Black-Out. Demain il sera trop tard
- Автор: Elsberg Marc
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Éditions Le Livre de Poche
- ISBN: 978-2253098690
- Переводчик: Pierre Malherbet
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Black-Out. Demain il sera trop tard». Краткое содержание книги:
Elle avait dû prendre note à ce sujet que les autorités ainsi que les services de secours dans 40 % du pays ne pouvaient pas communiquer entre eux ou avec le centre de crise fédéral, sinon de manière aléatoire.
Michelsen redoutait l’apparition du marché noir. Il anéantirait la confiance dans les services officiels.
« Bon Dieu ! » jura Torhüsen, du ministère de la Santé, à ses côtés. Elle le vit se redresser et regarder les écrans qui diffusaient les quelques chaînes émettant encore. Elle ne remarqua qu’à cet instant que la plupart des personnes présentes dans la salle avaient cessé de s’affairer. La pièce était beaucoup plus silencieuse. Quelqu’un haussa le volume.
« Là, regarde, dit Torhüsen, sur CNN. »
On voyait à l’écran une jeune femme aux cheveux bruns, parlant face à la caméra. L’incrustation la présentait comme Lauren Shannon, en direct de La Haye.
Sur le bandeau, en bas de l’écran, la même phrase tournait en boucle.
Coupure de courant dans toute l’Europe — attaque terroriste supposée. Italie et Suède confirment la manipulation de leurs réseaux électriques.
Michelsen sentit quelque chose s’effondrer en elle. Les populations apprenaient les causes de tous ces maux d’abord par une chaîne de télévision plutôt que par les autorités ou la chancellerie. Ainsi, les services officiels venaient-ils de perdre une large partie de leur crédibilité. Espérons que ça n’aura pas de conséquences néfastes dans les jours à venir, se dit-elle.
« Heureusement, plus personne ou presque ne peut allumer son poste, observa Torhüsen.
— Et cependant chaque citoyen de ce pays sera au courant avant minuit, répondit-elle sans détacher son regard de l’écran. Tu peux en être certain. Et je te laisse imaginer à quel point ce sera amplifié et déformé par le téléphone arabe lorsque ça arrivera aux oreilles de tous nos concitoyens. »
Dorénavant, il ne manquait plus qu’un reportage sur la centrale nucléaire française en panne, pensa-t-elle.
« Je devrais mettre fin à votre contrat sur-le-champ », tonna Bollard. Shannon suivait la discussion sur le canapé de la chambre de Manzano.
« Je n’ai rien dit de mon travail ici, se justifia Manzano. Conformément à notre accord. C’est votre propre service de presse qui a confirmé les soupçons de Shannon.
— Après que vous lui avez parlé des codes des compteurs italiens, s’emporta le Français.
— Ça, je l’avais découvert avant notre coopération.
— La plupart des gouvernements et quelques compagnies d’électricité l’ont entre-temps confirmé, suite aux questions de votre copine. » Il désigna Shannon.
Apparaissaient à la télévision les images des reporters qui avaient repris l’histoire de Shannon. Depuis tard ce soir-là, presque chaque chaîne y consacrait une émission spéciale. Bollard soupira.
« Qu’est-ce que je fais de vous maintenant ?
— Vous me laissez coopérer. Ou vous me renvoyez chez moi. »
Bollard crispa les mâchoires.
« Au moins, c’en est fini de toutes ces cachotteries », se résigna-t-il.
« On a jeté un pavé dans la mare », commenta Manzano. Il pensa à Bondoni. Comment se portait-il, ainsi que les trois jeunes femmes, dans les montagnes ?
« Je suis fatigué, dit-il.
— Moi aussi.
— Prends la salle de bain en premier, pas de souci. »
Tandis que Shannon se préparait pour la nuit, Manzano, pensif, suivait les reportages à la télévision. L’Américaine revint en short et t-shirt. « Merci de me permettre de rester là. Et pour m’avoir tout raconté aujourd’hui.
