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Le sorcier de Terremer [A wizard of Earthsea - fr]

Электронная книга - «Le sorcier de Terremer [A wizard of Earthsea - fr]». Краткое содержание книги:

Le passé ou le futur ?Un monde : Terremer.Une planète harmonieuse d’îles et d’océans, de golfes, d’archipels et de récifs, où les sociétés de l’homme se sont éparpillées, diversifiées. Sous le signe de la magie. Une magie expliquée, construite par les forces mêmes de ce monde. Une magie dépendante des éléments et des animaux.C’est au nord de Terremer, dans l’île de Gont, que naît Ged, très tôt surnommé l’Epervier. Il parle aux oiseaux, au bétail. Elevé dans la connaissance des invocations élémentaires, il part, très jeune encore, pour l’île de Roke. Là, guidé par l’Archimage, il découvre l’étendue de ses pouvoirs. Il devient maître en l’art des illusions et, surestimant ses talents, libère dans la réalité une entité de cauchemar, une émanation du royaume des morts. Magicien hanté, il affronte le monde en même temps qu’un ennemi indicible devant lequel la sorcellerie reste sans moyens.
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Ged ne répondit pas davantage, intrigué autant que soupçonneux. Il eût presque dit qu’elle le mettait à l’épreuve, mais conclut que pour en parler avec une telle légèreté, elle ne devait avoir aucune notion de la nature de cette pierre. Elle savait d’elle trop peu de choses pour la redouter. « Dis-moi quels sont ses pouvoirs », dit-il enfin.

— « Elle fut faite avant le jour où Segoy tira de la Mer Ouverte les îles du monde. Elle fut faite lorsque fut fait le monde lui-même, et subsistera jusqu’à la fin du monde. Le temps n’est rien pour elle. Pose-t-on la main sur elle en l’interrogeant, elle répond, suivant le pouvoir que l’on possède. Elle a une voix, si l’on sait l’écouter. Elle peut parler des choses qui ont été, qui sont et qui seront. Elle a parlé de ta venue, bien avant que tu n’arrives dans cette contrée. Veux-tu l’interroger maintenant ? »

— « Non. »

— « Elle te répondra. »

— « Je n’ai nulle question à lui poser. »

— « Elle pourrait te dire », murmura Serret avec douceur, « par quel moyen défaire ton ennemi. »

Ged ne desserra pas les lèvres.

« Crains-tu la pierre ? » lui demanda-t-elle comme si elle n’eût pu croire une telle chose, et il lui répondit : « Oui. »

Dans le froid et le silence de mort de la cellule cernée par des murs et des murs de sortilèges et de pierres, à la lueur de l’unique chandelle qu’elle tenait à la main, Serret le regarda de nouveau avec des yeux brillants. Elle dit : « Épervier, tu n’as pas vraiment peur. »

— « Mais je ne veux pas parler avec cet esprit » répondit Ged, et, lui faisant maintenant entièrement face, il ajouta : « Gente Dame, cet esprit est scellé dans une pierre, et la pierre est condamnée par un sort-liant, un sort aveuglant, un charme d’arrêt et de garde et trois murailles de forteresse dans un pays désolé et stérile, non parce qu’elle est précieuse, mais parce qu’elle peut faire un mal immense. J’ignore ce qu’on vous a dit lorsque vous êtes arrivée ici, mais vous qui êtes jeune et avez le cœur bon, vous ne devriez jamais toucher cette chose, ni même la regarder. Elle ne peut vous procurer aucun bien. »

— « Je l’ai touchée. Je lui ai parlé, et l’ai entendue parler. Elle ne me fait aucun mal. »

Elle se retourna et ils rebroussèrent chemin, franchissant portes et passages jusqu’aux larges escaliers de la tour, où brûlaient des torches. Elle souffla sa chandelle et ils se séparèrent en n’échangeant que quelques mots.

Cette nuit-là, Ged dormit peu. Ce n’était pas la pensée de l’ombre qui le tenait éveillé, car cette pensée était maintenant presque chassée de son esprit par la vision obstinée de cette pierre sur laquelle reposait la tour, et celle du visage de Serret tourné vers lui, à la fois clair et ombré à la lueur de la chandelle. Il avait l’impression que ses yeux ne cessaient de le fixer, et essayait de se souvenir avec précision de son regard au moment où il avait refusé de toucher la pierre. Qu’avait-il vu luire dans ses yeux, le dédain ou la peine ? Lorsque enfin il se coucha et s’endormit, les draps de soie du lit étaient froids comme la glace, puis il ne cessa de se réveiller dans l’obscurité, songeant à la pierre et aux yeux de Serret.

