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Le soleil des rebelles

Электронная книга - «Le soleil des rebelles». Краткое содержание книги:

Le nouveau Luca di Fulvio !
Le jeune prince Marcus est encore un enfant lorsqu'il assiste impuissant au massacre de toute sa famille.
Seul rescapé de cette boucherie ennemi héréditaire de la famille de Marcus qui va s'asseoir sur le trône, Marcus ne doit son salut qu'à la jeune Héloïse, fille d'Agnès, la lavandière du village qui l'accueillera sous son toit pour l'élever comme s'il était son fils.
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— Maintenant quoi ?

— Qu’est-ce que je dois faire ?

— T’as travaillé. T’as fait ton devoir. Qu’est-ce que tu veux encore de moi ? dit le vieux. Pour qui tu me prends ? Pour ta nourrice ? Tu crois que je suis là pour jouer avec toi ? Fais ce que tu veux. »

Mikael le regarda d’un air perdu.

Raphael lui tourna le dos. « Si vraiment tu ne sais pas quoi faire, ramasse des petites branches sèches pour le feu. »

Mikael alla à la lisière du bois et passa une bonne partie de la journée à ramasser des branches sèches qu’il entassa derrière la maison. Puis il vadrouilla dans la clairière, observant les insectes. Enfin il revint au petit carré de champ qu’il avait pioché et resta là à le regarder. Avec fierté. Puis il fit semblant de piocher et se mit à rire.

“Depuis combien de temps tu n’avais pas ri ?”, se disait Raphael qui le surveillait par la fenêtre de la cabane. Puis il cria : « T’es où gamin ? J’ai faim ! Je veux manger ! »

Le soir, Mikael lut le livre en latin, répondit à Raphael qu’il n’avait imaginé aucune histoire, le vieux lui dit que ça n’avait aucune importance, et qu’un jour ou l’autre ça arriverait. Enfin, ils se couchèrent.

Dans le noir, avant de s’endormir, Mikael cracha de nouveau sur ses ampoules.

Le lendemain, il utilisa la bêche.

Le soir, au lit, dans l’obscurité, il sentit une drôle de douleur dans ses épaules et dans ses bras. Une douleur vague, qui lui donnait presque du plaisir. Il toucha ses épaules et fut surpris de ce qu’il sentit. Alors il toucha aussi ses bras. Et il eut la même surprise. « Monsieur, vous dormez… ? demanda-t-il doucement d’une voix inquiète.

— Dis-moi, gamin.

— Il m’est arrivé quelque chose aux épaules…

— Oui…

— Et aux bras…

— Qu’est-ce qui t’est arrivé, exactement ?

— Ils sont devenus… gonflés.

— Gonflés ?

— Plus gros, quoi. »

Raphael se mit à rire. « Ces gonflements, ça s’appelle des muscles, gamin. »

Un silence suivit. « Des muscles ? », dit enfin Mikael.

Raphael rit, puis se tourna sur le côté et s’endormit.

Mikael resta éveillé une grande partie de la nuit à tâter ses épaules et ses bras. De temps en temps il disait, à voix basse : « Des muscles ! »

Le jour suivant, il fuma la terre en répandant de la bouse de vache qu’il mêlait à de la tourbe avec sa pelle. Et le lendemain il arracha les mauvaises herbes du champ, puis faucha, retourna le foin au râteau, et quand il fut sec le rassembla à la fourche puis le lia en grosses et lourdes bottes à l’aide de petits rameaux souples de saule.

Et chaque fois, avant de travailler, il crachait dans ses mains et vérifiait ses muscles.

Puis, chaque soir, il lisait le livre, sans réussir à imaginer une histoire.

Vint un matin où Raphael lui dit : « Maintenant, tu es prêt. Demain tu retourneras au village. »

Les yeux de Mikael se remplirent d’effroi. Sa respiration devint difficile. Et il sentit une douleur dans sa poitrine. Il avait de la peine, profondément.

« Non… », dit-il tout bas.

Raphael fit semblant de n’avoir pas entendu.

Ce jour-là, Mikael n’eut aucune tâche à accomplir. La journée n’en finissait pas, et en même temps passait trop vite. Sa tête était pleine de pensées effrayantes, et terriblement vide. Le soir, il lut le livre en latin. Il ne voyait presque pas les mots tant ses yeux étaient voilés de larmes.