— Pas de quoi. »
Il était encore un peu étonné qu’elle accepte aussi aisément de passer la nuit dans une chambre occupée par un inconnu. Elle pourrait quasiment être ma fille, songea-t-il. Et elle est belle.
Il alla dans la salle de bain. Fourbu, il se demanda combien de temps encore le groupe électrogène de l’hôtel allait pouvoir fournir électricité et douches chaudes.
Lorsqu’il revint dans la chambre, Shannon était déjà allongé de son côté du lit, sous la couette. Sa respiration était profonde et régulière. Sans un bruit, Manzano éteignit la télévision, s’allongea et sombra immédiatement dans un sommeil sans rêves.
Quatrième jour — mardi
En nage, Shannon s’éveilla d’un cauchemar. Elle recouvra ses sens en respirant difficilement. Elle était dans cette chambre d’hôtel. Les murs brillaient de bleu et d’orange comme dans une discothèque. À ses côtés, une personne agitée bougeait dans le lit. L’Italien, bien sûr. Elle se leva, gagna la fenêtre et écarta un peu les rideaux.
Plus bas dans la rue brûlait une maison. Les flammes sortaient des fenêtres, du toit. Une fumée épaisse montait dans le ciel nocturne. Plusieurs véhicules de pompiers se trouvaient en travers de la route, deux échelles étaient déployées, d’où l’eau arrosait l’enfer. Les soldats du feu couraient en tous sens, évacuant les habitations voisines. Des gens en pyjama, couvertures sur les épaules. Shannon prit sa caméra sur le bureau et commença à filmer.
« Sans aucun doute, quelqu’un qui aura voulu chauffer son salon avec un feu de camp », entendit-elle derrière elle. Elle sursauta. Elle n’avait pas remarqué que Manzano s’était levé.
« Nous avons beau jeu, dans notre chambre d’hôtel chauffée, répondit-elle. Le quatrième jour sans courant ni chauffage commence. Les gens sont désespérés… »
Elle fit un zoom. À une fenêtre du quatrième étage, d’où s’échappait une épaisse fumée, elle aperçut un mouvement.
« Mon Dieu… »
Une ombre faisait des signes, agrippa l’encadrement de la fenêtre, sortit sur le rebord. Une femme dans un pyjama encrassé par la suie, les cheveux en bataille sur le visage. Dans l’ouverture sombre apparut quelqu’un d’autre. Plus petit.
« Il y a encore quelqu’un, balbutia-t-elle sans bouger la caméra. Un enfant… »
La femme avait pris son enfant sur un bras ; debout sur le rebord, se retenant à l’encadrement de sa main libre, elle se penchait autant que possible avec le petit pour échapper aux fumées toxiques.
« Ils ne peuvent les atteindre avec l’échelle », chuchota Manzano.
Des flammes sortirent de la fenêtre. La femme lâcha prise, chancela, perdit l’équilibre.
Annette Doreuil ouvrit les yeux et regarda dans l’obscurité. L’odeur de la chambre avait changé. Il lui revint que l’endroit où elle se réveillait était l’une des chambres d’hôtes des Bollard. En hiver, ils n’avaient pas de clients. Hormis eux, les Doreuil, les parents de la belle-fille des Bollard.
La situation insupportable due à la coupure de courant, les mises en garde énigmatiques de leur fils, le départ précipité de Paris avaient rendu agitée leur première nuit à la campagne. Puis, hier soir, les informations. Ce n’était même plus la peine de songer à dormir. Grâce à son vieux téléphone fixe, Bollard avait essayé d’appeler son fils, en vain. Paniqués, ils avaient discuté des heures durant du sens de ces informations, jusqu’à ce que la fatigue les emporte. Annette Doreuil n’avait cessé de bouger durant son sommeil, tandis que lui parvenait la respiration régulière et profonde de son époux. Comme maintenant, entrecoupée parfois de petits et courts ronflements auxquels elle s’était habituée et qui ne la dérangeaient plus depuis des lustres.