Premier bilan après l'apocalypse
- Автор: Бегбедер Фредерик
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Grasset
- ISBN: 978-2246777113
- Жанр: Критика
Электронная книга - «Premier bilan après l'apocalypse». Краткое содержание книги:
Nick Hornby est né en 1957. Vers la fin des années 80, il a renoncé à l’enseignement pour se consacrer à l’écriture et au journalisme. Son premier bouquin paru en France s’intitulait Haute Fidélité (Pion) : ce roman sur les femmes et les disques de sa vie, traduit dans douze langues, était en réalité son deuxième livre. Carton jaune (en anglais Fever pitch : « la fièvre du terrain ») est en effet paru en 1992. Lui aussi a été un gros succès : 400 000 exemplaires vendus. Le critique du magazine GQ n’a pas hésité à le qualifier de « meilleur livre sur le football jamais écrit » et de « livre le plus drôle de l’année ». Il a été adapté au cinéma, comme Haute Fidélité. Hornby a publié ensuite d’autres romans (Juliet, naked sur un fan de rock était très réussi en 2009) mais ce qu’il a fait de meilleur est un scénario de film : Une éducation de Lone Scherfig avec Carey Mulligan. Le long-métrage le plus élégant de 2009.
Numéro 50 : « Un pedigree » de Patrick Modiano (2005)
« J’écris ces pages comme on rédige un constat ou un curriculum vitae, à titre documentaire et sans doute pour en finir avec une vie qui n’était pas la mienne. » Depuis La Place de l’Etoile, en 1968, il a fallu quarante années à Patrick Modiano pour parachever son tableau impressionniste. Chaque roman apparaissait comme une nouvelle pièce du puzzle, une autre tache de couleur floue. Et soudain, voici qu’on recule de trois pas, et que le paysage apparaît dans toute sa splendeur. Tous les livres de cet écrivain faussement distrait ajoutaient un chapitre supplémentaire à la stèle fragile du souvenir : Paris est une ville de rescapés.
Déjà, en 1997, Dora Bruder plongeait dans la réalité à la recherche d’une petite fille déportée. Mais, ce n’est qu’en 2005 que Modiano ose l’autobiographie. C’est la première fois qu’il s’expose aussi ouvertement. Le grand bègue élégant entre dans la lumière, comme sa mère éclairée par une poursuite sur la scène d’un music-hall bruxellois. Un pedigree fait frissonner comme la fin d’Usual suspects, quand l’enquêteur s’aperçoit que les indices disséminés sur le mur dressent un portrait parfait de son interlocuteur. Qui sommes-nous ? Nos parents. D’où viennent-ils ? De la mort, et le pire c’est qu’ils y retournent.
J’ai longtemps cru que Patrick Modiano écrivait toujours le même livre ; en réalité il n’en écrivait qu’un seul. Il construisait un château de cartes puis soufflait dessus. Pour être fidèle à son rêve, il faudrait que ses lecteurs empilent ses romans afin de bâtir une cathédrale miniature. Modiano, c’est du Proust laconique. Ses livres racontent la même chose que la Recherche : comment l’absence d’une mère façonne un écrivain. J’aime plus que tout ce paragraphe d’un chagrin incommensurable, qui a fait pourtant éclater de rire toutes les salles où Edouard Baer l’a lu sur scène : « C’était une jolie fille au cœur sec. Son fiancé lui avait offert un chow-chow mais elle ne s’occupait pas de lui et le confiait à différentes personnes, comme elle le fera plus tard avec moi. Le chow-chow s’était suicidé en se jetant par la fenêtre. »
Un pedigree raconte aussi l’histoire de ce père, un juif traqué, obligé de trafiquer pour survivre avec des individus louches et des femmes fatales dans un Paris sombre et mystérieux.
