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Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]

Электронная книга - «Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]». Краткое содержание книги:

Sur Majipoor, la planète géante, règne Lord Valentin le Coronal, qui, naguère jongleur, a retrouvé son trône, mais conservé un corps d’emprunt. Ces faits de haute chronique ont été relatés dans Le château de Lord Valentin.
Mais il n’est pas dit que le règne de Valentin restera serein. Tandis que le Coronal entreprend son Périple à travers les immensités de Majipoor, afin de se faire voir de ses peuples, accompagné de Carabella, son épouse bien aimée, de ses amis des jours d’infortune devenus grands seigneurs et d’une armée de courtisans, les nuages s’amoncellent, les maladies frappent les récoltes, s’étendent comme feu de forêt. Des monstres surgissent des forêts d’habitude paisibles de Majipoor. La famine survient, et la rébellion.
Faudra-t-il faire la guerre aux Changeformes ? Car ce sont eux, premiers occupants de la planète, jadis massacrés et refoulés par les humains venus de l’espace, qui tentent une nouvelle révolte. Valentin, qui est épris de paix et d’amour, ne parvient pas à s’y résoudre. Majipoor va-t-elle sombrer ?
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— Prends des dispositions pour que je dorme dans le temple cette nuit.

Sambigel eut l’air déconcerté.

— J’avais cru comprendre, monseigneur, que vous deviez voir cet après-midi le Tombeau de lord Stiamot, puis vous rendre dans la Salle des Topazes à une réception suivie d’un dîner au…

— Lord Stiamot a attendu huit mille ans que je vienne lui rendre hommage. Il pourra attendre une journée de plus.

— Bien sûr, monseigneur. Il en sera fait selon vos désirs, monseigneur.

Sambigel fit à plusieurs reprises et avec empressement le signe de la constellation.

— Je vais informer la hiérarque Ambargarde que vous serez son hôte cette nuit. Et maintenant, monseigneur, si vous le permettez, nous avons un spectacle à vous présenter…

Un orchestre attaqua un air entraînant. De centaines de milliers de gorges jaillirent des paroles sans nul doute émouvantes, bien que Valentin ne pût distinguer une seule syllabe. Il demeurait impassible, laissant courir son regard sur la foule immense, hochant la tête de temps à autre, souriant, plongeant les yeux dans ceux de quelque citadin effrayé qui n’oublierait jamais cette journée. Le sentiment de sa propre irréalité le gagnait. Il songea qu’il n’était pas besoin d’être humain pour jouer ce rôle. Une statue ferait tout aussi bien l’affaire, ou une astucieuse marionnette, ou même l’un de ces personnages en cire qu’il avait vus à Pidruid un soir de fête, il y avait bien longtemps. Comme ce serait pratique d’envoyer à ce genre de manifestations un faux Coronal capable d’écouter d’un air grave, de distribuer des sourires et des signes de main chaleureux, peut-être même de prononcer quelques paroles sincères de remerciement.

Du coin de l’œil, il vit Carabella qui le regardait d’un air inquiet. Il lui fit un petit geste avec deux doigts de la main droite, un signe convenu pour lui indiquer que tout allait bien. Mais le visage de Carabella demeura soucieux. Et Valentin eut l’impression que Tunigorn et Lisamon Hultin s’étaient insensiblement déplacés et se tenaient étrangement près de lui. Pour le rattraper s’il tombait ? Par les moustaches de Confalume, s’imaginaient-ils qu’il allait tourner de l’œil comme il l’avait fait dans le Labyrinthe ?

Il se redressa : agiter la main, sourire, hocher la tête, agiter la main, sourire, hocher la tête. Il n’arriverait rien. Rien. Rien. Mais cette cérémonie allait-elle se terminer un jour ?

Il s’écoula une autre demi-heure, puis enfin elle arriva à son terme, et la suite royale, empruntant un passage souterrain, se dirigea rapidement vers les appartements du Coronal dans le palais du maire, de l’autre côté de la place.

Quand ils furent seuls, Carabella s’adressa à Valentin.

— J’ai eu l’impression que tu étais souffrant là-bas, dit-elle.

— Si l’ennui est une maladie, répondit-il d’un ton aussi détaché que possible, alors c’est vrai, j’étais souffrant.

Elle garda le silence pendant quelques instants, puis demanda :

— Est-il absolument nécessaire de poursuivre le Grand Périple ?

— Tu sais bien que je n’ai pas le choix.

— J’ai peur pour toi.

— Pourquoi, Carabella ?

— Il y a des moments où je te reconnais à peine. Qui est cet homme sombre et agité qui partage ma couche ? Qu’est devenu le Valentin que j’ai connu à Pidruid ?

— Il est toujours là.

