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Les enfants d'Icare

Электронная книга - «Les enfants d'Icare». Краткое содержание книги:

« Il se trouvait à un moment où l’Histoire retient son souffle, où le présent se détache de ce qui a été… Toutes les réussites du passé se trouvaient réduites à néant, mais une seule pensée revenait inlassablement dans l’esprit de Reinhold comme un écho tenace : désormais l’homme n’était plus seul dans l’univers. »
L’astronef étranger s’était posé sur Terre et nul ne l’avait vu arriver. Maintenant qu’il était là, plus rien ne serait comme avant. Sans se montrer, ses occupants ne tardent pas à imposer leur volonté à l’homme. Ils exigent et obtiennent le désarmement général.
L’action des Suzerains est incontestablement bénéfique et cependant un doute terrible subsiste… Pourquoi aucun humain n’a-t-il pu les apercevoir ? L’existence de l’humanité n’est-elle pas menacée ?
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— C’était pour qu’il soit plus coopératif ?

— En effet. J’ai pris contact avec lui parce qu’il a une des plus riches bibliothèques du monde en ce qui concerne la parapsychologie et autres, sujets voisins. Il a refusé poliment mais fermement de me prêter un seul ouvrage de sorte que j’ai été contraint d’aller chez lui. J’ai déjà lu la moitié du fonds. Un supplice particulièrement pénible !

— Je vous crois sans peine, répliqua sèchement Karellen. Avez-vous trouvé quelque chose d’intéressant dans tout ce fatras ?

— Oui. Onze cas irréfutables de percée et vingt-sept probables. Malheureusement, le matériel est tellement hétéroclite que tout échantillonnage est impossible. En outre, les données sont inextricablement mêlées de mysticisme. Le mysticisme est peut-être l’aberration maîtresse de l’intelligence humaine.

— Et quelle est l’attitude de Boyce dans ce domaine ?

— Il prétend être sceptique et ne pas avoir d’idées préconçues mais il n’aurait évidemment pas consacré autant de temps et d’efforts à ce violon d’Ingres s’il ne croyait pas inconsciemment à la réalité de ces phénomènes. Je le lui ai fait observer et il a reconnu que j’avais sans doute raison. Il aimerait trouver une preuve convaincante. C’est pour cela qu’il poursuit ces expériences, même s’il fait mine de n’y voir qu’un amusement.

— Vous êtes certain qu’il ne soupçonne pas que votre curiosité n’est pas seulement académique ?

— Tout à fait. Par bien des côtés, Boyce est d’une jobardise et d’une naïveté remarquable, ce qui rend ses recherches dans ce domaine, précisément, presque attendrissantes. Il n’est pas nécessaire d’envisager une intervention.

— Je vois. Et la femme qui s’est évanouie ?

— C’est l’aspect le plus intéressant de toute l’affaire. Jean Morrel, c’est une quasi-certitude, a été le véhicule de l’information. Mais elle a vingt-six ans et est beaucoup trop âgée pour être elle-même un maillon clé de contact à en juger par toute notre expérience antérieure. Le maillon doit donc être quelqu’un qui lui est étroitement lié. La conclusion s’impose d’elle-même. Il ne nous reste plus beaucoup d’années à attendre. Il faut la transférer à la catégorie pourpre. Peut-être est-elle l’être humain le plus important de sa génération.

— J’y veillerai. Et le jeune homme qui a posé la question ? Est-ce une coïncidence et a-t-il agi par simple curiosité ou avait-il un autre motif ?

— Sa présence était due au hasard : sa sœur vient d’épouser Rupert Boyce. Il n’avait jamais vu les autres invités avant. Je suis persuadé qu’il n’avait pas prémédité de poser cette question, que ce sont les conditions inhabituelles du moment – et sans doute le fait que j’étais là – qui la lui ont inspirée. Compte tenu de ces facteurs, son comportement n’est guère surprenant. Il se passionne pour l’astronautique. Il est secrétaire du groupe de recherches sur le voyage dans l’espace de l’université du Cap et il est clair qu’il a l’intention de faire carrière dans cette discipline.

— Une carrière qui ne devrait pas manquer d’intérêt ! En attendant, quelle action pensez-vous qu’il entreprendra ? Et que devons-nous faire ?

— Sans aucun doute, il se livrera à quelques vérifications dès qu’il en aura la possibilité mais il n’aura aucun moyen de prouver l’authenticité de l’information et, en raison de la façon insolite avec laquelle elle lui est parvenue, il y a fort peu de chances qu’il la rende publique. Et à supposer qu’il le fasse, cela aura-t-il la moindre conséquence ?

