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Les salauds ont la vie dure

Электронная книга - «Les salauds ont la vie dure». Краткое содержание книги:

Le grand roman noir et rouge de la France de l'Occupation, celui aussi de la révolte aveugle, de la rébellion et de l'horreur. Un voyou parisien, devenu résistant malgré lui à la suite d'un crime passionnel, mène sa guerre personnelle face à l'autorité, aux polices française et allemande, à la milice et aux troupes nazies.
Feuilletons, romans d'aventure, BD endiablées, sérials comico-héroïques, chroniques tragiques d'une époque, petite histoire des Français, Les salauds ont la vie dure et sa suite, Le Festival des macchabées, sont tout cela et plus encore.
La multiplicité des talents littéraires d'André Héléna, son imagination, son sens de l'action, la pluralité de son écriture, l'acuité du regard font de cette saga unique une épopée hors du commun, dont la pertinence historique n'a rien à envier à celles des chroniques les plus averties. L'histoire vue par l'autre bout de la lorgnette, et un chef-d'œuvre d'un genre littéraire n'appartenant qu'à son auteur.
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Les bistrots regorgeaient de monde, qui exposait à voix haute ses opinions et ne dédaignait pas la bagarre, le cas échéant. Les bons Lyonnais vouaient ce coin aux gémonies.

À part ça, je me suis toujours demandé ce qu’il était venu fiche ici, Riton. Il était tricard, c’est entendu, mais sa trique comptait aussi bien ici qu’à Paris, que je sache. Et ici il avait moins de ressources que là-bas et plus de facilités de se faire repérer. Je n’ai jamais rien compris à son histoire. Peut-être qu’ici il avait un condé qu’il ne pouvait pas avoir à Paname.

Je grimpai un escalier sordide et frappai à la porte de droite, au deuxième étage, selon un code qui, jadis, nous était habituel. Silence. Je répétai l’opération. Sans plus de succès.

C’est la porte de gauche qui s’entrebâilla, pour laisser passer la tête grise de vieillesse et noire de crasse d’une espèce de sorcière qui me demanda, sans aménité, ce que je voulais.

— Monsieur Riton, répondis-je.

— Il est pas là.

— Je le vois bien qu’il n’est pas là. Mais où est-il ?

— Comment voulez-vous que je le sache ? On ne me l’a pas donné à garder !

Cette réponse aimable, c’était toute la mentalité du pays.

— Vous lui direz, quand il rentrera, que son copain de Paris l’attend au bar, en bas.

— Je lui dirai rien du tout. Ça ne me regarde pas.

— Alors, pourquoi vous en mêlez-vous, hé ! tordue ! Je ne vous ai rien demandé, non ?

Elle rentra dans son trou en grommelant des paroles inintelligibles, mais qui ne devaient pas être précisément à mon avantage.

Je redégringolai l’escalier et j’entrai dans le bar. Il était farci de mecs qui parlaient fort de choses et d’autres, ce qui changeait un peu de l’atmosphère sordide des bistrots où je m’étais arrêté déjà.

Voyant que tout le monde, ou presque, buvait du pastis, je me dis qu’il n’y avait pas à se gêner et j’en commandais un pour moi.

Je manœuvrais pour m’approcher du zinc et saisir mon verre, lorsqu’on me tapa sur l’épaule. Je me retournai. C’était Jimmy.

— Ah ! m’écriai-je, je suis content de te retrouver. Tu as fait bon voyage ?

— Oui, dit-il, à part que j’ai cru périr étouffé tellement il y avait de monde dans le car, à tel point que la Gestapo a abandonné l’espoir de tout contrôle. Dans le train, depuis Mâcon jusqu’ici, c’était du pareil au même. C’est bien simple, j’ai voyagé sur les tampons d’un fourgon, avec un gendarme, qui ne se doutait pas quel genre de mec était son voisin. Y a pas eu d’histoire. Ben, et toi ?

— Oh ! moi, ça va. La môme est liquidée. Et figure-toi que je n’étais pas le seul à la chercher. Je l’ai descendue juste comme elle était dans les pattes d’un type qui allait lui faire le même travail.

— Ça, c’est marrant, dit Jimmy, qui n’avait aucun sens du drame.

— Il y a quelque chose de beaucoup plus marrant que ça, répondis-je. Tu sais qui c’est, cette gonzesse ?

— Je t’ai déjà dit que je ne la connaissais pas.

— C’est ma femme.

Jimmy posa son verre et me regarda avec inquiétude.

— Qu’est-ce que tu me dis ?

— Ma femme, répétai-je. Eh oui ! ma légitime. Celle qui m’a fait la malle lorsque j’étais troufion.

— C’est formidable ! s’exclama Jimmy, en se croisant les bras. Et tu l’as descendue quand même ?

