La vieille qui marchait dans la mer
- Автор: Дар Фредерик
- Год: 2010
- Язык: французский
- ISBN: 978-2-265-08954-9
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «La vieille qui marchait dans la mer». Краткое содержание книги:
Un romancier ne l'a jamais, il obéit au papier, un point c'est tout !
Pour ma part, lorsque j'ai commencé ce livre, j'avais l'intention d'écrire une histoire cocasse, haute en couleur : celle d'une vieille aventurière qui se donne un dauphin avant de raccrocher, et le forme à l'arnaque.
Je ne me doutais pas, à cet instant, que j'allais commettre l'ouvrage le plus grinçant de ma carrière, m'enfoncer dans un conte de fées noir à vous en flanquer le vertige, et peut être même dépasser certaines limites.
Mais je ne regrette rien. Quand on est capable de tout il faut le prouver.
Un soirrrr, tout vibrrrrant d’espoirrrr…
Alors elle tendit la troisième et dernière photo :
— J’ai quarante ans !
Et il sut pourquoi elle prétendait que c’était son « âge culminant », celui du règne absolu. Un être à la splendeur sauvage lui sauta dans la rétine. Cela ressemblait réellement à une agression. Milady était en effet au paroxysme de sa beauté, mais on sentait chez elle un tempérament de feu et une froide détermination. Elle dominait sans discussion possible. Tout devait plier devant sa volonté, se courber sur son passage. Elle n’avait qu’à choisir : l’univers entier se tenait à sa disposition !
Le maquillage avait foncé. La coiffure s’était éclairée et elle commençait à coltiner de lourds bijoux hors de prix. Les sourcils pâles renforçaient l’intensité du regard. La bouche, plus pulpeuse que sur les précédents clichés, avait une voracité fascinante.
« Milady, vous m’effrayez, là-dessus. C’est votre saison « haute garce », la mère ! L’époque où vous avez fait votre plein de joyaux. Plumer les riches gogos mondains constituait un sport pour vous ! Une pipe, un diamant ! Vous avez dû en anéantir des mâles en transe, madame Dynamite ! La croqueuse de cailloux ! L’égérie de l’Orient-Express ! La reine des transatlantiques ! Je vous imagine, accoudée au bastingage du pont soleil, avec votre écharpe vaporeuse flottant au vent du large ! Comme vous étiez altière ! Et sauvagement belle ! Dominatrice ! Sûre de votre charme ! Vous baiser en ce temps-là, la vieille, constituait un danger. Tout ne devait être que calcul, chez vous, pute de super-luxe ! L’homme qui risquait sa queue entre vos cuisses baisait en réalité les rouages d’une implacable machine qui devait le détruire savamment. Ah ! l’admirable créature ! Basse créature, mais si somptueuse que j’en ai la chair de vous, je comprends que vous sonorisiez ces images du passé en faisant jouer cette musique craignos sur l’appareil qui vous l’a révélée. Antinéa ! Les millions d'Arlequin ! Il y a de la gondole au clair de lune, sur le Grand Canal, dans tout cela ; du prince russe ultime qui se ravage la gueule d’un coup de pétard ; des fume-cigarette de cinquante centimètres et des minaudières en or massif sur des tables de casinos ; des Hispano ou des Delage décapotables ; une effervescence d’hommes en habit qui devaient grouiller sur vous comme des asticots sur la charogne que vous étiez en puissance ! »
— Tu m’as l’air lointain, petit d’homme ?
— Pas plus lointain que ces photos, Milady !
— A quelle période me préfères-tu ? demanda-t-elle en les plaçant en éventail.
Il hocha la tête et répondit, sincère :
— A présent !
Elle fut stupéfiée par sa réponse, crut à quelque boutade courtisane.
— C’est impossible, voyons !
— C’est la logique même, Milady. En ce moment, vous êtes ; sur ces clichés, vous avez été ! Ils expriment parfaitement votre passionnante trajectoire, mais c’est à l’arrivée que je vous trouve le plus fantastique.
— Une guenon maquillée, soupira-t-elle.
— Mais quelle guenon, Milady ! Formidable personnage ! Un concentré de vie, d’intelligence et d’énergie. Soyez rassurée : vous n’inspirez plus le désir physique, mais vous fascinez et provoquez l’amour spirituel.
