Les enfants d'Icare
- Автор: Кларк Артур Чарльз
- Год: 1977
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-277-11799-4
- Переводчик: Michel Deutsch
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Les enfants d'Icare». Краткое содержание книги:
L’astronef étranger s’était posé sur Terre et nul ne l’avait vu arriver. Maintenant qu’il était là, plus rien ne serait comme avant. Sans se montrer, ses occupants ne tardent pas à imposer leur volonté à l’homme. Ils exigent et obtiennent le désarmement général.
L’action des Suzerains est incontestablement bénéfique et cependant un doute terrible subsiste… Pourquoi aucun humain n’a-t-il pu les apercevoir ? L’existence de l’humanité n’est-elle pas menacée ?
Il n’y avait pas grand-chose à voir. C’était en vain que les détecteurs du submersible fouillaient les eaux. Les perturbations dues aux tuyères avaient sans doute semé l’effroi parmi les petits poissons. Si jamais une créature avait l’idée de venir aux informations, ce serait un monstre trop énorme pour savoir ce qu’est la peur.
Le minuscule habitacle vibrait sous l’effet de l’énergie qui animait le sous-marin – cette énergie capable de tenir en échec la pression colossale qui s’exerçait sur lui, capable de créer cette petite bulle de lumière et d’air permettant à des hommes de vivre. Si elle tombait en panne, se disait Jan, ils seraient prisonniers d’un cercueil de métal enfoui dans les profondeurs du limon pélagique.
— Il est temps de faire le point, dit le pilote.
Il abaissa plusieurs commandes. Les tuyères se turent, le sous-marin ralentit doucement et finit par s’immobiliser. Il flottait maintenant en équilibre, tel un ballon atmosphérique.
Il ne fallut que quelques instants pour relever la position au sonar. « Avant de relancer les moteurs, on va voir si on entend quelque chose », annonça le pilote quand il eut terminé.
Un murmure grave et continu tomba alors du haut-parleur, inondant la petite cabine silencieuse. Jan n’arrivait pas à déceler un bruit tranchant sur les autres. C’était une rumeur uniforme noyant tous les sons individuels. C’était la conversation de myriades de créatures marines. Jan avait l’impression d’être au cœur d’une forêt grouillante de vie sauf que, dans une forêt, il aurait reconnu la voix de quelques animaux. Mais ici, il était impossible d’isoler et d’identifier un seul des fils constituant cette bruissante tapisserie. C’était si insolite, si étranger à son expérience que ses cheveux se dressaient sur sa tête. Et cependant, il s’agissait d’une partie du monde qui était le sien…
Un cri perçant creva le voile de ce bruit de fond comme un éclair déchire une sombre nuée d’orage. Très vite, il s’estompa, devint une plainte de spectre, un ululement qui mourut peu à peu. Un instant plus tard, cela se répéta, mais cette fois la source de cette lamentation était plus éloignée. Et soudain, ce fut un chœur tonitruant, un tel pandémonium que le pilote se hâta de baisser le volume du son.
— Qu’est-ce que c’est que ça, au nom du ciel ? balbutia Jan.
— Curieux, n’est-ce pas ? C’est un troupeau de baleines à une dizaine de kilomètres de nous. Je savais qu’elles étaient dans les parages et j’ai pensé que vous aimeriez les entendre.
Jan frissonna.
— Et moi qui me figurais que la mer était silencieuse ! Pourquoi mènent-elles un pareil tapage ?
— Je suppose qu’elles se causent. Sullivan pourrait vous le dire. On raconte qu’il est même capable d’identifier des baleines à l’oreille, bien que cela me paraisse difficile à croire. Tiens ! Nous avons de la visite.
Un poisson aux mâchoires invraisemblablement démesurées se profilait sur l’écran d’observation. Il semblait très gros, mais comme Jan ne savait pas quelle était l’échelle de l’image, il était malaisé de se faire une idée de sa taille. Juste au-dessous de ses ouïes se balançait un long tentacule s’achevant par un organe en forme de cloche qui échappait à l’analyse.
— Nous le voyons à l’infrarouge, dit le pilote. On va le regarder à la lumière normale.
