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Les salauds ont la vie dure

Электронная книга - «Les salauds ont la vie dure». Краткое содержание книги:

Le grand roman noir et rouge de la France de l'Occupation, celui aussi de la révolte aveugle, de la rébellion et de l'horreur. Un voyou parisien, devenu résistant malgré lui à la suite d'un crime passionnel, mène sa guerre personnelle face à l'autorité, aux polices française et allemande, à la milice et aux troupes nazies.
Feuilletons, romans d'aventure, BD endiablées, sérials comico-héroïques, chroniques tragiques d'une époque, petite histoire des Français, Les salauds ont la vie dure et sa suite, Le Festival des macchabées, sont tout cela et plus encore.
La multiplicité des talents littéraires d'André Héléna, son imagination, son sens de l'action, la pluralité de son écriture, l'acuité du regard font de cette saga unique une épopée hors du commun, dont la pertinence historique n'a rien à envier à celles des chroniques les plus averties. L'histoire vue par l'autre bout de la lorgnette, et un chef-d'œuvre d'un genre littéraire n'appartenant qu'à son auteur.
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— Qu’est-ce qui t’est arrivé ? Tu as les poulets derrière ?

— Si ce n’était que ça !

— Écoute, répondit Riton. Ici, tu sais, c’est comme tous les bistrots. Il y a moitié truand, moitié mouton, sans parler des mecs trop bavards qui sont indicateurs sans le savoir. On va monter chez moi, on sera plus tranquilles.

— Tu es si pressé ? Prends d’abord un verre, on verra après.

Il fit signe à Maria qu’il tutoyait et lui demanda un pastis. La patronne vint vers nous d’assez mauvaise grâce. Mais, bon sang ! qu’est-ce qu’on lui avait fait, à cette tordue ? Elle ne nous connaissait pas, d’accord, ce n’était pas une raison pour faire cette mine désastreuse.

— Je commence à en avoir marre, grinçai-je à l’adresse de Jimmy, je ne mettrai plus les pieds dans cette boîte ?

Riton avala cash son verre et nous fit signe de le suivre. Nous grimpâmes derrière lui dans l’éclairage pauvre de l’escalier.

Il occupait un petit appartement composé de deux pièces et d’une cuisine, meublé avec goût, très intime et qui semblait assez gai.

— Vous tombez bien, dit Riton, je suis seul. J’avais une amie il y a encore quelques jours, mais elle a dû s’absenter.

— Tu es bien ici ! m’exclamai-je. C’est à toi, tout ça, ou tu es en meublé ?

— Non, répondit le copain, c’est à elle, mais comme on vit ensemble, c’est du kif.

Il ouvrit une petite armoire et en sortit une bouteille de Berger.

— Ça, dit-il, c’est du vrai, d’avant-guerre, pas de la camelote. Actuellement, c’est réservé à l’exportation.

— Comme tout le reste.

— J’ai pu en resquiller quelques-unes. J’espère que ça vous conviendra.

S’il ne manquait pas de pastis, Riton, il ne manquait pas non plus de cigarettes. Il en posa un paquet devant nous et nous nous assîmes autour de la table, comme des diplomates.

— Et alors, qu’il dit, le copain, racontez votre histoire. Je suppose que ça doit être encore un sacré turbin pour vous avoir obligés de quitter Igname.

— Tu peux le dire, approuvai-je. J’ai liquidé ma poupée.

Riton émit un petit sifflement.

— En effet, dit-il. Si tu donnes dans l’assassinat, maintenant ! Qu’est-ce qu’elle t’avait fait ?

Elle m’en faisait porter une telle paire que je ne serais pas passé sans dommage sous l’Arc de Triomphe.

Et c’est pour ça que tu l’as mise en l’air ? Ça ne valait pas la peine. Une bonne frottée aurait fait le même effet, et du moins il n’y aurait pas eu de suites. Je ne comprends vraiment pas qu’un mec comme toi se soit mouillé pour des salades aussi pauvres.

— C’est bien ce que je lui ai dit, s’écria Jimmy, mais allez donc lui faire entendre raison. Il est pire qu’un gosse. Quand il veut quelque chose, faut qu’il y arrive à tout prix.

— Tu as quand même passé l’âge des fantaisies, reprocha Riton. Surtout avec les filles. Tu sais ce que c’est qu’une femme, ce que ça vaut et comment ça se dresse. Je ne comprends pas que tu te sois embarqué dans ce drame idiot.

— Un drame d’autant plus idiot que maintenant il est obligé de cavaler devant la police comme un renard devant une meute. Il n’a pas fait ça discrètement, je te prie de le croire.

— Mais, répondit Riton à Jimmy, ce que je ne comprends pas, c’est ce que tu fais, toi, dans cette aventure.