Le lendemain, il la trouva dans la salle de marbre gris voûtée qu’illuminait à présent le soleil tendant vers l’ouest. Elle y passait fréquemment ses après-midi jouant ou bien filant avec ses dames de compagnie. Il lui dit « Dame Serret, je vous ai fait affront. Veuillez me pardonner. »

— « Mais non », lui répondit-elle, d’un air songeur, en répétant : « Non… » Elle renvoya ses dames de compagnie, et lorsqu’ils furent seuls, elle se tourna vers Ged. « Mon hôte, mon ami », dit-elle, « tu es très clairvoyant, mais peut-être ne vois-tu pas tout ce qui est visible. À Gont, à Roke, on enseigne de hauts sortilèges. Mais on n’enseigne pas tous les sortilèges. Ceci est Osskil, le Pays des Corbeaux, ce n’est pas une contrée hardique sous la domination des mages, et ceux-ci n’en savent que bien peu. Des choses se passent ici, dont les maîtres du savoir du Sud ignorent tout, et il existe également des choses qui ne sont point nommées dans la liste des Nommeurs. On craint toujours ce que l’on ne connaît pas. Mais tu n’as rien à craindre ici, au Château de Terrenon. Un homme plus faible pourrait avoir peur, certes. Mais pas toi. Tu es né avec le pouvoir de maîtriser ce qu’il y a dans cette pièce scellée. Je sais cela. C’est pourquoi tu es ici aujourd’hui. »

— « Je ne comprends pas. »

— « C’est parce que mon seigneur Benderesk n’a pas été entièrement franc à ton égard. Mais moi, je serai franche. Viens t’asseoir près de moi. »

II s’assit à côté d’elle sur la banquette de la fenêtre, que recouvrait un épais coussin. Les derniers rayons du soleil, passant au ras de la fenêtre, les inondaient d’un éclat sans chaleur ; plus bas, sur la lande qui commençait à s’obscurcir, la neige de la nuit précédente, qui n’avait toujours pas fondu, formait un blanchâtre linceul.

Elle parla avec une extrême douceur. « Benderesk est Seigneur et Héritier du Terrenon, mais il ne peut user de cette chose, il ne peut faire en sorte qu’elle serve pleinement sa volonté. Je ne le puis pas davantage, que je sois seule ou avec lui. Ni lui ni moi n’avons le don et le pouvoir requis. Et toi, tu possèdes les deux. »

— « Comment le savez-vous ? »

— « La pierre elle-même nous l’a dit ! Je t’ai déjà appris qu’elle avait parlé de ta venue. Elle connaît son maître. Elle attendait que tu viennes. Elle attendait avant même ta naissance, elle attendait celui qui seul pourrait la maîtriser. Et celui qui parvient à faire en sorte que le Terrenon réponde à ses questions et accomplisse sa volonté, celui-là dispose du pouvoir sur sa propre destinée : la force d’écraser n’importe quel ennemi, de ce monde ou d’un autre, la prévoyance, le savoir, la richesse, la domination, et à ses ordres une sorcellerie capable d’humilier l’Archimage lui-même ! Tout cela, ou un peu de tout cela si tu le veux, est à toi ; il te suffit de le demander. »

Une fois de plus, elle tourna vers lui ses étranges yeux vifs, et son regard le transperça au point qu’il se mit à frissonner comme s’il eût été transi de froid. Pourtant la peur se lisait sur son visage, comme si elle avait eu besoin d’aide, mais était trop fière pour en faire la requête. Ged ne savait que penser. Tout en parlant, elle avait mis la main sur la sienne, couvrant de ses doigts légers, fins et clairs, son puissant poignet au teint foncé. Il la supplia : « Serret ! Je ne possède pas ce pouvoir dont tu me parles ; ce que j’ai eu jadis, je m’en suis défait. Je ne puis t’aider, je ne puis t’être d’aucune utilité. Mais je sais une chose : les Anciens Pouvoirs de la terre ne sont pas pour l’usage des hommes. Ils n’ont jamais été remis entre nos mains, et entre nos mains ils ne peuvent accomplir que ruine. Quand les moyens sont néfastes, la fin l’est aussi. Je n’ai pas été attiré ici, mais poussé, et la force qui m’a poussé en ce lieu travaille à ma défaite. Je ne puis t’aider. »

« Celui qui rejette son pouvoir est parfois comblé par un pouvoir bien supérieur », dit-elle en souriant, comme si les craintes et les scrupules de Ged n’étaient que sentiments puérils. Peut-être en sais-je plus que toi sur ce qui t’a mené ici. Un homme ne s’est-il pas adressé à toi dans les rues d’Orimi ? C’était un messager, un serviteur du Terrenon. Il était lui-même sorcier jadis, mais il a jeté son bâton pour servir un pouvoir plus grand que celui de n’importe quel mage. Puis tu es arrivé à Osskil, et sur la lande tu as tenté d’affronter une ombre avec ton bâton de bois. Nous avons failli ne pas te sauver, car la chose qui te pourchasse est plus rusée que nous le croyions, et elle avait déjà pris beaucoup de ta force… Seule une ombre peut combattre une ombre. Seules les ténèbres peuvent vaincre les ténèbres. Écoute-moi, Épervier ! Que te faut-il donc pour défaire cette ombre qui te guette hors de ces murailles ? »

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