Les cavernes d'acier [The Caves of Steel - fr]
- Автор: Азимов Айзек
- Год: 1956
- Язык: французский
- Год: Hachette/Gallimard
- Переводчик: Jacques Brecard
- Жанр: Научная фантастика
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Malgré une civilisation superscientifique et l’apparition de robots intelligents, les passions humaines n’ont pas cessé pour autant et le meurtre n’a pas disparu.
Mais le problème de Lije Baley West pas seulement de retrouver un meurtrier, il est aussi d’y parvenir avant son collègue R. Daneel. R. = Robot, car R. Daneel est un androïde au cerveau électronique ultraperfectionné, créé certes par l’homme, mais qui n’attend peut-être que l’occasion de prendre sa place.
— Et qu’avez-vous trouvé ? demanda vivement Baley.
— Rien, Elijah. Pas trace de détecteur de son.
— Eh bien, monsieur Baley, dit Fastolfe, qu’en dites-vous ? Cette explication vous semble-t-elle plausible ?
— Plausible en elle-même, sans doute, répliqua Baley dont les doutes venaient de se dissiper, mais elle est fort loin de contredire ma thèse. Car ce qu’il ne sait pas, c’est que ma femme m’a dit où et quand elle a appris la chose. Elle a appris que Daneel était un robot peu après nous avoir quittés, et à ce moment le bruit courait déjà en ville, depuis plusieurs heures. Par conséquent ce ne peut pas être à la suite d’un espionnage de notre entretien qu’on a découvert la présence d’un robot spacien en ville.
— Néanmoins, répéta Fastolfe, j’estime que la visite de Daneel aux Toilettes, hier soir, est clairement expliquée.
— Peut-être, rétorqua Baley avec feu, mais ce qui n’est pas expliqué, c’est où, quand et comment, on a découvert la vérité ! Comment ces bruits ont-ils pu être lancés en ville ? Autant que je sache, nous n’étions que deux personnes au courant de cette enquête : le commissaire Enderby et moi-même, et nous n’en avons parlé à personne. Monsieur le commissaire principal, quelqu’un d’autre que nous, dans nos services, a-t-il été mis dans le secret ?
— Non, dit Enderby, qui sembla inquiet. Personne. Pas même le maire. Rien que nous et le Dr Fastolfe.
— Et lui, dit Baley, montrant Daneel Olivaw.
— Moi ? fit celui-ci.
— Pourquoi pas ?
— J’ai été constamment avec vous.
— C’est faux ! s’écria Baley, farouchement. Avant d’entrer chez moi, j’ai passé plus d’une demi-heure dans les Toilettes, et, pendant ce temps, nous n’avons plus été en contact, vous et moi. C’est à ce moment que vous vous êtes mis en communication avec vos complices en ville.
— Quels complices ? demanda le Dr Fastolfe.
— Quels complices ? s’écria presque simultanément Enderby.
Baley se leva et se tourna vers l’écran du téléphone télévisé.
— Monsieur le commissaire principal, fit-il gravement, je vous demande de m’écouter très attentivement, et de me dire si mon raisonnement ne se tient pas parfaitement. Un assassinat est commis, et, par une étrange coïncidence, il survient juste au moment où vous pénétrez dans Spacetown pour rendre visite à la victime. On vous montre les restes de quelque chose que l’on prétend être un homme, mais, depuis, le cadavre a disparu et ne peut donc faire l’objet d’une autopsie. Les Spaciens affirment que le meurtre a été commis par un Terrien ; or, cette accusation présuppose qu’un New-Yorkais a pu quitter la ville, et se rendre, seul, de nuit, à Spacetown, à travers la campagne ; et vous savez très bien que cette supposition est absolument invraisemblable. Que se passe-t-il alors ? On envoie en ville un prétendu robot, et on insiste beaucoup pour vous l’envoyer. Le premier acte de ce robot en arrivant ici est de menacer des hommes, des femmes, et de leur tirer dessus. Son second acte consiste à répandre le bruit qu’un robot spacien circule librement dans la cité ; et, en fait, la rumeur publique a été si précise qu’on a même annoncé que ce robot travaille avec la police de New York. Cela signifie que, d’ici peu, on saura que c’était lui qui se trouvait dans le magasin de chaussures. Il est très possible qu’à l’heure actuelle, la rumeur publique en circule dans les quartiers des usines de levure et dans les centrales hydroponiques…
— Mais voyons, gronda Enderby, ce que vous dites là est insensé ! C’est impossible, Lije !
— Non, non, ce n’est pas impossible ! C’est au contraire exactement ce qui se passe, monsieur le commissaire principal ! Ne voyez-vous donc pas l’opération ? Il y a en ville une conspiration, c’est bien d’accord ! Mais elle est fomentée par Spacetown ! Les Spaciens veulent annoncer un meurtre, ils veulent des émeutes, ils veulent que nous les attaquions, et plus les choses s’envenimeront, mieux cela vaudra, car cela servira de prétexte aux flottes aériennes des Mondes Extérieurs pour nous tomber dessus et occuper les villes de la Terre.
— Vous semblez oublier, répliqua doucement Fastolfe, qu’il y a vingt-cinq ans nous avions une excellente excuse pour agir ainsi, lors des émeutes de la Barrière.
— A ce moment-là, s’écria Baley dont le cœur battait à coups précipités, vous n’étiez pas prêts. Mais maintenant vous l’êtes.
— Vous nous prêtez là des plans très compliqués, monsieur Baley, dit Fastolfe. Si nous désirions occuper la Terre, nous pourrions le faire beaucoup plus simplement que cela.
— Ce n’est pas certain, docteur Fastolfe. Votre soi-disant robot m’a déclaré lui-même que l’opinion publique n’est pas chez vous unanime, quant à la politique à suivre à l’égard de la Terre. Et je crois que pour une fois, il a dit la vérité. Il se peut fort bien qu’une occupation non motivée de la Terre ne serait pas populaire dans vos Mondes, et dans ce cas, vous avez besoin de créer un incident, un gros incident monté par des agents provocateurs.
— Par exemple un meurtre, n’est-ce pas ? C’est cela que vous prétendez ? Mais vous admettrez que ce serait un simulacre de meurtre, et vous ne supposeriez tout de même pas que nous assassinerions nous-mêmes un de nos compatriotes pour le plaisir de créer cet incident ?
— Vous avez construit un robot à l’image du Dr Sarton, vous l’avez détruit, et vous avez montré ses restes au commissaire Enderby.
— Après quoi, dit Fastolfe, ayant utilisé R. Daneel pour représenter le Dr Sarton dans le faux meurtre, nous utilisons le Dr Sarton pour personnifier R. Daneel dans la fausse enquête ?
— C’est exactement cela. Et je vous fais cette déclaration en présence d’un témoin qui n’est pas dans cette pièce en chair et en os, que vous ne pouvez donc pas supprimer, et dont la qualité est telle que son témoignage sera accepté et cru par les gouvernements de la ville et de Washington. Nous serons désormais en garde contre vos agissements, maintenant que nous connaissons vos intentions. Et notre gouvernement pourra, au besoin, s’adresser directement à votre peuple et lui exposer la situation telle qu’elle est. Pour ma part, je doute fort qu’une telle piraterie interstellaire soit admise.