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Les petits dieux [Small Gods - fr]

Электронная книга - «Les petits dieux [Small Gods - fr]». Краткое содержание книги:

Or il advint qu’en ce temps-là le grand dieu Om s’adressa à Frangin, l’Elu :
“Psst !”
Frangin s’arrêta au milieu d’un coup de binette et fit du regard le tour du jardin du temple. “Pardon ?” lança-t-il.
C’était une belle journée de printemps prime. Les moulins à prière tournaient joyeusement dans le vent qui tombait des montagnes. En altitude, un aigle solitaire décrivait des cercles.
Frangin haussa les épaules et retourna à ses melons.
Le grand dieu Om s’adressa derechef à Frangin l’Elu :
“T’es sourd, mon gars ?”
Une lourde responsabilité attend le jeune novice : prévenir une guerre sainte. Car il est des hérétiques, voyez-vous, pour prétendre, contrairement au dogme de l’Eglise, que le monde est plat et qu’il traverse l’univers sur le dos d’une immense tortue…
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« Ben, dit-il, est-ce qu’il en fait ?

— Fait quoi ?

— Fait du bruit. S’il tombe quand il n’y a personne pour l’entendre.

— Quel intérêt ? »

Le groupe avait atteint une porte dans le mur qui ceignait le sommet du rocher comme un turban ceint une tête. Le capitaine éphébien s’arrêta et se retourna.

« Les… visiteurs… ils doivent avoir les yeux bandés, dit-il.

— C’est un scandale ! fit Vorbis. Nous sommes en mission diplomatique !

— Ce n’est pas mon affaire, répliqua le capitaine. Mon affaire, c’est de dire : Si vous passez cette porte, on vous bande les yeux. Vous pouvez refuser. Vous pouvez rester à l’extérieur. Mais si vous voulez entrer, hé bé, vous devez porter un bandeau. Faut faire des choix dans la vie. »

Un des sous-diacres chuchota à l’oreille de Vorbis. Lequel s’entretint longuement sotto voce avec le chef de la garde omnienne.

« Très bien, dit-il, mais nous élevons une protestation. »

Le bandeau était doux et totalement opaque. Mais tandis qu’un Ephébien guidait Frangin et le faisait…

… avancer tout droit le long d’un passage pendant dix pas, à gauche pendant cinq, en diagonale et encore à gauche – trois pas et demi –, à droite – cent trois –, puis descendre trois marches, pivoter sur place de dix-sept tours un quart, avancer tout droit pendant neuf pas, à gauche – un pas –, tout droit – dix-neuf –, s’arrêter trois secondes, repartir à droite – deux pas –, revenir en arrière de deux autres, repartir de deux pas sur la gauche, pivoter sur place de trois tours et demi, attendre une seconde, puis monter trois marches, tourner à droite – vingt pas –, pivoter sur place de cinq tours un quart, marcher – quinze pas à gauche –, tout droit – sept –, à droite – dix-huit –, monter sept marches, avancer en diagonale, s’arrêter deux secondes, repartir à droite – quatre pas –, descendre une pente qui perdait un mètre tous les dix pas pendant trente pas, puis pivoter sur place de sept tours et demi et avancer tout droit pendant six pas…

… il se demandait à quoi ça rimait.

On lui retira le bandeau dans une cour à ciel ouvert bâtie en pierre blanche qui rendait la lumière du jour aveuglante. Frangin cligna des yeux.

Des archers bordaient cette cour. Leurs flèches pointaient par terre, mais leur attitude laissait entendre qu’ils pouvaient les pointer à l’horizontale d’une seconde à l’autre.

Un autre chauve les attendait. Éphèbe jouissait apparemment d’une réserve inépuisable de chauves maigrichons vêtus de draps. Celui-ci souriait, de la bouche uniquement.

Personne ne nous aime beaucoup, se dit Frangin.

« Je suis sûr que vous nous excuserez ce petit désagrément, fit le maigrichon. Je m’appelle Aristocrate. Que je suis secrétaire du tyran. Dites à vos hommes de déposer leurs armes, je vous prie. »

Vorbis se dressa de toute sa hauteur. Il faisait une tête de plus que l’Ephébien. Déjà pâle de nature, il avait encore blêmi.

« Nous sommes autorisés à garder nos armes ! dit-il. Nous sommes une délégation en pays étranger !

— Mais pas en pays barbare, répliqua Aristocrate d’une voix douce. Vous n’aurez pas besoin d’armes chez nous.

