Premier bilan après l'apocalypse
- Автор: Бегбедер Фредерик
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Grasset
- ISBN: 978-2246777113
- Жанр: Критика
Электронная книга - «Premier bilan après l'apocalypse». Краткое содержание книги:
« Greed is good », disait Gordon Gekko (Michael Douglas) dans Wall Street d’Oliver Stone quatre ans avant la publication d’American psycho. Ellis/Bateman va plus loin : il commence par une citation de L’Enfer de Dante (mais sans le citer) : « Abandonne tout espoir, toi qui pénètres ici… » et conclut son roman sur deux mots en lettres capitales : « SANS ISSUE ». Les passages les plus insoutenables (arrachage de molaires, agrafage de lèvres vaginales, éviscérations diverses) ne sont pas censés nous étonner puisqu’Ellis considère la torture et le meurtre comme l’aboutissement logique de l’idéologie individualiste (bouffer ou être bouffé). Rarement a-t-on connu lecture plus implacable, impardonnable, insupportable, indépassable. Ensuite, le petit ami de Bret Easton Ellis est mort, l’écrivain a arrêté la coke et la vodka ; il faut bien comprendre que ce roman a failli lui coûter la vie. La dernière fois que je l’ai vu, il pensait que le livre de papier n’en avait plus que pour cinq ans à vivre. Ce qui m’a donné l’envie d’écrire ce Bilan. Ellis est-il désespéré ? C’est possible. Mais son grand œuvre pourrait aussi être un tournant. Montrer le malheur est une manière de le combattre. Rire du « bling bling » sert à défendre la civilisation. American psycho est une fresque qui raconte comment l’Homme a délibérément choisi, à partir de la fin des années 80 (date de la mort des utopies), de s’enterrer sous une montagne de marchandises. Vingt ans après sa publication, American psycho continue de congeler toute la littérature du siècle suivant. American psycho n’a pas seulement prédit l’apocalypse : ce texte est l’Apocalypse de notre temps. Or « Apocalypse » signifie « Révélation ». Après Psycho, que se passera-t-il ? Tout est fini, il ne reste plus qu’à reconstruire une littérature pour le siècle qui commence, ou bien il est trop tard, et nous sommes comme l’orchestre à bord du Titanic, jouant de la musique de chambre aux premières loges, en regardant la littérature disparaître sous les flots.
Né en 1964, Bret Easton Ellis est la réincarnation de Hemingway mais il ne le sait pas. Alors il se prend pour le marquis de Sade en béhaviorama : un sale gosse pourri gâté qui casse ses jouets. En fait, c’est un écrivain faussement amoral, et un vrai satiriste : depuis Moins que zéro (1985) et ses étudiants blasés, drogués et snobs de Los Angeles, jusqu’à son Vingt ans après (Impérial bedrooms, 2010), en passant par le sérial killer en costume Dolce & Gabbana d’American psycho (1991) et la fresque en Glamorama de la mode et de la célébrité (1998), Ellis dépeint les turpitudes les plus extrêmes de notre société avec une froide délectation. Sa tentative d’autofiction à tendance parano-fantasy (Lunar Park, 2005) n’était qu’une parenthèse dans une œuvre aussi radicale que morale. C’est pourquoi il fait scandale, alors qu’au fond de lui se cache seulement un moine refoulé qui appelle au secours. Il ne faut pas redouter le nihilisme romanesque. La littérature est bel et bien le seul endroit où le nihilisme est conciliable avec l’espoir, la beauté, la résurrection.