— Je ferai évaluer les deux situations. Bien que notre Directive nous interdise de révéler les coordonnées de notre base, il est impossible d’utiliser ce renseignement contre nous.

— Je suis d’accord avec vous. Rodricks aura un renseignement dont la véracité est sujette à caution et qui ne présente aucune valeur sur le plan pratique.

— C’est ce qu’il semble, dit Karellen. Mais ne soyons pas trop catégoriques. Les êtres humains sont remarquablement ingénieux et souvent très tenaces. Il est dangereux de les sous-estimer et il conviendra de suivre la carrière de M. Rodricks. Il faut que je réfléchisse plus longuement à ce problème.

Rupert Boyce n’alla jamais vraiment au fond des choses. Après que ses hôtes eurent pris congé – avec moins de tapage que d’habitude –, il avait pensivement rangé la table dans son coin. La légère brume alcoolique qui voilait son cerveau l’empêchait d’analyser sérieusement l’incident et le souvenir même de ce qui s’était passé était déjà un peu brouillé dans sa mémoire. Il avait seulement le vague sentiment qu’il s’était produit quelque chose d’important qui lui échappait et il se demandait s’il ne devrait pas en parler avec Rashaverak. À la réflexion, il jugea que ce serait peut-être manquer de tact. Après tout, c’était son beau-frère qui était à l’origine de l’affaire et il lui en tenait plus ou moins rigueur. Mais était-ce la faute de Jan ? Était-ce la faute de quelqu’un ? Somme toute, c’était lui-même qui avait organisé l’expérience, se disait Rupert, et il se sentait un peu contrit. Mieux valait passer l’éponge. Il était préférable d’oublier tout ça. Et il l’oublia sans peine.

Peut-être aurait-il quand même fait quelque chose si l’on avait retrouvé la dernière page du carnet de Ruth mais elle avait disparu dans la confusion. Jan affirmait n’y être pour rien – et il était quand même délicat d’accuser Rashaverak. Et personne ne se rappelait exactement ce qui avait été dicté. On se rappelait seulement que cela n’avait aucun sens apparent.

George Greggson avait été le plus directement touché par l’événement. Il était incapable d’oublier la terreur qui s’était emparée de lui quand Jean s’était écroulée dans ses bras. D’un seul coup, la jeune femme inanimée avait cessé d’être l’agréable compagne d’un moment : une vague de tendresse et l’affection avait submergé George. Les femmes tombaient en pâmoison depuis des temps immémoriaux – sans que ce soit toujours prémédité, par ailleurs – et, invariablement les hommes se comportaient comme elles le désiraient. L’évanouissement de Jean avait été spontané, mais si elle l’avait mis en scène, elle n’aurait pas mieux réussi. George, ainsi qu’il devait s’en rendre compte plus tard, avait instantanément pris l’une des décisions les plus importantes de sa vie. Il avait compris que, en dépit de ses idées bizarres et des gens plus bizarres encore qu’elle fréquentait, Jean était sans conteste la seule femme qui comptait pour lui. Il n’avait pas l’intention de rompre totalement avec Noémie, ni avec Joy, ni avec Elsa, ni avec… comment s’appelait-elle donc ? Ah oui ! Denise ! Mais le moment était venu de se fixer de manière plus permanente. Et il ne doutait pas un instant que Jean serait d’accord car, dès le début, ses sentiments envers lui avaient été limpides.

Mais sa décision avait un autre moteur dont il n’avait pas conscience. L’expérience à laquelle il avait assisté tout à l’heure avait porté un coup sévère au mépris et au scepticisme qu’il professait à l’endroit des phénomènes qui excitaient tellement la curiosité de Jean. Il ne l’avouerait jamais, mais c’était un fait – et cela avait fait disparaître le dernier obstacle qui les séparait tous les deux.

Elle était allongée, pâle mais calme, sur le fauteuil à dossier rabattable de l’aérocar. Au-dessous de l’appareil, c’étaient les ténèbres, au-dessus brasillaient les étoiles. George ne savait pas où ils se trouvaient à mille kilomètres près et il s’en moquait. Ça, c’était l’affaire du robot qui les conduisait et qui ferait se poser l’aérocar chez eux dans cinquante-sept minutes, à en croire le tableau de bord.

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