Dominium Mundi. Livre II
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #2
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-1-090648-18-0
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:
« Oui, vous avez raison, Monsieur le duc. Faites comme bon vous semble. »
Toujours maintenues vingt mètres au-dessus du sol par leur puissant champ magnétique, les barges de transport de troupes gravirent la longue rampe d’accès au plateau, avant de pénétrer dans la Nouvelle-Jérusalem par la porte sud. En ce milieu d’après-midi, la tempête de sable s’était suffisamment essoufflée pour que le soleil puisse à nouveau darder ses rayons brûlants sur la cité croisée.
Dans les cabines, plus d’un siège sur deux était vide. Personne n’avait osé demander le décompte des morts, mais au moins trois cents hommes étaient restés sur le carreau. L’excitation des combats désormais retombée, un silence de plomb régnait dans les travées. Personne n’avait le cœur à raconter ses exploits ni même à simplement plaisanter bruyamment comme les soldats le font souvent au retour du front pour se convaincre qu’ils sont bien encore en vie. Tous avaient maintenant compris que si le repli n’avait pas été ordonné, aucun ne s’en serait sorti vivant. Et surtout, certains commençaient à avoir comme un goût amer dans la bouche en repensant aux exactions qu’ils venaient de commettre dans le feu de l’action. Constater avec quelle déconcertante facilité votre enveloppe d’être civilisé pouvait se déchirer pour céder la place à la bête enragée pouvait s’avérer assez déstabilisant.
En ce jour d’offensive majeure, il y avait peu de monde dans les allées de la Nouvelle-Jérusalem. En revanche, sur le tarmac, un impressionnant dispositif de la police militaire avait été déployé pour attendre le retour des unités commandées par Tancrède de Tarente.
Liétaud, qui regardait au sol par les hublots de la cabine tandis que l’appareil achevait sa manœuvre d’atterrissage, émit un sifflement admiratif : « Ils ont sorti les grands moyens ! Cette fois-ci, tu les as vraiment mis en rogne. » Tancrède jeta un coup d’œil dehors puis dit à son ami : « Promets-moi que tu resteras en dehors de tout ça, Liétaud. Rien de bon ne va sortir de cette histoire. »
Le Flamand lança un regard par-dessous au Normand. « Me demandes-tu de laisser tomber un ami ? Me demandes-tu de ne pas me préoccuper du sort d’un frère ? »
Tancrède eut une bouffée d’émotion qui faillit lui faire monter les larmes aux yeux. Les heures qui allaient suivre seraient certainement très pénibles et une telle démonstration d’amitié véritable était assez réconfortante.
« Je te demande de ne pas hypothéquer ta carrière à cause de moi. Personne ne m’a forcé à prendre cette décision et je dois en assumer seul la responsabilité. »
Comme la porte d’accès de la barge, située à l’arrière de l’appareil, venait de s’ouvrir et s’abaissait pour servir de rampe, Tancrède se leva sans laisser le temps à Liétaud de répondre. Il savait très bien que le jeune homme n’accepterait pas aussi facilement de rester en retrait.
Le lieutenant sortit en premier de la navette et descendit la rampe d’un pas résolu, les épaules bien droites. Pour le moment, son esprit était vide et il avait l’impression d’agir en automate. Derrière lui, les hommes de la 78 sortirent et le suivirent sur la rampe en jetant des regards mauvais aux membres de la PM postés tout autour. Les soldats des autres unités quittaient eux aussi leurs navettes et commençaient à former un attroupement autour de la scène.
Tancrède se dirigea sans attendre vers le capitaine de police qui se tenait en bas de la rampe. Celui-ci lui adressa rapide un salut et dit : « Lieutenant de Tarente, je suppose que vous savez pourquoi nous sommes là ?
— Oui, mon Capitaine, lui répondit Tancrède en inclinant brièvement la tête. Faites votre travail, je n’opposerai pas de résistance.
— Merci, Lieutenant », répondit l’officier, visiblement soulagé.
Deux policiers s’approchèrent de Tancrède pour lui prendre ses armes. Il les leur donna sans broncher.
