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L'homme aux cercles bleus

Электронная книга - «L'homme aux cercles bleus». Краткое содержание книги:

Victor, mauvais sort, que fais-tu dehors ? Depuis quatre mois, cette phrase accompagne des cercles bleus qui surgissent la nuit, tracés à la craie sur les trottoirs de Paris. Au centre de ces cercles, prisonniers, un débris, un déchet, un objet perdu : trombone, bougie, pince à épiler, patte de pigeon... Le phénomène fait les délices des journalistes et de quelques psychiatres qui théorisent un maniaque, un joueur. Le commissaire Adamsberg, lui, ne rit pas. Ces cercles et leur contenu hétéroclite sont de, mauvais augure. Il le sait, il le sent : bientôt, de l'anodin saugrenu on passera au tragique. Il n'a pas tort. Un matin, c'est le cadavre d'une femme égorgée que l'on trouve au milieu d'un de ces cercles bleus.
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Adamsberg fit un signe de la main et un sourire, et il se retrouva seul.

Pourquoi Charles Reyer avait-il jugé nécessaire de préciser : « C'est tout ce que j'ai su » ?

Parce qu'il en avait su plus que ça. Pourquoi avait-il avoué ce fragment de vérité ? Pour couper court à toute enquête supplémentaire.

Adamsberg appela donc l'Hôtel des Grands Hommes. Le réceptionniste du hall se souvenait de la gazette du 5e et de ce qu'en avait dit le client. De l'aveugle aussi bien sûr. Comment aurait-il oublié un tel aveugle ?

— Reyer a-t-il voulu des précisions sur l'article ? demanda Adamsberg.

— Effectivement, monsieur le commissaire. Il m'a demandé de lui lire tout l'article de la gazette. Sinon je ne m'en serais pas souvenu.

— Et comment a-t-il réagi ?

— C'est difficile à dire, monsieur le commissaire. Il avait des sourires à glacer le dos qui vous faisaient vous sentir comme un imbécile. Ce jour-là, il a eu un sourire comme ça, mais je n'ai jamais compris ce que cela voulait dire.

Adamsberg le remercia et raccrocha. Charles Reyer avait voulu en savoir plus. Et il avait accompagné Mathilde au commissariat. Quant à Mathilde, elle en connaissait plus long qu'elle n'avait dit sur le compte de l'homme aux cercles. Tout cela pouvait bien sûr n'avoir aucune espèce d'importance. Ça l'ennuyait de réfléchir à ce genre de renseignements. Il s'en débarrassa en les transmettant à Danglard. Si nécessaire, Danglard ferait ce qu'il fallait bien mieux que lui. Ainsi, il pourrait continuer à penser à l'homme aux cercles et à lui seul. Mathilde avait raison, il attendait le sursaut.

Il savait aussi ce qu'elle avait voulu dire avec son image éculée de «lumière dans les yeux». Ça a beau être éculé, ça n'en existe pas moins, la lumière dans les yeux. On en a ou on n'en a pas. Lui, ça dépendait des moments. Et pour l'instant, il savait très bien que son regard s'était perdu en mer on ne sait trop où.

Dans la nuit, il eut un sale rêve, fait de plaisir en même temps que de scènes grotesques. Il vit Camille entrer dans sa chambre, habillée en groom. L'air grave, elle avait retiré ses habits et s'était allongée contre lui. Bien que pressentant même en rêve qu'il était sur une foutue pente, il n'avait pas résisté. Et le groom du Caire avait ri en lui montrant ses dix doigts, ce qui voulait dire : « Je me suis marié dix fois avec elle. » Puis Mathilde était arrivée en disant : « Il veut t'écrouer», et elle avait tiré sa fille hors de ses bras. Et lui avait serré. Plutôt crever que de la lâcher à Mathilde. Et il s'était rendu compte que ce rêve dégénérait, que de toute façon le plaisir initial s'était enfui et qu'il valait mieux y mettre un terme en se réveillant.

Il était quatre heures du matin.

Adamsberg se leva en disant merde.

Il marcha dans l'appartement. Oui, il était sur une foutue pente. Si au moins Mathilde n'avait rien dit de sa fille, Camille n'aurait pas retrouvé cette réalité tenue sans effort à distance pendant des années.

