevais plus que l’odeur intense de la poudre. Je me sentis tiré par quelqu’un. J’ouvris les yeux et distinguai un homme qui se penchait sur moi pour me relever.
Je perçus bientôt la lumière du jour et mes poumons s’emplirent d’air pur. Puis je perdis réellement connaissance. Je me souviens d’avoir rêvé d’un bruit de sabots de chevaux sur des pavés pendant que des cloches sonnaient à toute volée, interminablement.
21
La chambre où je me réveillai me sembla familière. Les fenêtres étaient fermées et une clarté diaphane filtrait à travers les volets. Une ombre se tenait près de moi et m’observait : Marina.
— Bienvenue dans le monde des vivants.
Je me redressai d’un coup. Ma vue se brouilla tout de suite et je sentis des pointes de glace s’enfoncer dans mon cerveau. Marina me soutint pendant que la douleur s’éteignait doucement.
— Du calme, murmura-t-elle.
— Comment suis-je arrivé ici… ?
— Quelqu’un t’a déposé au lever du jour. Dans une voiture à cheval. Il n’a pas dit qui il était.
— Claret…, prononçai-je tout bas, tandis que les pièces du puzzle commençaient à s’assembler dans ma tête.
C’était Claret qui m’avait sorti des égouts et m’avait ramené à la villa de Sarriá. Je compris que je lui devais la vie.
— Tu m’as fait une peur épouvantable. Où es-tu allé ? J’ai passé toute la nuit à t’attendre. Ne me refais plus jamais un coup pareil, tu m’entends ?
J’avais mal partout ; même faire oui de la tête était douloureux. Je me recouchai et Marina approcha un verre d’eau fraîche de mes lèvres. Je le bus d’un coup.
— Tu en veux encore, n’est-ce pas ?
Je l’entendis remplir le verre.
— Et Germán ? m’inquiétai-je.
— Il est dans son atelier. Il se faisait du souci pour toi. Je lui ai dit que tu as mangé quelque chose qui est mal passé.
— Et il t’a crue ?
— Mon père croit tout ce que je lui dis, répliqua Marina, sans une ombre d’humour.
Elle me tendit le verre d’eau.
— Qu’est-ce qu’il fait pendant toutes ces heures dans son atelier, puisqu’il ne peint plus ?
Marina posa la main sur mon poignet et me prit le pouls avant de répondre :
— Mon père est un artiste. Les artistes vivent dans l’avenir ou dans le passé, jamais dans le présent. Germán vit de souvenirs. C’est tout ce qu’il a.
— Il t’a, toi.
— Je suis le plus important de ses souvenirs, dit-elle en me regardant dans les yeux. Je t’ai apporté quelque chose à manger. Tu dois reprendre des forces.
Je fis non de la main. Le seule idée de manger me donnait la nausée. María passa une main derrière ma nuque et me soutint la tête pendant que je buvais de nouveau. L’eau fraîche et pure était une bénédiction.
— Quelle heure est-il ?
— Nous sommes au milieu de l’après-midi. Tu as dormi presque huit heures.
Elle posa sa main sur mon front et l’y laissa quelques secondes.
— En tout cas, tu n’as pas de fièvre.
J’ouvris les yeux et lui souris. Elle m’observait, sérieuse, pâle.
— Tu délirais. Tu parlais dans ton sommeil…
— Qu’est-ce que je disais ?
— Des absurdités.
Je portai mes doigts à ma gorge. Elle était douloureuse.
— N’y touche pas, dit Marina en écartant ma main. Tu as une bonne blessure au cou. Et des coupures sur les épaules et dans le dos. Qui t’a fait ça ?
— Je ne sais pas…
Marina soupira, impatiente.
— J’étais morte de peur. Je ne savais pas quoi faire. Je suis allée dans une cabine pour téléphoner à Florián, mais au café on m’a dit que tu venais d’appeler et que l’inspecteur était parti sans dire où il allait. J’ai rappelé juste avant l’aube et il n’était toujours pas revenu…
— Florián est mort. – Je sentis ma voix se briser en prononçant le nom du malheureux inspecteur. – La nuit dernière, je suis retourné au cimetière…, commençai-je.
— Tu es fou, m’interrompit Marina.
Elle avait probablement raison. Sans dire mot, elle m’offrit un troisième verre d’eau. Je le vidai jusqu’à la dernière goutte. Puis, lentement, j’expliquai ce qui m’était arrivé. Quand j’eus terminé mon récit, Marina se borna à me regarder en silence. Il me sembla qu’il y avait aussi autre chose qui l’inquiétait, quelque chose qui n’avait rien à voir avec tout ce que je venais de lui raconter. Elle insista pour que je mange ce qu’elle avait apporté, avec ou sans appétit. Elle me donna du pain et du chocolat et ne me quitta pas des yeux avant que j’aie avalé près d’une demi-tablette et un pain au lait de la taille d’un taxi automobile. Le coup de fouet du sucre dans le sang ne se fit pas attendre et je me sentis vite revivre.