Citoyen de la galaxie [Citizen of the Galaxy - fr]
- Автор: Хайнлайн Роберт Энсон
- Год: 1982
- Язык: французский
- Год: Pocket
- ISBN: 2-266-01146-4
- Переводчик: Helene Bouboulis
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Citoyen de la galaxie [Citizen of the Galaxy - fr]». Краткое содержание книги:
Pourquoi un marché d’esclaves dans cet avenir lointain, dans cette Galaxie repue de progrès ? Pourquoi y vendre un jeune homme, Thorby, aussitôt après son arrivée ? Et qui est Thorby au juste ? Les gens sont libres. Chaque vaisseau spatial est un état souverain. Mais les Libres Marchands ont peut-être trouvé la pire solution au plus difficile problème : comment être humain et survivre dans toutes les situations. Et Thorby se pose une question : à quoi bon être un Citoyen de la Galaxie ?
— Ta Grand-mère pense que tu commences à regarder de près les jeunes filles.
— Eh bien, Grand-mère ne se trompe jamais… Mais je ne l’avais pas réalisé.
— Un homme est incomplet sans une femme. Cependant je crois que tu es encore trop jeune. Amuse-toi avec toutes, mais ne pleure avec aucune. Et rappelle-toi nos coutumes.
Krausa pensait qu’il était lié par l’injonction du vieil homme : demander l’aide de l’Hégémonie pour trouver les origines du garçon. Ce serait gênant si Thorby se mariait avant que l’occasion se présente. Il avait toutefois beaucoup grandi ces derniers mois depuis son arrivée à bord du Sisu. A cette inquiétude venait s’ajouter le sentiment désagréable que son idée à moitié conçue de trouver (ou de fabriquer) une ascendance pour le garçon, était en contradiction avec ses obligations sacrées vis-à-vis de Baslim. Puis il eut une pensée réconfortante.
— Ecoute, mon fils ! Après tout, la femme qu’il te faut n’est peut-être pas à bord. Il n’y en a pas beaucoup pour toi dans le gynécée. Prendre femme, c’est une affaire grave. Elle peut te faire monter en grade ou ruiner ta carrière. Alors ne te presse pas. Au Grand Rassemblement, tu en rencontreras des centaines. Si tu en trouves une qui te plaît et qui ressens la même chose pour toi, j’en parlerai à ta Grand-mère. Si elle approuve, nous négocierons son échange. Nous serons généreux. Cela te convient-il ?
Cela remettait de façon rassurante le problème à plus tard.
— Oui, très bien, Père.
— J’ai assez parlé.
Krausa pensa gaiement qu’il pourrait vérifier le fichier pendant que Thorby rencontrerait « ces centaines de filles ». Ainsi il n’aurait pas besoin de repenser à son impératif vis-à-vis de Baslim avant de l’avoir fait. Le garçon pouvait très bien être né dans la Famille, en fait ses qualités incontestables rendait toute origine fraki presque impensable. Dans ce cas, les souhaits du vieil homme seraient exaucés plus complètement que si on les suivait à la lettre. Entre-temps, n’y pensons plus !
Ils effectuèrent la distance jusqu’à la limite de la communauté losienne. Thorby contempla les beaux vaisseaux brillants des Losiens et pensa avec un certain malaise qu’il s’était efforcé d’en détruire un. Puis il se rappela de ce qu’avait dit Père : un tireur n’avait pas à se préoccuper de la cible qu’on lui désignait.
Quand ils rentrèrent dans la circulation urbaine, il n’eut plus le temps de se soucier à ce sujet. Les Losiens n’utilisent pas de voitures, mais ne préfèrent pas davantage quelque chose de plus imposant comme une chaise à porteurs. Ils se déplacent à pied deux fois plus vite qu’un homme en train de courir. Lorsqu’ils sont pressés, ils enfilent un engin qui fait penser à la poussée d’un réacteur. Quatre et parfois les six membres étaient récouverts de manches terminés par des patins. Sur le corps, une structure supportait un renflement pour le moteur (Thorby n’arrivait pas à en déterminer la nature). Revêtu de cet habit mécanique de clown, chacun devient un missile guidé, accélérant avec une désinvolture insouciante, dégageant une pluie d’étincelles, remplissant l’atmosphère de bruits assourdissants, virant au défi des lois du frottement, de l’inertie et de la gravité, doublant les autres à tout moment, et ne freinant qu’à la dernière minute.
Les piétons et les fous de la vitesse se mélangeaient démocratiquement, sans règles apparentes. Il ne semblait pas y avoir de limite d’âge aux permis de conduire et les petits Losiens n’étaient que des modèles réduits, et en plus dangereux encore, de leurs aînés.
