L'homme aux cercles bleus
- Автор: Варгас Фред
- Год: 1990
- Язык: французский
- Жанр: Другие детективы
Электронная книга - «L'homme aux cercles bleus». Краткое содержание книги:
Il avait ajouté ça pour ne pas blesser.
Adamsberg passa on ne sait quel pantalon et on ne sait quelle chemise, c'est ce que nota Danglard qui était arrivé sur place quelques minutes plus tôt. Pour la chemise, il avait boutonné le samedi avec le dimanche, comme disait son père, et il s'en aperçut. Tout en regardant le cadavre, Adamsberg s'appliquait donc à remettre les boutons de sa chemise dans le bon ordre, en les défaisant tous au préalable, et sans prendre en aucune façon conscience de l'incongruité de se rhabiller sur le boulevard Raspail devant les types du commissariat du secteur. Ils le regardaient faire sans rien dire, il était trois heures trente du matin. Comme à toutes ces occasions où Danglard sentait que le commissaire allait être la cible de commentaires appuyés, il avait envie de le défendre contre vents et marées. Mais là, il n'y avait rien qu'il puisse faire.
Adamsberg acheva donc avec tranquillité de refermer sa chemise en regardant le corps, plus mutilé encore que celui de Madeleine Châtelain, à ce qu'il semblait sous la lumière des projecteurs. La gorge avait été si profondément tranchée que la tête de l'homme en était presque retournée.
Danglard, qui était aussi vaseux que devant le cadavre de Madeleine Châtelain évita d'y porter trop les yeux. La gorge, c'était son point sensible. La seule idée de porter une écharpe l'angoissait, comme si ça pouvait l'asphyxier. Il n'aimait pas se raser sous le menton non plus. Alors il regardait dans l'autre sens, vers les pieds du mort, l'un orienté près du mot « Victor», l'autre près du mot «sort». Chaussures soignées, très classiques. Le regard de Danglard suivait le corps longiligne, examinant la coupe du costume gris, la présence cérémonieuse d'un gilet. Un vieux médecin, estima-t-il.
Adamsberg considérait le corps de l'autre côté, face à la gorge du vieil homme. Ses lèvres s'emmêlaient dans un pli de dégoût, dégoût pour la main qui avait tailladé ce cou. Il pensait au gros crétin de chien baveux et c'était tout. Son collègue du 14e s'approcha et lui tendit la main.
— Commissaire Louviers. Je n'avais pas encore eu l'occasion de vous rencontrer, Adamsberg. Circonstance pénible.
— Oui.
— J'ai jugé utile de prévenir aussitôt votre secteur, insista Louviers.
— Je vous remercie. Qui c'est, le monsieur ? demanda Adamsberg.
— Je suppose que c'est un médecin à la retraite. C'est ce que raconte en tout cas la sacoche de soins d'urgence qu'il avait avec lui. Il avait soixante-douze ans. Il s'appelle Gérard Pontieux, il est né dans l'Indre, il mesure un mètre soixante-dix-neuf, bref, rien de plus à dire pour le moment que le contenu de sa carte d'identité.
— On ne pouvait pas empêcher ça, dit Adamsberg en secouant la tête. On ne pouvait pas. Un second meurtre était prévisible mais imparable. Tous les policiers de Paris n'auraient pas suffi à l'empêcher.
— Je sais ce que vous pensez, dit Louviers. L'affaire était entre vos mains depuis le meurtre Châtelain, et le coupable n'a pas été coincé. Il récidive, ce n'est jamais agréable.
C'est vrai, c'était à peu près ça que pensait Adamsberg. Il avait su que ce nouveau meurtre arriverait.
Mais pas une seconde il n'avait espéré pouvoir faire quelque chose contre. Il y a des stades de recherche où l'on ne peut rien faire qu'attendre que l'irréparable survienne pour essayer d'en tirer quelque chose de neuf. Adamsberg n'avait pas de remords. Mais il avait de la peine pour ce pauvre vieux type chic et gentil étalé par terre, qui avait fait les frais de son impuissance.