— Pas barbare ? Vous avez brûlé nos bateaux ! »

Aristocrate leva une main.

« Cette discussion attendra, dit-il. J’ai pour l’instant la tâche agréable de vous conduire à vos quartiers. Je suis sûr que vous avez envie de vous reposer après votre voyage. Vous êtes, bien entendu, libres de vos déplacements partout où vous voulez dans le palais. Et si nous ne souhaitons pas votre présence dans certains secteurs, les gardes ne manqueront pas de vous en informer avec tact et célérité.

— Et nous pouvons sortir du palais ? » demanda Vorbis d’une voix glaciale.

Aristocrate haussa les épaules.

« Nous ne gardons pas la porte sauf en temps de guerre, dit-il. Si vous êtes capables de vous rappeler le chemin, libre à vous de le reprendre. Mais il est risqué de se promener au hasard dans le labyrinthe, je vous avertis. Nos ancêtres étaient hélas très méfiants et ils ont installé de nombreux pièges par prudence ; nous continuons bien entendu de les graisser et de les amorcer, par simple respect de la tradition. Et maintenant, si vous voulez vous donner la peine de me suivre… »

Les Omniens restèrent ensemble tandis qu’ils suivaient Aristocrate à travers le palais. Ils virent des fontaines. Des jardins. Ici et là des groupes de gens assis ne faisaient guère que discuter. Les Ephébiens donnaient l’impression de mal saisir les notions du « dedans » et du « dehors », si l’on exceptait le labyrinthe qui encerclait le palais, sans ambiguïté sur la question.

« Le danger nous guette à chaque tournant, dit Vorbis à voix basse. Le premier qui rompt les rangs ou fraternise même de loin devra s’en expliquer devant les inquisiteurs. Longuement. »

Frangin regarda une femme qui remplissait un cruchon à un puits. L’attitude ne lui parut pas très militaire.

Il ressentait à nouveau une double impression étrange. En surface flottaient les pensées de Frangin, conformes à celles que la Citadelle aurait approuvées. Il se trouvait dans un nid d’infidèles et de mécréants dont les civilités n’étaient qu’un voile subtil dissimulant les chausse-trapes de l’aberration et de l’hérésie. Cette ville qui brillait au soleil était en réalité un monde d’ombres.

Mais par en dessous rôdaient les pensées du Frangin qui observaient le novice de l’intérieur.

Vorbis avait l’air déplacé, ici. Retors et déplaisant. Et une ville où les potiers ne s’inquiètent pas quand de vieux types tout nus et dégoulinants viennent dessiner des triangles sur leur mur donnait envie à Frangin d’en apprendre davantage sur elle. Il se sentait comme un cruchon vide. Et que faire d’un cruchon vide sinon le remplir ?

« Tu me fais quoi ? » chuchota-t-il.

Dans sa boîte, Om étudia la forme de l’esprit de Frangin. Puis il s’efforça de réfléchir avec célérité.

Avait-il connu la même chose aux premiers jours ? Forcément. Tout était si brumeux à présent. Il n’arrivait pas à se rappeler ses pensées d’alors, uniquement leurs formes. Tout était brillamment coloré autrefois, tout se développait de jour en jour, à commencer par lui-même ; les pensées et l’esprit qui les produisait croissaient à la même vitesse. Facile d’oublier des détails de cette époque. C’était comme un feu tâchant de se souvenir de la forme de ses flammes. Mais les impressions… Il se souvenait des impressions.

Il ne faisait rien à Frangin. Le novice se le faisait tout seul. Il commençait à penser comme les dieux. Il devenait un prophète.

Om aurait voulu trouver quelqu’un à qui parler. Quelqu’un en mesure de comprendre.

On était à Éphèbe, non ? Où l’on gagnait sa vie en essayant de comprendre.

Les Omniens se retrouvèrent logés dans de petites chambres autour d’une cour centrale. Une fontaine en occupait le milieu, dans un tout petit bosquet de pins odorants. Les soldats se poussèrent du coude. Tout le monde s’imagine que les soldats de métier songent surtout à se battre, mais les vrais briscards pensent beaucoup plus à manger et à dormir au chaud, parce que ça ne leur arrive pas souvent, contrairement aux combats qui ont tendance à leur tomber dessus à tout bout de champ.

Une coupe de fruits et une assiette de viande froide attendaient dans la cellule de Frangin. Mais d’abord le plus important. Il pécha le dieu dans la boîte.

« Il y a des fruits, annonça-t-il. C’est quoi, ces baies ?

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