Depuis ses débuts, Modiano rédigeait une bio de ses parents. Un pedigree aurait pu s’intituler « Le Décodeur » : on comprend enfin pourquoi il nous racontait des aventures étranges de garçons chic égarés dans le 8e arrondissement de Paris en 1954, ou délaissés à Genève par des parents égoïstes, entourés d’exilés russes ou grecs… Il cherchait sa mère dans ces cabarets interlopes, il appelait son père en composant des numéros qui commençaient par Passy ou Gobelins… L’urgence de la confession transforme son habituelle petite musique en style télégraphique. Jamais Modiano n’a été si précis et concis. C’est pour suivre un conseil paternel : « On ne doit jamais négliger les petits détails. »
Ce livre d’une pureté déchirante est un inventaire de fantômes. Des gens aux noms démodés (Sacha Gordine, Henry Lagroua, le baron Wolff, Freddie McEvoy, etc.) magouillent, s’entretuent ou s’entraident, avant de disparaître pour toujours. « Ils scintillent dans notre imagination comme des étoiles lointaines. » Au-dessus d’eux plane une comète : Rudy Modiano, le frère cadet mort à l’âge de 10 ans.
« J’ai toujours été gêné de rompre les silences surtout quand ils vous font mal. » Il semble, au vu de l’incroyable émotion dégagée par ce texte, que Patrick Modiano n’avait plus le choix que d’entremêler une fois pour toutes les méthodes de l’archéologie avec celles de la police.
« Je suis né le 30 juillet 1945, à Boulogne-Billancourt, 11, allée Marguerite, d’un juif et d’une Flamande qui s’étaient connus à Paris sous l’Occupation. » Découvert par Raymond Queneau (comme Boris Vian), Patrick Modiano est l’auteur de vingt-six romans ou récits, de quelques livres illustrés, d’un entretien avec Emmanuel Berl et d’un hommage à Françoise Dorléac. Il est marié à Dominique du même nom, qui fabrique des bijoux. Il est le père de deux belles brunes : Marie et Zina. Il a longtemps vécu avec ces trois femmes dans son appartement : finalement, on peut dire que le bougre s’en est bien sorti. À partir de l’âge de 20 ans, il n’est plus jamais allé dans un pensionnat, ni dans un quelconque bureau. Il s’est arrangé pour n’avoir plus jamais à obéir à quiconque. Il est un des plus grands écrivains français. La vie de Patrick Modiano commence mal mais finit bien, comme les films de Frank Capra. En lisant Un pedigree, on pige pourquoi il refuse d’entrer à l’Académie française : il a trop de mauvais souvenirs sur le quai Conti.
Numéro 49 : « NovöVision » d’Yves Adrien (1980)
Peu de livres ont eu la même influence secrète que NovöVision d’Yves Adrien sur ma génération. Je me souviens encore de la première fois que je l’ai vu : publié par Philippe Manœuvre dans la collection Speed 17 aux Humanoïdes Associés, il traînait en pile dans la librairie Temps futurs, au fond d’une arrière-cour, rue Grégoire-de-Tours… Ou bien était-ce dans le gigantesque loft bleu d’une amie droguée à New York ? Ou au Regard moderne, rue Gît-le-Cœur, dix ans plus tard ? Il y a comme ça quelques bréviaires mystérieux qui n’ont pas besoin de gros tirages pour bouleverser la littérature (Rose poussière de Schuhl, Les Mauvaises Rencontres d’Alain Bonnand). On pourrait dire de NovöVision la même chose que du Velvet Underground : peu de personnes l’ont lu, mais toutes se sont mises à écrire.
Dès le début, comment ne pas adhérer à un texte dédié « aux icebergs qui dérivent » et « aux écoliers japonais qui se suicident » ? NovöVision était une manière de réponse glacée au Jeune homme chic de Pacadis (publié deux ans plus tôt, au Sagittaire, en 1978, Yves Adrien y étant présent à chaque page) : même envie de tenir un carnet d’errances rock’n’roll et mondaines, même souci du détail dans les citations, recherche formelle, jeux de typographie, collages, name-dropping, cut-ups, albums de photos, phrases en anglais… Attention, je n’accuse pas Adrien de plagiat : simplement un dialogue s’instaurait entre deux punk-critics qui voulaient témoigner de leur expérience dans une langue nouvelle, tordue par la dope et les guitares électriques, le sexe et la poésie noctambule.