« Tu as imaginé une bonne histoire ?

— J’ai pensé à un enfant…, répondit Mikael ce soir-là.

— Et ?…

— Non, peut-être que c’était pas un enfant.

— Et qui c’était ?

— Un rat…

— Et il faisait quoi, ce rat ?

— Il s’appelait Hubertus…

— Oui…

— Mais c’était pas lui qui avait choisi son nom… »

Raphael attendait en silence.

« Il était pas capable de se choisir un nom…

— Comment ça ?

— Parce que c’était un rat…

— Je comprends.

— Ou peut-être… parce qu’il avait trop peur… »

Raphael acquiesça. « Et puis ?

— Je sais pas…

— Elle s’arrête là, ton histoire ?

— Le rat… Hubertus… il savait pas… » Mikael s’interrompit.

Raphael resta silencieux.

« Ben… reprit tout bas Mikael, Hubertus…

— Dis-moi…

— Hubertus, il sait pas qui il est. »

Raphael éteignit la chandelle. La pièce fut plongée dans le noir. « C’est l’histoire la plus belle que j’aie jamais entendue », murmura-t-il, ému.

Aucun des deux ne parla plus.

À l’aube, Raphael monta sur son mulet. Mikael suivant à pied, ils redescendirent vers la Raühnvahl. Il s’aperçut qu’il fatiguait moins que lors de son retour avec Agnete. Ses jambes se déplaçaient avec vitesse et assurance.

Au pont de bois qui donnait dans la vallée, Raphael arrêta son mulet.

Mikael regardait fixement le village et sentait son cœur battre la chamade.

« Regarde tes mains », dit Raphael.

Mikael regarda ses mains.

« Est-ce que c’est les mêmes que quand tu t’es sauvé ?

— Non…

— Touche tes épaules, tes bras, tes jambes. C’est les mêmes que quand tu t’es sauvé ?

— Non.

— Non, répéta le vieux, solennellement. Et toi non plus tu n’es plus le même. Tu es devenu plus fort.

— Mais si Eberwolf…

— Qui ? le coupa Raphael.

— Elderstoff…

— Ah, ce couillon d’Elderstoff, oui. J’ai cru un instant que tu parlais d’un dragon. Continue. »

Mikael regarda de nouveau le village. « Rien, dit-il.

— Viens me voir quand tu veux, dit Raphael. Mais demande d’abord la permission à Agnete.

— Oui… » Mikael se tourna vers le vieux. « Maintenant je dois y aller, pas vrai ? »

Raphael le regarda en silence. « Moi, je peux voir combien ton cœur est grand, gamin. »

Mikael baissa les yeux.

« Tu sais qui c’est, Hubertus ? », dit Raphael.

Mikael leva les yeux vers lui.

« Il est comme nous, Hubertus… Il est tous les défis qu’il affronte. »

Mikael acquiesça, même s’il ne comprenait pas tout à fait ce que le vieux voulait dire. Il tourna de nouveau le regard vers la vallée. Et fit un premier pas sur le pont.

« Attends », lui dit Raphael.

Mikael se retourna.

Raphael sortit des sacoches du mulet le livre qu’ils avaient lu tous les soirs. « Tiens, dit-il en le lui donnant. Je veux que tu l’aies. »

Mikael tendit la main, timidement, et prit le livre.

« Il y a toutes les histoires là-dedans, dit Raphael. Mais rappelle-toi de ne jamais apprendre le latin si tu veux que la magie se répète à l’infini. Sinon, ça ne sera plus qu’un livre, et la magie s’évanouira. » Il éclata de rire, talonna son mulet et fit demi-tour, grimpant la montagne.

« Moi, je peux voir combien ton cœur est grand, gamin », se dit Mikael, tout doucement, effrayé. Alors il franchit le pont, arriva au village et frappa à la porte d’Agnete.

Eloisa ouvrit la porte. Elle écarquilla les yeux de joie et s’exclama : « Mère, Mikael est revenu ! » Et pour ne pas l’embrasser elle lui donna un coup de poing, et lui cria : « Crétin ! ».

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