Non. Ça avait commencé avant, quand il l'avait crue morte. C'est à ce moment que Camille avait émergé des horizons lointains où il la regardait évoluer avec tendresse et distance. Mais il avait alors déjà fait la connaissance de Mathilde, et son visage égyptien avait dû ressusciter Camille avec plus de violence qu'auparavant, voilà comment tout avait commencé. Oui, voilà comment elle avait commencé, cette dangereuse série de sensations qui étaient venues claquer dans sa tête, souvenirs se soulevant comme des ardoises au vent pendant une tempête, libérant ça et là des ouvertures dans un toit jusqu'ici entretenu avec soin. Merde. Une foutue pente. Adamsberg avait toujours placé peu d'espérances et peu d'attentes dans l'amour, non qu'il fût opposé à l'existence des sentiments, ce qui n'aurait rien voulu dire, mais cela ne motivait pas l'essentiel de sa vie. C'était comme ça, une déficience, pensait-il parfois, une chance, pensait-il d'autres fois. Et ce défaut de croyance, il ne le remettait pas en question. Cette nuit pas plus qu'une autre nuit. Mais en marchant à longs pas dans l'appartement, il constatait qu'il aurait voulu tenir une heure Camille contre lui. De ne pouvoir le faire le frustrait, il fermait les yeux pour imaginer, et cela ne lui faisait aucun bien. Où était Camille ?

Pourquoi n'était-elle pas ici pour se mettre contre lui jusqu'à demain ? Et comprendre qu'il était pris dans ce désir, irréalisable, ni maintenant ni jamais, l'exaspérait.

Ce n'était pas ce désir qui l'embarrassait. Adamsberg ne s'empêtrait jamais dans des débats d'orgueil. C'était l'impression de perdre son temps et ses rêves dans un inutile et récurrent fantasme, en sachant que la vie lui eût été depuis longtemps plus légère s'il avait su s'en débarrasser. Et débarrassé, il ne l'était pas. Ça avait été une belle connerie que de rencontrer Mathilde.

Adamsberg ne se rendormit pas et ouvrit la porte de son bureau à six heures cinq du matin. Ce fut lui qui prit l'appel, dix minutes plus tard, du commissariat du 6e arrondissement. Un cercle avait été repéré au coin du boulevard Saint-Michel et de la rue longue et déserte du Val-de-Grâce. Au centre, il y avait un dictionnaire miniature d'anglais-espagnol. Malmené par sa nuit, Adamsberg saisit cette occasion de sortir et de marcher. Un agent était déjà sur place, qui veillait sur le cercle bleu comme sur le saint suaire.

L'agent se tenait très droit près du petit dictionnaire.

Le spectacle était idiot.

Est-ce que je me trompe ? se demanda Adamsberg.

À vingt mètres de là en descendant le boulevard, un café était déjà ouvert. Il était sept heures. Il s'installa en terrasse et demanda au garçon si l'établissement fermait tard, et qui était de service entre onze heures du soir et minuit trente. Il pensait que pour rejoindre la station Luxembourg, l'homme aux cercles avait pu passer devant ce bistrot, s'il restait fidèle au métro. Le patron vint lui répondre lui-même. Il était assez agressif et Adamsberg lui montra sa carte.

— Votre nom ne m'est pas inconnu, dit le patron. Vous êtes célèbre dans votre métier.

Adamsberg laissa passer sans démentir. Ça facilitait le bavardage.

— Si, affirma le patron après avoir écouté Adamsberg. Si, j'ai vu un type pas catholique qui pourrait correspondre à ce que vous cherchez. Vers minuit cinq, il est passé en trottinant très vite pendant que je rangeais les tables en terrasse pour fermer. Vous savez ce que c'est ces chaises en plastique, ça se tortille, ça dégringole, ça s'accroche partout. Bref, l'une d'elles était tombée et il s'est pris les pieds dedans. Je me suis approché pour l'aider à se relever mais il m'a repoussé sans dire un mot et il est reparti aussi vite avec une sacoche coincée sous le coude qu'il n'avait pas lâchée.

— C'est bien ça, dit Adamsberg.

Le soleil arrivait jusqu'à la terrasse, il tournait son café, ça allait mieux. Camille regagnait enfin sa place lointaine.

— Vous en avez pensé quelque chose ? demanda-t-il.

— Rien. Si. J'ai pensé, voilà encore un pauvre gars, je dis pauvre gars parce qu'il était maigrichon, enfin voilà un gars qui a passé une soirée arrosée et qui court parce qu'il va se faire engueuler par sa bonne femme.

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