Le soleil des rebelles
- Автор: Fulvio Luca di
- Серия: Gang #3
- Год: 2018
- Язык: французский
- Год: Éditions Slatkine & Cie
- ISBN: 978-2889440481
- Переводчик: Françoise Brun
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Le soleil des rebelles». Краткое содержание книги:
Le jeune prince Marcus est encore un enfant lorsqu'il assiste impuissant au massacre de toute sa famille.
Seul rescapé de cette boucherie ennemi héréditaire de la famille de Marcus qui va s'asseoir sur le trône, Marcus ne doit son salut qu'à la jeune Héloïse, fille d'Agnès, la lavandière du village qui l'accueillera sous son toit pour l'élever comme s'il était son fils.
« Ça, c’est bien ! » Le vieil homme se redressa. « Ni trop vite ni trop lentement. Tu vas piocher jusqu’au bois, toute cette partie, sur deux brasses de large. Ça va te prendre plusieurs heures, si tu le fais en faisant attention. Quand je reviendrai, je veux que tout soit fini. Et je vérifierai si le travail a été fait soigneusement. Je t’assure que je verrai si tu as fait du bon travail ou pas. » Il prit un sac et se dirigea vers le bois, sans plus se retourner pour vérifier.
Mikael resta immobile, la pioche imaginaire entre les mains. Il se sentait bête. Il s’assit par terre, en se disant que le vieux n’aurait aucun moyen de savoir, à son retour, s’il avait vraiment travaillé un champ imaginaire avec une pioche imaginaire. Au bout d’un certain temps à rester assis, il se sentit mal à l’aise. Et il éprouva de la colère. Si le vieux voulait être sûr qu’il travaille, il n’avait qu’à rester là pour vérifier. Qui pouvait être assez stupide pour piocher sans pioche ?
Mais plus le temps passait, plus son malaise augmentait. Enfin, à sa propre surprise, il se leva, ramassa la pioche imaginaire et commença à travailler, avançant pas après pas vers le bois. Il levait la pioche au-dessus de sa tête, courbait puis redressait le dos, faisait partir le coup, fléchissait les jambes, observait l’inclinaison avec laquelle il parvenait à déchausser la motte. Et peu à peu il commença même à s’amuser. Il pensa qu’il avait raté certains coups, et s’appliqua à y remédier et à s’améliorer. Il se dit, en riant, qu’il espérait que le vieux ne verrait pas combien de mottes mal déchaussées il laissait derrière lui. À un moment, il revint même sur ses pas, feignant de corriger et d’arranger certains endroits du champ qui n’avaient pas été piochés comme Raphael l’aurait voulu.
À la moitié de l’après-midi, ses épaules lui faisaient mal. Ses jambes aussi. Et son dos se faisait sentir. Il était en nage. Mais il était arrivé jusqu’au bois. Alors il planta la pioche imaginaire dans la terre et se retourna pour voir le travail accompli.
« Tu es content de toi ? », dit la voix profonde du vieil homme derrière lui, le faisant sursauter.
Mikael rougit violemment.
« Prends la pioche, dit Raphael, on retourne à la cabane et je vérifierai ton travail. »
Mikael fit semblant de reprendre la pioche et le suivit tandis que Raphael examinait le champ. Parfois il acquiesçait, d’autres fois il hochait la tête. Et Mikael eut l’impression qu’il hochait la tête exactement là où il avait mal pioché.
Quand ils arrivèrent à la cabane, Raphael le regarda et sourit. « Tu as bien travaillé. Je suis fier de toi. Demain tu apprendras comment on fait pour bêcher. Puis à semer et à faucher, et à ramasser l’herbe au râteau pour qu’elle sèche vite, sans pourrir. Mais pour aujourd’hui, tu as fait ton devoir. Dans les bois, j’ai trouvé de magnifiques cèpes que nous mangerons avec de la viande et du miel, qu’est-ce que tu en dis ? »
Mikael ne savait que penser. Ce vieux se comportait comme un fou. Pourtant, il n’avait pas vraiment l’air fou.
Le dîner fut délicieux. Si bon que Mikael ne fut pas trop triste. Il lui rappelait ceux de son enfance, quand il vivait au château et qu’il était prince héréditaire de Saxe. Mais cela ne dura qu’un instant, car il n’arrivait plus à se souvenir vraiment de sa vie d’avant. Il se rappelait son père, sa mère, sa petite sœur, la gouvernante Eilika et chacun des habitants du château, mais il n’arrivait pas à se voir. Il était comme une silhouette floue.
