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Le sorcier de Terremer [A wizard of Earthsea - fr]

Электронная книга - «Le sorcier de Terremer [A wizard of Earthsea - fr]». Краткое содержание книги:

Le passé ou le futur ?Un monde : Terremer.Une planète harmonieuse d’îles et d’océans, de golfes, d’archipels et de récifs, où les sociétés de l’homme se sont éparpillées, diversifiées. Sous le signe de la magie. Une magie expliquée, construite par les forces mêmes de ce monde. Une magie dépendante des éléments et des animaux.C’est au nord de Terremer, dans l’île de Gont, que naît Ged, très tôt surnommé l’Epervier. Il parle aux oiseaux, au bétail. Elevé dans la connaissance des invocations élémentaires, il part, très jeune encore, pour l’île de Roke. Là, guidé par l’Archimage, il découvre l’étendue de ses pouvoirs. Il devient maître en l’art des illusions et, surestimant ses talents, libère dans la réalité une entité de cauchemar, une émanation du royaume des morts. Magicien hanté, il affronte le monde en même temps qu’un ennemi indicible devant lequel la sorcellerie reste sans moyens.
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— « Il me faut ce que je ne puis savoir. Son nom. »

— « Le Terrenon, qui sait toutes les naissances, les morts et les existences avant comme après la mort, les non-nés et les non-mourants, le monde de la nuit, te dira ce nom. »

— « Et le prix ? »

— « Il n’y a pas de prix. Je te dis qu’il t’obéira, qu’il te servira comme un esclave. »

Ébranlé, tourmenté, Ged ne répondit pas. Elle tenait à présent sa main dans les deux siennes, et le dévisageait. Le soleil avait sombré dans les brumes qui rongeaient l’horizon, et l’air s’était également embrumé, mais le visage de Serret s’illuminait de satisfaction et de triomphe à mesure qu’elle l’observait et voyait sa volonté fléchir en lui. Elle murmura avec douceur : « Tu seras plus puissant que tous les hommes, tu deviendras parmi eux un roi. Tu régneras, et avec toi je régnerai… »

Soudain, Ged se leva ; et, avançant d’un pas, juste au détour du mur de la longue salle, il aperçut près de la porte le Seigneur de Terrenon qui écoutait, un léger sourire sur les lèvres.

Les yeux de Ged s’éclaircirent, et avec ses yeux son esprit. Il abaissa les yeux sur Serret. « C’est la lumière qui défait les ténèbres », dit-il avec hésitation, « la lumière ».

Prononçant cette phrase, comme si les mots apportaient soudain la lumière, il comprit qu’il avait bel et bien été attiré en ce lieu, qu’ils l’avaient trompé, qu’ils s’étaient servis de sa peur pour le guider et qu’une fois tombé entre leurs mains, il n’aurait pas pu repartir. Certes, ils l’avaient arraché aux griffes de l’ombre, parce qu’ils ne voulaient pas qu’il fût un possédé de l’ombre avant d’être devenu esclave de la Pierre. Une fois sa volonté capturée par le pouvoir de la Pierre, ils auraient laissé l’ombre entrer à l’intérieur de l’enceinte, car un gebbet fait un meilleur esclave qu’un homme. S’il avait une seule fois touché la Pierre, ou s’il lui avait parlé, il aurait été perdu à jamais. Mais tout comme l’ombre n’avait pu tout à fait le rattraper et s’emparer de lui, de même la Pierre n’avait pu user de lui totalement. Il avait presque cédé, mais pas tout à fait. Il n’avait pas consenti, et il est très difficile pour le Mal de prendre possession d’une âme non consentante.

De chaque côté se trouvaient les deux êtres qui, eux, avaient cédé, qui avaient consenti ; ils se regardaient. Benderesk s’avança.

Le Seigneur de Terrenon dit à sa dame d’une voix sèche : « Ne t’avais-je pas dit, Serret, qu’il te glisserait des mains ? Tes sorciers gontois sont peut-être insensés, mais ils ne sont pas nés de la dernière pluie. Et toi, tu es tout aussi insensée de t’imaginer que tu peux nous duper, que tu peux nous soumettre tous les deux par ta beauté et faire usage du Terrenon à tes propres fins. Mais c’est moi qui suis le Seigneur de la Pierre, et voici ce que je fais de l’épouse déloyale : Ekavroe ai oelwantar ! » C’était un sort de Changement, et Benderesk venait d’élever ses longues mains pour transformer la femme tremblante de peur en quelque hideuse chose, en pourceau, en chien ou en vieille sorcière baveuse. Aussitôt, Ged s’avança et, frappant les mains du seigneur, les abaissa en prononçant un seul mot, un mot très court. Et bien qu’il n’eût pas de bâton et se tînt en terre maudite et étrangère, sur le domaine d’une puissance noire, sa volonté prévalut. Benderesk fut figé sur place, son regard obscurci, aveugle et rempli de haine fixé sur Serret.