« Nous devons aussi retirer les parties offensives de votre Weiner-Nikov, mon Lieutenant, dit l’un des PM, embarrassé. C’est considéré comme de l’armement et…
— Ne serait-ce pas plus simple si je retirais tout l’exo ?
— Non, répondit le capitaine, en coulant un regard inquiet à l’attroupement qui se formait autour d’eux. Cela prendrait trop de temps et je préfère quitter le tarmac au plus vite.
— Entendu », répondit Tancrède.
Les policiers s’exécutèrent et entreprirent d’extraire l’armement incorporé à la combinaison de combat. L’opération prit quelques minutes et les soldats qui finissaient de sortir de la barge se massaient au fur et à mesure pour assister à ce triste spectacle. Le vent s’était remis à souffler et les rafales faisaient crépiter le sable sur les exos.
Au bout d’un moment, excédés par ce qu’ils voyaient, certains se mirent à protester.
« On ne devrait pas faire ça à un soldat !
— Surtout à un héros de guerre comme lui !
— Vous tous réunis n’arrivez même pas à sa cheville !
— Il nous a tous sauvés et c’est comme ça qu’on le traite en retour ?
— Vous feriez mieux d’aller vous battre sur le front plutôt que de vous en prendre à vos semblables ! »
Même si l’atmosphère devenait électrique, les soldats restaient à bonne distance du peloton de police militaire. Toutefois, lorsque le capitaine s’approcha de Tancrède avec des menottes bloque-exo, des soldats laissèrent exploser leur colère. Dans le concert de protestations, une voix plus forte que les autres se fit entendre.
« Bon Dieu, vous n’allez tout de même pas lui mettre les menottes comme à un vulgaire criminel ! »
C’était Liétaud. Il n’avait pas fait que parler, il s’était aussi avancé et quelques policiers avaient instinctivement reculé devant sa stature. D’autres soldats lui emboîtèrent le pas, le poing levé, visiblement décidés à en venir aux mains.
« Salauds, vous ne respectez donc rien ?
— On ne va tout de même pas laisser faire ça, les gars ?
— Relâchez-le immédiatement !
— Vous ne partirez pas avec lui ! »
Le capitaine s’arrêta juste devant Tancrède, hésitant.
« Si j’étais vous, lui dit Tancrède à voix basse, j’oublierais les menottes. »
L’homme se redressa et regarda autour de lui. Il disposait d’à peu près autant d’hommes qu’il en restait dans la 78e, mais cela ne semblait pas impressionner les soldats, dont certains avait même sorti leurs armes de leur fourreau. Mais surtout, le cordon de police qui les encerclait était maintenant lui-même encerclé par les autres unités couplées, dont les hommes, bien que moins échauffés, paraissaient tout aussi hostiles. Le capitaine sentit que la situation allait déraper d’un instant à l’autre.
« Vous pouvez faire quelque chose ? demanda-t-il à Tancrède.
— Pour commencer, rangez vos bloque-exo », répondit celui-ci.
L’officier, assez expérimenté pour savoir que, dans certaines situations, il ne fallait pas discuter, rempocha ses menottes puis recula de quelques pas en faisant signe aux deux hommes qui avaient saisi Tancrède par les bras de l’imiter.
Aussitôt, le lieutenant de la 78e I/C se retourna vers son unité et dit d’une voix suffisamment forte pour être entendue de tous :
« Soldats, écoutez-moi ! »
Voyant leur chef libre de ses mouvements, l’agitation diminua d’un cran.
« Soldats ! reprit Tancrède. Votre soutien me touche et me montre que j’avais raison d’être fier de vous ! Vous êtes le meilleur détachement que j’aie jamais eu à commander et je ne veux pas que des hommes de votre valeur subissent les conséquences d’un choix que j’ai fait en toute conscience. Ce combat n’est pas le vôtre, mes amis ! Laissez ces policiers exécuter leurs ordres, ils ne sont pas plus responsables que vous des erreurs de nos chefs ! »