Au petit matin, le corps était emmené en fourgon. Conti était venu effectuer les photos à la lumière du premier jour, relayant son collègue du 14e. Adamsberg, Danglard, Louviers et Margellon se retrouvèrent autour d'une table du Café Ruthène qui venait de lever son volet.
Adamsberg restait silencieux, déconcertant son massif collègue du 14e qui lui trouvait les yeux voilés, la bouche tordue et les cheveux emmêlés.
— Pas la peine d'interroger les cafetiers cette fois, dit Danglard. Le Café des Arts et le Ruthène sont des établissements qui ferment trop tôt, avant dix heures. L'homme aux cercles s'y connaît en endroits déserts. Il avait déjà opéré pas loin d'ici pour le chat crevé, rue Froidevaux, le long du cimetière.
— C'est chez nous, ça, remarqua Louviers. Vous ne nous aviez pas prévenus.
— Il n'y avait pas eu meurtre, ni même incident, répondit Danglard. On s'est déplacés par simple curiosité. D'ailleurs, vous n'êtes pas exact, car c'est un de vos types qui m'a donné l'information.
— Ah, bon, dit Louviers. Content quand même d'être au courant.
— Comme le précédent cadavre, intervint Adamsberg du bout de la table, celui-ci ne dépasse pas de la circonférence du cercle. Impossible donc de démêler si l'homme aux cercles en est responsable ou si l'on s'est servi de lui. Ambiguïté, toujours. Très habile.
— Donc ? demanda Louviers.
— Donc rien. Le médecin légiste situe la mort vers une heure du matin. Un peu tard, je trouve, conclut-il après un nouveau silence.
— C'est-à-dire ? demanda Louviers qui ne se décourageait pas.
— C'est-à-dire après la fermeture des grilles du métro.
Louviers resta perplexe. Puis Danglard lut sur son visage qu'il renonçait à la conversation. Adamsberg demanda l'heure.
— Presque huit heures trente, dit Margellon.
— Allez téléphoner à Castreau. Je lui ai demandé quelques vérifications sommaires vers quatre heures trente. Il doit avoir avancé à présent. Dépêchez-vous avant qu'il aille se coucher. Castreau ne plaisante pas avec son temps de sommeil.
Quand Margellon revint, il dit que les vérifications sommaires n'avaient pas apporté grand-chose.
— Je m'en doute, dit Adamsberg, mais dites quand même.
Margellon lut ses notes.
— Le Dr Pontieux n'a pas de casier. On a déjà affranchi sa sœur, qui habite toujours dans la maison de famille de l'Indre. Il semble qu'elle soit sa seule famille. Elle a quelque chose comme quatre-vingts ans. Enfant d'un couple d'agriculteurs, le Dr Pontieux réalisa une ascension sociale qui absorba, semble-t-il, toute son énergie. La phrase est de Castreau, précisa Margellon. Bref, il est resté célibataire. D'après la gardienne de son immeuble, que Castreau a également appelée, il n'y a guère d'affaires de femmes à relever, ni de quoi que ce soit d'autre d'ailleurs. Ça, c'est Castreau qui le rajoute aussi. Il habitait là depuis au moins trente ans, avec son cabinet au troisième et son appartement au deuxième, et la gardienne l'a toujours connu. Elle dit qu'il était prévenant et bon comme du pain et elle pleure beaucoup. Résultat, aucun nuage, un homme sobre. Tranquillité, monotonie. Ça...
— Ça, c'est Castreau qui le rajoute, coupa Danglard.
— La gardienne sait-elle pourquoi le docteur est sorti hier soir ?
— Il avait été appelé au chevet d'un môme fiévreux. Il n'exerçait plus, mais d'anciens clients aimaient bien lui demander conseil. Elle suppose qu'il avait décidé de rentrer à pied. Il aimait marcher à pied, pour l'hygiène, forcément.
— Pas forcément, dit Adamsberg.