Les enfants d'Icare
- Автор: Кларк Артур Чарльз
- Год: 1977
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-277-11799-4
- Переводчик: Michel Deutsch
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Les enfants d'Icare». Краткое содержание книги:
L’astronef étranger s’était posé sur Terre et nul ne l’avait vu arriver. Maintenant qu’il était là, plus rien ne serait comme avant. Sans se montrer, ses occupants ne tardent pas à imposer leur volonté à l’homme. Ils exigent et obtiennent le désarmement général.
L’action des Suzerains est incontestablement bénéfique et cependant un doute terrible subsiste… Pourquoi aucun humain n’a-t-il pu les apercevoir ? L’existence de l’humanité n’est-elle pas menacée ?
On pouvait se passer ces fantaisies parce que ni le temps ni l’argent ne manquaient. La suppression des armées avait immédiatement presque multiplié par deux la richesse effective de la Terre et l’augmentation de la production avait fait le reste. Aussi était-il difficile de comparer le niveau de vie du XXIe siècle avec celui d’aucun de ses prédécesseurs. Tout était si bon marché que les produits de première nécessité étaient fournis gratuitement. Cet approvisionnement était un service public, comme l’avaient été, dans le temps, l’entretien des routes, l’adduction d’eau, l’éclairage urbain et le tout-à-l’égout. On pouvait se rendre partout où on le désirait, manger tous les mets dont on avait envie sans débourser un sou. Chacun avait acquis ce droit en devenant un membre productif de la société.
Il y avait naturellement des fainéants, mais le nombre de gens vraiment décidés à vivre dans l’oisiveté complète est beaucoup moins élevé qu’on le croit généralement. L’entretien de ces parasites était un fardeau infiniment moins lourd que celui d’une armée de poinçonneurs, de commis de magasin, d’employés de banque, d’agents de change, etc. dont la fonction essentielle consistait, somme toute, à transférer des articles d’une colonne de registre à une autre.
On avait calculé que près du quart de l’activité globale de la race humaine s’appliquait dorénavant au sport. Des sports allant des passe-temps sédentaires comme les échecs à des distractions pour casse-cou comme le ski de descente. Cet état de choses avait eu une conséquence inattendue : la mort du professionnalisme. Il y avait trop d’amateurs brillants et la mutation de l’économie avait rendu caduc l’ancien système.
L’industrie du spectacle arrivait en tête juste derrière le sport. Pendant plus de cent ans, des gens avaient cru que Hollywood était le centre du monde. C’était encore plus vrai aujourd’hui, mais l’on pouvait dire à coup sûr que les productions de l’an 2050 auraient paru d’une cérébralité incompréhensible en 1950. Un certain progrès était à noter : la dictature du box office était abolie.
Mais en dépit des divertissements et des amusements prodigués par une planète en passe de se transformer en un gigantesque Luna Park, certains trouvaient encore le temps de poser une vieille question qui n’avait jamais reçu de réponse :
— Et maintenant, où allons-nous ?
11
Jan, appuyé contre l’éléphant, les mains posées sur sa peau aussi rugueuse que l’écorce d’un arbre, examinait les longues défenses du pachyderme et sa trompe que le talent du taxidermiste avait arquée en un mouvement de défi ou de salutation. Il se demandait quelles créatures plus étranges encore contempleraient cet exilé de la Terre sur leurs mondes inconnus.
— Combien d’animaux avez-vous livrés aux Suzerains ? s’enquit-il.
— Au moins cinquante, mais celui-là est naturellement le plus gros, répondit Rupert. Il est superbe, non ? La plupart étaient de toutes petites bêtes – des papillons, des serpents, des singes, etc. Encore que j’aie eu un hippopotame l’année dernière.
Un sourire sans joie retroussa les lèvres de Jan.
— Vous allez me dire que j’ai des idées morbides mais j’imagine qu’ils doivent avoir un joli groupe d’Homo sapiens empaillés à l’heure qu’il est. Je me demande à qui est revenu l’honneur de représenter notre espèce.
— Vous avez sans doute raison, fit Rupert avec détachement. Ce devrait être facile par le truchement des hôpitaux.
