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1942-Le jour se lève

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1942-Le jour se lève
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Mensonge de Laval – ou demi-vérité – puisque le Maréchal a entendu le discours avant qu’il soit prononcé à la radio, et qu’il a suggéré de modifier « la phrase ». Laval s’est incliné et Pétain n’a pas interdit à « son » chef du gouvernement de parler.

Mais Pétain, écoutant le discours radiodiffusé, est atterré. Il se refuse à accorder son patronage à la Relève.

Le 26 juin 1942, le cabinet du Maréchal fait arrêter l’impression d’une affiche invitant les ouvriers à se rendre en Allemagne, et comportant une phrase du Maréchal.

En fait, les deux hommes sont désormais associés dans une collaboration qui « souhaite la victoire de l’Allemagne ». Et c’est la seule phrase du discours que l’on retient.

Le journaliste Pierre Limagne note dans ses Éphémérides, à la date du 22 juin :

« En entendant cette déclaration, les Français ont vu rouge ; si bien qu’ils ne remarquèrent pas combien la formule “je souhaite” manquait d’assurance. Et quand la musique a attaqué La Marseillaise, chacun s’est précipité sur son poste de radio pour tourner le bouton et ne pas laisser notre hymne national accompagner tant d’ignominie. »

C’est un sentiment de mépris qu’éprouvent les Français, à l’exclusion d’une poignée. Dans l’entourage de Pétain, on est scandalisé parce que Laval a prétendu parler au nom du Maréchal.

Le général Serrigny dit au Maréchal que les Parisiens siffleraient le chef de l’État s’il se rendait dans la capitale[2].

Le rejet de Laval est d’autant plus vif que les émissions de Radio-Londres – et ce dès le 22 juin, à 21 h 25 – prennent Laval – et sa politique de Relève – pour cible.

L’émission « Honneur et patrie » « condamne » Laval à mort.

On y entend la chronique suivante :

« “Je souhaite la victoire de l’Allemagne.”

« Avant même d’avoir prononcé cette phrase, Laval s’était exclu de la France.

« Avant même d’avoir prononcé cette phrase, Laval s’était condamné à mort.

« Pourquoi donc son discours de tout à l’heure sonnait-il à toutes les oreilles françaises comme une circonstance aggravante ?

« Sans doute parce que, jusqu’à présent, on n’avait jamais vu dans l’Histoire un Judas doublé d’un maître chanteur et triplé d’un négrier. »

Et Georges Boris, le socialiste proche de Blum, ajoute que « ces deux mots, Laval, négrier, sont désormais inséparables ».

Les voix de la France Libre dénoncent la « rafle des ouvriers de France au profit des ennemis de la France » qui se prépare.

On prétend que Laval a préparé les décrets sur le travail obligatoire en accord avec les Allemands et que Pétain les a contresignés.

La Relève qui devait susciter un élan est stigmatisée.

« Chaque travailleur français partant pour le Reich se constitue prisonnier civil, répète Radio-Londres.

« Femmes de France, prenez garde ! Le négrier convoite vos hommes. »

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Négrier, Laval ?

Les attaques de Radio-Londres, des journaux clandestins de la Résistance, la réprobation qu’il suscite dans l’entourage du « Vieux », la haine qu’il sent monter, loin de semer le doute en lui, le confortent dans sa résolution.

Il imagine être l’habile qui donne aux Allemands les mots qu’ils attendent.

Il s’installe dans le rôle de leur unique interlocuteur. Qui d’autre que lui aurait osé prononcer cette phrase : « Je souhaite la victoire de l’Allemagne » ?

Doriot, Déat, sans aucun doute. Des intellectuels comme Brasillach, certainement, mais ce n’étaient pas de vrais « politiques », lui seul, ancien ministre et président du Conseil de la IIIe République, et maintenant chef du gouvernement, a l’autorité nécessaire.