Le poisson disparut complètement. Seul demeurait cette espèce de breloque d’où émanait une vive phosphorescence. Soudain, et cela ne dura qu’une fraction de seconde, il redevint fugitivement visible quand un chapelet de points lumineux ponctua son corps.
— C’est une baudroie. Et ça, c’est l’appât avec lequel elle attire d’autres poissons. Fantastique, hein ? Ce que je ne comprends pas, c’est pourquoi l’appât n’attire pas des poissons assez gros pour la manger, elle. Mais on ne va pas attendre toute la journée ici. Vous allez voir comment elle va s’esbigner quand je vais remettre le moteur en marche.
La cabine recommença à trépider quand le sous-marin bondit en avant. Alors, l’énorme poisson alluma tous ses feux qui clignotèrent frénétiquement en signe d’alerte et, filant comme un météore, il s’enfonça dans l’obscurité abyssale.
La lente descente reprit. Au bout de vingt minutes, les invisibles faisceaux des détecteurs accrochèrent les premiers détails du fond. Le submersible passait à la verticale d’une lointaine chaîne de collines basses à la silhouette bizarrement molle et bombée. Les aspérités qu’elles avaient peut-être eues jadis avaient été depuis longtemps gommées par la pluie incessante tombant de là-haut. Même ici, en plein Pacifique, loin des grands estuaires qui entraînaient peu à peu les continents dans la mer, elle tombait sans interruption. C’était une pluie faite de détritus que les tempêtes arrachaient aux flancs des Andes, de cadavres d’innombrables créatures, de la poussière des météores qui, après avoir erré des siècles et des siècles dans l’espace, trouvaient enfin leur dernier repos. Elle préparait dans la nuit éternelle de l’océan les fondations des terres qui émergeraient un jour.
Les collines s’éloignaient derrière eux. Elles constituaient, à en juger par les cartes que Jan avait sous les yeux, les avant-postes d’une vaste plaine encore trop distante pour que les détecteurs l’effleurent.
Ils descendaient toujours.
Une nouvelle image commençait maintenant à prendre forme sur l’écran mais, du fait de la perspective, Jan mit un moment à interpréter ce qu’il voyait. Brusquement, il comprit que le sous-marin s’approchait d’une montagne qui se dressait sur l’invisible plaine.
L’image était plus claire, à présent. À courte distance, la définition s’améliorait et l’écho était presque aussi distinct qu’une image visuelle. Jan discernait les détails, il voyait d’étranges poissons qui se poursuivaient au milieu des rochers. À un moment donné, une créature à l’aspect vénéneux dont la gueule était un gouffre béant glissa lentement devant une anfractuosité à demi cachée. Un long tentacule jaillit de façon si foudroyante que l’œil était incapable de suivre son mouvement, scellant le destin du poisson frétillant qu’il avait capturé.
— Nous sommes presque arrivés, annonça le pilote. Vous allez pouvoir voir le labo d’ici une minute.
Ils surplombaient à vitesse réduite un éperon rocheux planté au pied de la montagne. Maintenant, on apercevait la plaine. Jan estima qu’ils n’étaient plus qu’à quelques centaines de mètres du fond. Enfin, il distingua à environ un kilomètre une grappe de sphères posées sur des trépieds et que des tubulures reliaient entre elles. On aurait dit les cuves d’une usine de produits chimiques et, en vérité, elles fonctionnaient sur les mêmes principes de base que de tels réservoirs, à cette différence près que les pressions qu’elles devaient supporter étaient extérieures au lieu d’être internes.
— Qu’est-ce que c’est que ça ? demanda tout à coup Jan d’une voix étranglée en tendant un doigt tremblant en direction de la sphère la plus proche. Le curieux réseau de lignes qui s’entrecroisaient à sa surface n’était pas autre chose qu’un enchevêtrement de tentacules gigantesques. Comme le bâtiment s’en approchait, Jan vit qu’ils aboutissaient à une sorte de gros sac flasque muni de deux énormes yeux.
— Ce doit être Lucifer, répondit le pilote sur un ton indifférent. Quelqu’un est sans doute en train de lui donner son dîner.
Il enfonça une touche et se pencha au-dessus de la console.
— S.2 appelle Labo. Je suis en procédure de contact. Voudriez-vous chasser votre petit copain ?