— Je veux bien le croire. Mais il est caché, comme le soleil est caché quand l’ombre de la lune le dérobe à la vue. Quelle ombre pèse sur toi, Valentin ? Quelle ombre pèse sur le monde ? Il t’est arrivé quelque chose d’étrange dans le Labyrinthe ? Que s’est-il passé ? Pourquoi ?

— Pour moi, le Labyrinthe est un lieu dépourvu de joie, Carabella. Je m’y suis peut-être senti enfermé, enterré, étouffe…

Il secoua la tête.

— Oui, c’était étrange. Mais le Labyrinthe est loin. Dès que nous avons commencé à traverser des paysages plus riants, j’ai senti que je redevenais moi-même, j’ai retrouvé la joie et l’amour, je…

— Tu t’abuses peut-être mais tu ne me trompes pas. Tu n’as plus de plaisir à faire cela, plus maintenant. Au début, tu ne voulais pas en perdre une miette, comme si tu ne pouvais t’en rassasier – tu voulais aller partout, tout voir, goûter à tout – mais plus maintenant. Je le vois dans tes yeux, je le vois sur ton visage. Tu te déplaces comme un somnambule. Prétendras-tu le contraire ?

— C’est vrai, je m’en lasse. Je le reconnais.

— Alors arrête le Grand Périple ! Retourne au Mont que tu aimes et où tu as toujours été vraiment heureux !

— Je suis le Coronal. Le Coronal a le devoir sacré de se présenter au peuple sur lequel il règne. Je le lui dois.

— Et à toi-même, que te dois-tu alors ?

— Je t’en prie, ma douce ! Même si tout cela m’ennuie et c’est le cas – c’est vrai, j’entends maintenant des discours dans mon sommeil, je vois d’interminables défilés de jongleurs et d’acrobates – nul n’a jamais péri d’ennui. Il est de mon devoir de poursuivre ce périple. Je continue.

— Alors supprime au moins la visite de Zimroel. Un continent est plus que suffisant. Si tu fais halte dans chacune des cités qui sont sur la route, il te faudra plusieurs mois pour regagner le Mont du Château. Et tu veux aller à Zimroel ? Piliplok, Ni-moya, Til-omon, Narabal, Pidruid – cela va prendre des années, Valentin !

Il secoua lentement la tête.

— J’ai un engagement envers le peuple tout entier, Carabella, pas seulement envers les habitants d’Alhanroel.

— Je comprends, dit-elle en lui prenant la main. Mais tu exiges peut être trop de toi-même. Je te le demande encore une fois : songe à supprimer Zimroel. Veux-tu faire cela ? Veux-tu au moins y réfléchir ?

— Si je le pouvais, je rentrerais ce soir-même au Mont du Château. Mais je dois continuer. Il le faut.

— Et cette nuit, au temple, tu espères t’entretenir en rêve avec la Dame ta mère, c’est bien cela ?

— Oui, dit-il. Mais…

— Alors promets-moi ceci. Si ton esprit réussit à entrer en contact avec le sien, demande-lui si tu dois aller à Zimroel. Et que son avis te guide sur ce point comme il l’a si bien fait dans tant d’autres domaines. Veux-tu faire cela ?

— Carabella…

— Veux-tu lui demander ? Simplement lui poser la question ?

— Très bien, dit-il. Je lui demanderai. Cela je te le promets. Elle le regarda d’un air malicieux.

— Est-ce que je te donne l’impression d’être une mégère, Valentin. À te tarabuster et te harceler de la sorte ? Tu sais que j’agis ainsi par amour.

— Oui, je le sais, dit-il.

Il l’attira vers lui et la serra dans ses bras. Ils arrêtèrent là leur discussion, car le moment était venu de se préparer à gravir les Hauts d’Alaisor pour rejoindre le temple de la Dame. Le jour tombait quand ils s’engagèrent sur la route étroite et sinueuse et les lumières de la ville scintillaient derrière eux comme des millions de pierres précieuses étincelantes disséminées dans la plaine.

La hiérarque Ambargarde, une grande femme au port de reine, au regard pénétrant et à la chevelure blanche et soyeuse, attendait au portail du temple pour accueillir le Coronal. Tandis que des acolytes craintifs regardaient bouche bée, elle lui adressa quelques brèves et chaleureuses paroles de bienvenue. Elle lui apprit qu’il était le premier Coronal à visiter le temple depuis le passage de lord Tyeveras lors de son second Grand Périple et le conduisit à travers le parc ravissant jusqu’à ce que le temple lui-même apparaisse. C’était un long bâtiment d’un seul étage, construit en pierre blanche, sans ornement, d’aspect presque austère, situé dans un vaste jardin où la simplicité s’alliait à la beauté. La face orientée à l’ouest décrivait un arc en suivant le bord de la falaise et donnait sur la mer. De l’autre côté, des ailes disposées les unes par rapport aux autres à angles aigus rayonnaient vers l’orient.

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