Il est le seul qui sait domestiquer le Vieux.

Il est persuadé que se joue sur le front russe le sort de la civilisation européenne, parce que le grand péril, la vraie barbarie, c’est le bolchevisme et non le nazisme. C’est cela qu’on cache.

Laval répète lorsqu’on lui communique le texte des émissions de Radio-Londres.

« Ils n’osent pas me citer totalement. Ils ne disent jamais que “je souhaite la victoire de l’Allemagne” parce que sans elle le bolchevisme demain s’installerait partout. »

Et Churchill, Roosevelt, et même la plus grande partie des chefs de la Résistance, ont été des anticommunistes et le sont encore.

Voilà quelle est sa carte maîtresse. Il anticipe le retournement des alliances. Il sera, dans quelques mois, au centre du jeu ! Il aura bien servi la France. Il faut tenir bon jusque-là.

Mais Laval se trompe.

L’heure n’est plus – ou n’est pas encore – à l’antibolchevisme, mais à l’unité de tous ceux qui veulent la défaite du nazisme, cette barbarie exterminatrice !

Et l’Angleterre de l’anticommuniste historique, Churchill, signe un traité d’alliance avec l’URSS et Joseph Staline devient Uncle Joe.

En France, cette nécessité d’une entente de tous les « résistants » quelles que soient leurs origines s’impose, en dépit de la méfiance que suscite le parti communiste.

Rémy, le chef du réseau Confrérie Notre-Dame, l’un des premiers et des plus efficaces agents secrets de la France Libre – homme de droite –, prend contact avec l’un des chefs des Francs-Tireurs et Partisans Français, l’organisation militaire du parti communiste.

Claude Bourdet, fondateur avec Henri Fresnay de Combat, homme de gauche, mais sans illusions sur les stratégies communistes, déclare, quand on lui indique que l’un des responsables de Combat – Marcel Degliame – chargé du milieu ouvrier est peut-être un communiste « sous-marin » du parti :

« Qu’il fût ou non communiste m’importe peu ; nous n’avons besoin entre nous que d’un consensus politique moyen, et l’éventail comprend naturellement les communistes, à condition qu’ils veuillent s’engager chez nous. »

Et le Comité national de la France Libre, lorsqu’il s’agit d’organiser des manifestations ouvrières le 1er mai 1942, communique aux différents chefs de réseau :

« Jugeons important que le 1er mai ait caractère unanimité nationale donc participation active communiste. Proposons comme mot d’ordre : lutte contre la faim, contre la misère, contre la servitude. »

Dans ce climat de guerre patriotique et d’« union sacrée » – même si chacun des participants soupçonne l’autre d’arrière-pensées… mais on verra après la Libération –, que pèse la menace du bolchevisme invoquée par Pierre Laval ?

Au moment où les Russes résistent aux offensives allemandes de ce printemps et de cet été 1942 où, en France, des communistes sont fusillés par dizaines pour leurs activités de sabotage et leurs attentats, l’antibolchevisme et l’anticommunisme apparaissent comme les stigmates de la collaboration, les preuves que Pierre Laval est le complice servile des nazis : Judas et négrier.

Mais dès le 23 juin 1942, au lendemain du discours de Pierre Laval, une déclaration du général de Gaulle publiée, en France, dans les journaux clandestins, semble lui répondre alors qu’elle a été écrite des semaines avant que Laval ne parle.

Une fois de plus, de Gaulle a anticipé.

« Les derniers voiles sous lesquels l’ennemi et la trahison opéraient contre la France sont désormais déchirés, écrit-il. L’enjeu de cette guerre est clair pour tous les Français : c’est l’indépendance ou l’esclavage. »

Ceux qui lisent Combat, Libération et d’autres journaux clandestins, tirés à des dizaines de milliers d’exemplaires, découvrent une condamnation de la Relève, une fureur patriotique qui dessine un « projet » pour la France libérée.

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