Il ajouta, en promenant son doigt sur les trois images qu’elle tenait toujours :
— Cela, c’était le cheminement conduisant au trône que vous occupez désormais, Milady ! Ces trois admirables femmes que vous me montrez, je les situe, j’apprends tout d’elles en les regardant attentivement. Mais vous, telle que vous voilà, avec votre canne de métal et votre robe de cour, vous constituez une énigme ! Plus vous consentez à vous révéler, plus votre mystère s’épaissit. On est subjugué. Vous faites peur et vous captivez à la fois ! Si je vous avais connue à l’une de ces trois époques, il est probable que j’aurais été fou de vous ! Fou mais affreusement malheureux. En ce moment, je suis également fou de vous, mais je me sens heureux comme je ne l’ai jamais été.
— Oh ! toi, je t’adore ! s’écria Lady M. Je t’adore ! Je t’adore ! Je t’adore ! Mon tard venu ; mon dernier amour.
Elle détourna les yeux du garçon et ajouta :
— Tout à l’heure, pendant que tu étais allongé sur mon lit, il m’est venu une pensée insensée, Lambert. Si folle que j’ose à peine l’exprimer.
Il attendit en la regardant droit dans les yeux.
— J’aimerais que tu dormes avec moi, fit-elle. Je ne dis pas coucher mais dormira. Ce serait… Comment te dire ? Tu comprends cela, toi qui comprends tout ?
— Oui, dit-il, je comprends. Je suis d’accord, Milady. Dormons ensemble.
Miguel, son moniteur, ne lui faisait pas de cadeau et le promenait sur le court avec jubilation : une balle à gauche, une balle à droite ; coup droit, revers ! Une balle longue, une balle coupée. Lambert avait à cœur de tout rattraper et se « défonçait comme un malade ». Le moniteur ne comprenant pas le français, il l’injuriait en courant.
— Aux pieds, grand con ! Aux pieds, bordel ! Ça t’amuse de me rendre cardiaque, Espago de mes deux ! Ah ! si je pouvais t’en plomber une en pleine gueule !
Après un long moment d’efforts exténuants, il finit par crier grâce.
— Very good ! le complimenta le moniteur.
Lambert gagna son banc, ruisselant de sueur. Il s’essuya avec sa serviette et prit la bouteille d’eau minérale con gas qu’il amenait régulièrement. Dans le mouvement, il aperçut une jeune femme brune, accoudée au garde-fou limitant les gradins du court. Elle le regardait en souriant et il pensa qu’elle devait parler le français et que c’était ses invectives à son partenaire qui l’amusaient.
— Ce boeuf andalou prend un malin plaisir à me tuer ! lui lança-t-il en matière d’excuse.
— C’est un vicieux, admit-elle.
— Vous êtes française ?
— Très bonne question à vingt francs ! répondit la fille ; en effet, je suis extrêmement française.
Elle portait une jupette blanche et la perspective ascendante permettait à Lambert de voir la culotte blanche de la jeune femme, d’autant plus aisément qu’elle avait posé un pied sur le muret. La vision le charma. Il trouvait la fille agréable. Il se dégageait d’elle quelque chose de joyeux. Elle semblait simple et pleine de vie.
— En vacances ? demanda-t-il.
— Chez des amis qui préfèrent le golf au tennis. Je dois louer un moniteur, moi aussi, ou alors faire du mur, mais ça manque de conversation.
— C’est cézigue, votre moniteur ? questionna Lambert en montrant Miguel.
— Il s’appelle Miguel et vous êtes sur le court principal ?
— Oui.
— Alors c’est lui. J’espère qu’il ne va pas me malmener comme vous ! Quel ogre ! Il ressemble davantage à un déménageur de pianos qu’à un moniteur de tennis.
— Si vous ne parlez pas l’espagnol, vous n’aurez guère plus de conversation avec lui qu’avec un mur. A l’exception de quelques phrases d’anglais, dites « usuelles ». De celles qui figurent à la fin des dictionnaires de poche.
Il vida d’un trait ce qui subsistait d’eau dans sa bouteille et regarda sa montre. Il ne lui restait plus que cinq minutes de leçon.
— Stop ! dit-il à Miguel, lequel ramassait les balles éparses à l’aide d’un ingénieux panier à manches qu’il suffisait d’appliquer sur les balles pour les récupérer. Ensuite, on retournait les bras du panier pour les transformer en pieds.
Miguel eut un sourire triomphant.