— Oh moi, c’est très simple. Quand les flics sont venus le sauter, il était chez moi. On a donc été obligés de mettre les voiles ensemble. Et maintenant, je suis dans le même pot de miel. Pour moi, c’est encore plus bête que pour lui.

— Vous me cassez les pieds, dis-je. J’ai fait une blague, ça va, je le sais, je suis nerveux, j’ai tendance à jouer du pétard plus souvent qu’il n’est permis. Ce n’est pas la peine de revenir là-dessus. Maintenant, ce qu’il faut, c’est nous en tirer le plus élégamment possible.

— Racontez-moi ça, dit Riton. Il y a des choses qui m’échappent. Je ne comprends toujours pas, par exemple, comment il se fait que si les flics sont venus te sauter chez Jimmy vous soyez encore en liberté tous les deux.

— Alors, tu ne lis jamais les journaux ? répliquai-je.

— C’était dans les journaux ?

— Un peu, oui. Parce qu’il faut te dire qu’en même temps que la gonzesse j’ai mis en l’air un couple de flics de la Gestapo. L’un était son amant, l’autre était un copain de son amant.

Le visage de Riton se ferma.

— Sans blague ?

— C’est comme on te le dit. Et ce n’est pas tout. À Dijon, on a balancé un type sur le quai de la gare et on a fusillé un troufion allemand.

J’éprouvais une sorte de volupté à raconter tout ça. Il me semblait que je remontais dans l’estime de Riton. Sûrement que tout à l’heure, lorsque je lui avais avoué que j’avais déquillé une fille par jalousie amoureuse, j’avais dû passer pour un cave. Tandis que maintenant je faisais vraiment figure honorable.

— En plus, dis-je, je viens de Paris, je suis arrivé au début de l’après-midi avec une voiture fauchée. J’étais allé là-bas pour en finir avec une poupée qui avait balancé les deux flics qui nous avaient laissé partir. Imagine-toi que cette salope était précisément mon ex-légitime.

— Ça, c’est marrant, dit Riton, de plus en plus sombre et qui n’avait pas l’air de trouver ça marrant du tout.

— Et ce qu’il y a de plus curieux, renchéris-je, c’est que j’ai rencontré sur place une espèce de curé qui était venu exactement dans la même intention. Un rigolo. Il m’a parlé de Dieu, de la Patrie, de mille trucs plus tocards les uns que les autres.

— Vraiment ? De la patrie ? demanda Riton, dont l’intérêt semblait se réveiller.

— Tu te rends compte !

Riton remua sur sa chaise, passa sa main sur son visage et se resservit un verre de pastis.

— Qu’est-ce qui te prend ? demandai-je, tu as l’air tout chaviré ? C’est mon histoire qui t’embête ?

— Un peu, oui, avoua-t-il. Si je comprends bien, les deux mecs après lesquels tout le monde trotte depuis deux jours, c’est vous ?

J’approuvai d’un signe de tête.

— C’est du joli, dit le truand. Et c’est à moi que vous venez raconter ça ?

— À qui veux-tu qu’on le raconte ? Au commissaire de police du quartier ?

— Il aurait mieux valu ! grommela Riton. Vous me mettez dans une situation épouvantable.

— Je ne vois pas…

— Tu sais ce que je fabrique, maintenant ? Tu le sais ? Non, n’est-ce pas ? Eh bien, mon petit pote, je suis à la Gestapo, moi, tel que tu me vois.

Vingt Dieux ! La surprise me coupa la parole. Je regardai Jimmy. Il faisait des efforts pour avaler sa salive. La seconde d’après, je faisais un saut en arrière, en bousculant ma chaise.

Riton n’avait pas bronché. Il avait seulement glissé sa main dans la poche de son veston.

— Ne bougez pas, dit-il, autrement ça fera tout de suite du vilain.

Et puis toi, Maurice, tâche de modérer un peu tes réflexes. Tu as fait assez de blagues jusqu’à présent, tâche de perdre cette sale habitude. Je ne vous ai pas dit que j’allais vous balancer ou vous fourrer dans de sales draps. Ce n’est pas parce que je fais partie d’un service allemand que je suis devenu une donneuse par principe. J’essaye de savoir comment, au contraire, je vais arriver à vous tirer de là sans me mouiller moi-même. Je ne tiens pas à faire comme vos copains Martin et Simon et à finir avec un chargeur de mitraillette dans le bide, vous le comprendrez.

Cette nouvelle me désarmait complètement. Riton c’était le dernier type que j’aurais soupçonné de travailler avec les flics. Il n’avait jamais pu les voir et, en outre, il avait un pedigree tel que vraiment, il aurait fallu être aveugle pour ne pas en avoir connaissance. J’avais, bien sûr, déjà vu des truands entrer dans la Gestapo, comme Meister, par exemple, mais Meister, lui, ne s’était jamais mouillé, il n’était jamais tombé et ne savait que par ouï dire ce que c’était que le ballon. Tandis que Riton !

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