— Je m’en suis aperçu quand c’était déjà fait. Elle était debout devant moi, avec son couteau dans la gorge et elle me regardait. Elle n’a pas dû comprendre pourquoi je la zigouillais, elle a dû confondre et s’imaginer que c’était une vengeance pour tout ce qu’elle m’avait fait. Si elle avait su à quel point je m’en foutais !

— Eh ben, mon vieux ! C’est une spécialité que tu cherches à acquérir, pas possible. Entreprise de liquidation de poupées infidèles. Tu pourrais appeler ça de cette manière, tu aurais des clients, tu gagnerais du fric.

— Je n’y comprends rien, grommelai-je. Je la croyais en Amérique. Son prénom, Colette, ne m’a d’abord rien dit. Ça en est farci, des Colette. Et son nom, Terdre, encore moins. Où c’est qu’elle a été le pêcher, celui-là ? Le type avec lequel elle a filé s’appelait Durand. On en a assez parlé, au procès de divorce.

— Il a dû la laisser choir et elle en a épousé un autre.

— Sans doute qu’il n’a pas eu plus de veine que moi, l’autre, si je comprends bien. Ça ne m’étonne pas. C’était une petite putain. C’est l’autre que je regrette, maintenant, ajoutai-je en faisant la grimace.

— Ah ! ne commence pas à jouer les Roméo. Ça suffit comme ça. On a autre chose à faire. Et si j’ai un reproche à t’adresser, c’est qu’il fallait y penser avant. On ne serait pas dans ce pétrin.

— Oh ! ça va, ne t’en fais pas, ça n’a pas d’importance… un coup de cafard.

— Et le mec qui voulait ratatiner la poupée, qu’est-ce qu’il est devenu ?

— M’en parle pas ! C’est encore un drôle d’acrobate, celui-là. Tu sais pas ce qu’il a fait sur le cadavre de la poule ? Le signe de la croix ! Et il a dit la prière. Il m’a sorti toute une théorie sur le repentir. Un curé défroqué, je te dis ! Mais absolument décidé, malgré ça, à siphonner la poule. Et si tu veux mon avis, il n’en était certainement pas à son coup d’essai.

— Et alors ?

— Et alors, on est allés boire un verre. Il voulait éviter les endroits mal famés, tu te rends compte ? Après ça, il a fauché une bagnole, il est rentré chez lui, il habite du côté de la porte de Vincennes, puis il m’a gracieusement offert la trottinette et me voilà.

— J’avais jamais vu ça.

— Et moi, donc ! Tiens, il m’a encore donné autre chose. Un bouquin. Qu’est-ce que j’en ai fait ? Le voilà.

On l’ouvrit, c’était une Bible.

Jimmy partit d’un formidable éclat de rire.

— Pas possible, tu me charries ?

Les yeux encore humides de gaieté, il fit signe à la taulière de nous remettre ça.

— Et toi, dis-je enfin. Tu as vu Riton ?

— Non, dit-il en redevenant tout de suite sérieux. Je l’attends depuis ce matin. J’ai tapé chez lui, comme tu m’avais indiqué. Personne. La porte en face s’est ouverte, il en est sorti une ruine qui ressemblait à une femme et qui m’a envoyé balader grossièrement.

— Je la connais, répondis-je, j’en viens. Elle m’a fait le même coup.

— Alors je suis descendu ici. Il paraît qu’il vient tout le temps. On s’étonne même de ne pas l’avoir vu aujourd’hui.

— Pourvu qu’il ne lui soit pas arrivé un pépin, à celui-là aussi, ce serait le couronnement, ça.

— J’espère que non. Moi, je ne sais pas ce qu’il fabrique, ce mec-là, mais… Tu le connais bien, toi ?

— Pourquoi me demandes-tu ça ?

— Ce n’est pas une donneuse, des fois, non ?

— Lui ? Rien que de voir un poulet il devient malade.

— Justement, j’aime pas les types qui manifestent trop fort leurs opinions.

— Ne dis pas de bêtises, je le connais depuis dix ans, ce gars-là. Je l’ai fréquenté avant qu’il prenne ses cinq piges pour tentative de meurtre. Il se les est farcies jusqu’au bout, du reste, marquets par marquets, il n’a pas eu l’ombre d’une remise de peine. Qu’est-ce qui te fait penser ça ?

— Je ne sais pas. Quand j’ai posé des questions ils ont paru réticents, ici.

— Et c’est ça ? Mais mon pauvre vieux, tu n’es pas à Pigalle, tu es à Lyon. Personne ne te connaît. Ils ne vont pas faire des confidences sur les copains, comme ça, tranquillement, au premier venu. En outre, tu ne connais pas la mentalité du bled. Pour leur tirer un mot ou une confidence, tu peux y aller. C’est un pays de tordus.

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