Thorby se demanda s’il réussirait à retourner vivant dans l’espace.
Un Losien se dirigeait comme un éclair vers Thorby, du mauvais côté de la rue (il n’y avait pas de bon côté), s’arrêtait en hurlant pratiquement sur les pieds du garçon, et bondissait de côté en lui coupant la respiration, le tout sans jamais le toucher. Thorby sursautait de peur. Après avoir échappé douze fois à l’accident, il s’efforça d’imiter son père adoptif. Le capitaine Krausa fendait flegmatiquement la foule, visiblement persuadé que les conducteurs déchaînés le prendraient pour un objet immobile. Thorby eut le plus grand mal à rester calme, pourvu de cette seule conviction, toutefois elle paraissait marcher.
Le garçon n’arrivait pas à comprendre l’organisation de la ville. La circulation automobile et les piétons affluaient de toutes parts, sans respect des priorités : la convention entre la propriété privée et la rue publique ne semblait pas jouer. Au début, ils avancèrent le long de ce que Thorby qualifia de place, puis ils remontèrent une rampe à travers un immeuble qui ne semblait pas avoir de limites précises : pas de murs verticaux, pas de toit bien défini. Puis ils ressortirent, redescendirent, passèrent sous une arcade qui contournait un trou. Il était perdu.
Une fois pourtant il pensa qu’ils entraient dans une maison privée, car ils se frayèrent un chemin à travers ce qui semblait être une réception. Mais les invités se bornèrent à s’effacer pour les laisser passer. Enfin Krausa s’arrêta.
— Nous y sommes presque. Mon fils, nous allons visiter les frakis qui ont acheté notre cargaison. Cette rencontre va réparer le mal causé par la tractation. Il m’a offensé en m’offrant de payer, mais nous allons redevenir amis.
— Il ne va pas nous payer ?
— Que dirait ta Grand-mère ? Nous avons déjà été payés, mais maintenant nous allons la lui donner gratuitement, et il va me donner le thorium à cause de mes beaux yeux bleus. Leurs usages ne permettent pas quelque chose d’aussi vulgaire que la vente.
— Ils ne font pas de commerce entre eux ?
— Si, bien sûr. Mais en théorie, un fraki donne à un autre ce dont il a besoin, et c’est un pur hasard s’il s’avère que l’autre a de l’argent sur lui qu’il a hâte d’offrir au premier comme cadeau, et que les deux présents s’équilibrent. Ils sont très rusés. Tu ne tireras jamais d’eux un crédit supplémentaire.
— Mais alors pourquoi toute cette mise en scène ?
— Mon fils, si tu te poses des questions sur la manière dont les frakis se comportent, tu vas devenir fou. Quand tu es sur leur planète, fais comme eux… Et tu feras de bonnes affaires. Maintenant, écoute. Nous allons prendre un repas d’amitié… Seulement ils ne peuvent pas le faire, sinon ils vont perdre la face. C’est pourquoi il y aura un écran entre nous. Tu dois être présent, parce que le fils du Losien sera là aussi, excepté que c’est une fille. Le fraki que je vais voir, est en fait une mère et non un père. Leurs hommes vivent dans un genre de gynécée… je crois. Mais tu remarqueras que lorsque je parlerai à travers l’interprète, j’utiliserai le genre masculin.
— Pourquoi ?
— Parce qu’ils connaissent suffisamment nos coutumes pour savoir que le genre masculin signifie le chef de la maison. C’est logique d’ailleurs si tu y regardes de près.
Thorby était perplexe. Qui était le chef de la Famille ?
Père ? Ou Grand-mère ? Evidemment, quand l’Officier Chef donnait un ordre, elle le signait « par ordre du Capitaine », mais c’était seulement parce que… Non, enfin bref…
Le garçon se mit soudain à soupçonner que les coutumes de la Famille pouvaient être illogiques par endroits. Mais le capitaine poursuivait :
— Nous ne mangerons pas vraiment avec eux, c’est encore un jeu fictif. On te servira un liquide vert visqueux. Tu le porteras simplement à tes lèvres sans boire, il te brûlerait le gosier. En dehors de cela… – Krausa fit une pause pendant qu’un de ces phénomènes losiens évitait le bout de son nez. – En dehors de cela, écoute bien ce qui est dit, de façon à être averti pour la prochaine fois. Oh oui ! Après que j’aurai demandé l’âge du fils de mon hôte, on te demandera le tien. Tu répondras « quarante ans ».