« Nous sommes ce que nous sommes en ce moment, Mikael, dit le vieil homme comme s’il lisait dans ses pensées. Nous sommes ce que nous sommes au moment exact où nous le sommes. » Il se leva, alla jusqu’à une petite étagère en sapin et prit un livre. « Tu sais lire, gamin ?
— Oui », dit Mikael.
Raphael lui tendit le livre et s’assit dans une chaise à bascule. « Tu veux bien lire ce livre pour moi ? »
Mikael l’ouvrit à la première page. Il vit des mots incompréhensibles. « C’est une langue que je connais pas…
— Moi non plus, dit Raphael. C’est du latin. »
Mikael le regarda sans comprendre.
« Si je comprenais ce qui est écrit, gamin, je n’aurais plus besoin de ce livre, puisque je l’aurais lu. Alors que si je comprends pas ce qu’il dit, je peux le lire toute ma vie, et imaginer chaque fois qu’il raconte une histoire différente. »
Mikael resta immobile, le livre ouvert à la première page.
« Lis, l’exhorta Raphael.
— Vi… vi… virum bonum quo lau… laudabant, ita lau… dabant : bonum agricolam bonu… mque colonum ; amplis… sime laudari existima… batur qui ita lauda… lauda… batur. Mercatorem autem strenuum studiosum… que rei qua… erendae existimo, verum, ut supra dixi, pericu… losum et calamitosum… »
Il continua ainsi, hésitant sur chacun de ces mots inconnus. Quand il eut lu une dizaine de pages à la faible lueur de la chandelle, Mikael sentit que ses yeux se fermaient.
Raphael s’en aperçut et lui fit signe de s’arrêter. « Merci, dit-il. Quelle histoire intéressante ! Et toi ?
— Moi… quoi ?
— Tu as réussi à imaginer une histoire intéressante ?
— Non…
— Tu verras, peu à peu tu y arriveras. » Raphael se tourna vers lui pour le regarder. « Mais tu as pioché un champ entier tout seul. Et ça, tu dois en être fier.
— Oui…, dit Mikael gêné.
— Allons dormir. Demain tu feras connaissance avec la bêche », dit le vieux en s’étendant sur sa couche et en s’enroulant dans une peau de loup.
Mikael s’étendit sur la paille qu’il lui avait préparée, et s’enveloppa lui aussi dans une peau de loup.
Tandis qu’il s’endormait, il se rendit compte qu’il avait l’impression d’avoir vraiment pioché tout seul un champ entier. Et il se sentait fier, intérieurement, exactement comme avait dit Raphael.
Alors, il pensa à Eloisa.
19
Le lendemain matin, Raphael prit une bêche et expliqua à Mikael pourquoi on s’en servait et comment. Puis il montra la clairière herbue.
« Hier tu as pioché ce champ. Aujourd’hui, tu te serviras de la bêche pour aller encore plus profond et retourner les mottes pour que la terre soit nourrie et renouvelée, prête à recevoir la semence. »
Mikael acquiesça.
« Mais tu ne pourras pas faire tout le champ seul en une journée. Donc je t’aiderai, continua Raphael. Moitié toi, moitié moi. D’accord ? »
Mikael acquiesça encore.
« Au travail », dit le vieil homme. Il alla jusqu’au milieu de la clairière et commença à faire semblant de bêcher.
Mikael le regarda et se sentit embarrassé.
« Allez, gamin, sinon tu n’auras jamais fini ce soir », dit Raphael sans même se retourner.
Mikael empoigna la bêche imaginaire comme venait de le lui montrer le vieux, la planta dans la terre, appuya son pied dessus et poussa vers le bas. Il se plia sur ses deux jambes et fit levier, feignant de retourner une grosse motte de terre compacte. Puis il changea sa prise sur la bêche, qu’il leva et abaissa plusieurs fois sur la motte, jusqu’au moment où il imagina qu’il l’avait morcelée.
Son doigt fracturé lui faisait encore mal. Et quand il refermait ses mains il sentait encore les ampoules le brûler. Mais il continua jusqu’au moment où Raphael décida que c’était l’heure de déjeuner. Puis il reprit le travail et finit de bêcher sa moitié de champ.
Pendant que Raphael faisait cuire une soupe d’orge et de lapin avec des navets, il envoya Mikael à la lisière du bois ramasser le plus de limaces noires possible. Quand il revint, le vieil homme racla délicatement la bave avec la lame d’un couteau, et l’étendit sur les paumes de Mikael. Puis il lança les limaces dans le pré.