« Viens », dit-elle d’une voix frêle. « Viens vite, Épervier, avant qu’il n’appelle les Serviteurs de la Pierre… »

Et comme pour faire écho à ses mots, un murmure se propagea dans la tour à travers toutes les pierres du sol et des murs, un murmure sec et tremblant, comme si la terre elle-même allait se mettre à parler.

Serret saisit la main de Ged. Ils franchirent en courant les passages et les salles, dévalèrent les grands escaliers en colimaçon et parvinrent enfin dans la cour où les dernières lueurs du jour couvraient d’argent la neige souillée et piétinée. Trois des serviteurs du château leur barraient le chemin, l’air sinistre et inquisiteur, comme s’ils avaient suspecté Ged et Serret d’avoir comploté contre leur maître. « La nuit tombe, Dame », dit l’un d’eux, et un autre ajouta : « Vous ne pouvez sortir à cheval à cette heure. »

— « Hors de mon chemin, immondes valets ! » cria Serret, puis elle dit quelque chose dans la sifflante langue osskilienne, et les hommes s’écartèrent d’elle, tombèrent et se tordirent à terre. L’un d’eux se mit à hurler comme une bête.

« Nous devons sortir par la porte, il n’y a point d’autre issue. La vois-tu ? La trouves-tu, Épervier ? »

Elle le tirailla par le bras, mais il hésitait toujours. « Quel sort leur avez-vous jeté ? »

— « J’ai fait couler du plomb bouillant dans la moelle de leurs os, ils en périront. Vite, te dis-je, il va lâcher sur nous les Serviteurs de la Pierre, et je ne puis trouver la porte… elle est protégée par un charme puissant. Vite ! »

Ged ne savait ce qu’elle voulait dire, car pour lui la porte enchantée était aussi visible que la voûte de pierre devant laquelle il se tenait, à l’entrée de la cour. Il mena Serret par le porche, traversa l’avant-cour recouverte de neige vierge puis, après avoir prononcé un mot d’Ouverture, il franchit avec elle la porte de la muraille de sorts.

Une fois qu’ils eurent franchi cette porte et quitté le crépuscule d’argent du Château de Terrenon, elle se transforma. Elle n’était pas moins belle dans la lugubre lumière de la lande, mais à sa beauté s’ajoutait maintenant un féroce regard de sorcière. Ged la reconnut enfin. C’était la fille du Seigneur de Re Albi, fille d’une sorcière d’Osskil, qui s’était jouée de lui dans les verts pâturages au-dessus de la maison d’Ogion, il y avait bien longtemps, et l’avait envoyé lire la formule funeste avec laquelle il avait libéré l’ombre. Mais ces pensées ne s’attardèrent pas longtemps dans son esprit, car maintenant il regardait autour de lui, tous ses sens aux aguets, cherchant son implacable ennemi, l’ombre qui devait l’attendre quelque part en dehors des murailles magiques. L’ombre pouvait être encore ce gebbet vêtu de la mort de Skiorh, ou elle pouvait être dissimulée dans les ténèbres tombantes, guettant son heure pour s’emparer de lui et fondre son informe nature dans sa chair vivante. Ged sentait qu’elle était proche, mais ne la voyait pas. Peu après, à quelques pas de la porte, il aperçut une petite chose noire à demi enfouie sous la neige ; il se pencha, puis avec douceur la prit dans ses deux mains. C’était l’otak. Son pelage délicat était maculé de sang, et son petit corps était raide, froid et sans poids.

« Change-toi ! Change-toi ! Ils arrivent ! » cria Serret en attrapant son bras et en désignant la tour qui se dressait derrière eux comme une grande dent blanche dans le crépuscule. Des créatures noires étaient en train de sortir en rampant par les meurtrières du bras de la tour, et battant lentement des ailes, qu’elles avaient gigantesques, elles décrivirent de grands cercles, passant par-dessus les remparts et s’approchant de Ged et de Serret, à qui le flanc de la colline n’offrait pas la moindre protection. Le rauque chuchotement qu’ils avaient perçu à l’intérieur de la forteresse était maintenant devenu beaucoup plus fort, comme une vaste plainte frissonnante dans la terre, sous leurs pieds.

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