— Que se passerait-il, poursuivit Jan d’une voix rêveuse, si quelqu’un se présentait volontairement comme spécimen vivant… étant évidemment entendu que le retour serait garanti ?
Son beau-frère s’esclaffa mais sans méchanceté.
— C’est une proposition ? Je dois la transmettre à Rashaverak ?
Jan examina un instant cette éventualité avec un certain sérieux. Mais il secoua la tête.
— Euh… non. Je pensais seulement tout haut. Ils repousseraient sans aucun doute ma candidature. À propos, avez-vous vu Rashaverak ces derniers temps ?
— Il m’a rendu visite il y a six mois. Il venait de mettre la main sur un livre que je recherchais. C’était gentil de sa part. Jan fit lentement le tour de l’éléphant, admirant l’art avec lequel le naturaliste l’avait à jamais fixé à l’apothéose de sa vigueur.
— Avez-vous fini par découvrir ce qu’il voulait ? enchaîna-t-il. Je veux dire qu’il semble y avoir incompatibilité entre les connaissances scientifiques des Suzerains et les recherches occultes.
Rupert lui décocha un regard soupçonneux. Était-ce une pierre dans son jardin ?
— L’explication qu’il m’a donnée m’a paru plausible. En tant qu’anthropologue, il s’intéresse à tous les aspects de notre culture. N’oubliez pas qu’ils ont tout leur temps. Ils peuvent se pencher sur des détails qu’un chercheur humain ne pourrait jamais approfondir. Lire tout le contenu de ma bibliothèque, cela n’a probablement pas coûté un effort démesuré à Rashy.
C’était peut-être vrai mais Jan n’était pas convaincu. Il avait parfois songé à confier son secret à Rupert, mais sa prudence naturelle l’avait toujours retenu. À la première visite de son ami le Suzerain, son beau-frère en laisserait échapper une partie – la tentation serait trop forte.
— Au fait, j’y pense, fit Rupert en sautant du coq à l’âne. Si vous trouvez ce spécimen colossal, que diriez-vous alors de la commande qui a été passée à Sullivan ! Il leur a promis de leur livrer les deux monstres les plus gros qui existent : un cachalot et un calmar géant. On les présentera engagés dans un duel à mort. Ça fera un sacré tableau !
Jan garda le silence. L’idée qui avait soudain germé dans son esprit était trop exorbitante, trop fantastique pour être prise au sérieux. Et pourtant, en raison même de son audace, elle pourrait réussir…
— Que vous arrive-t-il ? s’inquiéta Rupert. Un coup de chaleur ?
Jan se secoua pour revenir à la réalité.
— Non, ça va. Je me demandais seulement comment les Suzerains feront pour prendre livraison d’un colis de cette taille.
— Bah ! Un de leurs vaisseaux de fret s’amènera, ils ouvriront un panneau et hisseront l’objet à son bord.
— C’est exactement ce que je pensais.
Ç’aurait pu être une cabine d’astronef, mais ce n’était pas une cabine d’astronef. Les parois disparaissaient sous les cadrans et les jauges. Il n’y avait pas de hublots – rien qu’un large écran auquel le pilote faisait face. Le bâtiment pouvait transporter six passagers, mais pour le moment, il n’y en avait qu’un : Jan.
Il contemplait l’écran avec un intérêt passionné, enregistrant tous les aspects de l’étrange région inconnue qui passaient devant ses yeux. Inconnue… oui, aussi inconnue que ce qu’il découvrirait par-delà les étoiles si son plan délirant marchait. Il avait pénétré dans un royaume peuplé de créatures de cauchemar se dévorant les unes les autres au cœur de ténèbres que rien n’avait troublées depuis la création du monde. Un royaume au-dessus duquel les hommes naviguaient depuis des millénaires. Il s’étendait mille mètres à peine au-dessous de la quille de leurs bateaux : et pourtant, jusqu’à une date récente – quelques siècles –, il était plus mystérieux encore que la face visible de la lune.
Le pilote piquait des hauteurs océanes en direction de l’immensité, encore inexplorée, de la fosse du Pacifique Sud, suivant l’invisible réseau d’ondes sonores émises par les balises disposées sur le fond. Ils étaient encore aussi loin du plateau sous-marin que les nuages flottant au-dessus de la surface de la Terre…