Les enfants d'Icare
- Автор: Кларк Артур Чарльз
- Год: 1977
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-277-11799-4
- Переводчик: Michel Deutsch
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Les enfants d'Icare». Краткое содержание книги:
L’astronef étranger s’était posé sur Terre et nul ne l’avait vu arriver. Maintenant qu’il était là, plus rien ne serait comme avant. Sans se montrer, ses occupants ne tardent pas à imposer leur volonté à l’homme. Ils exigent et obtiennent le désarmement général.
L’action des Suzerains est incontestablement bénéfique et cependant un doute terrible subsiste… Pourquoi aucun humain n’a-t-il pu les apercevoir ? L’existence de l’humanité n’est-elle pas menacée ?
La réponse ne tarda pas :
— Labo à S.2. O.K. Allez-y pour le contact. Lucifer va dégager.
La paroi de la sphère de métal occupait presque tout l’écran, maintenant. Jan eut encore le temps d’entr’apercevoir un phénoménal tentacule ponctué de ventouses qui se repliait précipitamment devant le submersible ; puis il y eut un claquement sourd suivi d’une série de grincements quand les crampons cherchèrent les logements hérissant l’ovale lisse de la coque. Quelques minutes plus tard, le sous-marin adhérait solidement à la sphère. Les deux tambours d’entrée s’étaient verrouillés et le sas se vissait dans la large cavité filetée de l’étrave. Quand le signal indiquant que les pressions étaient égalisées s’alluma, les panneaux s’ouvrirent. Il n’y avait plus qu’à pénétrer à l’intérieur du Laboratoire Océanographique de Grands Fonds N°1.
Jan trouva le Pr Sullivan dans une petite pièce en désordre servant apparemment à la fois de bureau, d’atelier et de laboratoire, l’œil collé à un microscope braqué sur un objet ressemblant à s’y méprendre à une petite bombe. Il s’agissait vraisemblablement d’une capsule pressurisée à l’intérieur de laquelle quelque spécimen de la faune des grands fonds nageait allègrement dans des conditions de pression pour lui normales – plusieurs tonnes par centimètre carré.
— Comment va Rupert ? demanda Sullivan en levant la tête. Et en quoi puis-je vous être utile ?
— Il va très bien. Il m’a chargé de vous transmettre ses amitiés et de vous dire qu’il se ferait une joie de venir vous rendre visite si sa claustrophobie ne l’en empêchait.
— Il est certain qu’il ne serait pas à la noce ici, sous cinq mille mètres d’eau ! Et vous, ça ne vous gêne pas ?
Jan haussa les épaules.
— Pas plus que si j’étais à bord d’un stratojet. S’il y a un pépin, le résultat est le même dans les deux cas.
— C’est le bon sens même, mais le nombre de gens qui partagent ce point de vue est étonnamment restreint. (Sullivan se mit à jouer avec les vis de réglage de son microscope, puis décocha un coup d’œil intrigué à son visiteur.) Je serais ravi de vous faire faire le tour du propriétaire, mais je dois vous avouer que j’ai été un peu surpris quand Rupert m’a fait part de votre requête. Qu’un fanatique des choses de l’espace comme vous s’intéresse à notre travail, cela échappe à ma compréhension. Ne vous tromperiez-vous pas de direction, par hasard ? (Il exhala un petit rire amusé.) Pour ma part, je n’ai jamais compris pourquoi vous êtes si pressé d’aller là-haut. Répertorier et classer tout ce qu’abritent les mers demandera encore des siècles.
Jan prit une profonde aspiration. Il était content que Sullivan ait lui-même abordé le sujet : cela faciliterait sérieusement les choses. En dépit du ton badin employé par l’ichtyologiste, ils avaient beaucoup de points communs, tous les deux. Il ne devrait pas être tellement compliqué de s’entendre avec lui, d’obtenir son amical concours. Sullivan était un homme d’imagination – autrement, il ne se serait pas passionné ainsi pour le monde sous-marin. Mais il était nécessaire d’être prudent, car ce que Jan se préparait à lui demander était peu orthodoxe, c’était le moins qu’on pouvait dire.
Un point, en tout cas, était acquis : même si Sullivan refusait de l’aider, il ne trahirait pas son secret. Et ici, dans ce tranquille petit bureau tout au fond de l’océan, il n’y avait guère de danger que les Suzerains, quels que fussent leurs prodigieux pouvoirs, puissent surprendre leur conversation.
— Professeur Sullivan, commença Jan, vous vous intéressez à la faune pélagique. À supposer que les Suzerains vous interdisent de descendre dans l’océan, quels seraient vos sentiments ?
— Je me sentirais frustré à l’extrême, c’est évident.
— Je n’en doute pas. Mais supposons encore que vous ayez un jour l’occasion de parvenir à votre but sans qu’ils le sachent. Que feriez-vous ? Saisiriez-vous la balle au bond ?
Sullivan n’avait pas le goût de l’hésitation.
— Et comment ! On discuterait plus tard.
Il n’y a plus qu’à ferrer, se dit Jan. Il ne peut plus reculer, maintenant – à moins qu’il n’ait peur des Suzerains. Et je doute qu’il soit homme à avoir peur de quoi que ce soit.
Jan se pencha au-dessus de la table encombrée et se prépara à expliquer son affaire.
Sullivan n’était pas un imbécile. Avant même que son interlocuteur eût ouvert la bouche, il lui adressa un sourire sardonique.
— C’est donc ça qui vous amène ? Très, très intéressant ! Eh bien, entrez dans le vif du sujet et dites-moi pourquoi je devrais vous aider.
12
À une époque antérieure, le Pr Sullivan aurait été considéré comme un objet de luxe onéreux. Le coût de ses recherches équivalait à celui d’une petite guerre, et en vérité, on pouvait le comparer à un général perpétuellement en campagne contre un ennemi qui ne désarmait jamais. Cet ennemi, c’était la mer et elle combattait avec ses propres armes : le froid, l’obscurité, et surtout, la pression. Sullivan, de son côté, affrontait l’adversaire avec son intelligence et son savoir-faire d’ingénieur. Il avait remporté beaucoup de victoires, mais la mer était patiente : elle pouvait attendre. Sullivan savait qu’un jour ou l’autre, il commettrait une erreur. Au moins avait-il la consolation d’être sûr qu’il ne se noierait pas. Ce serait beaucoup trop rapide pour qu’il en ait le temps.
Il s’était refusé à s’engager dans un sens ou dans un autre quand Jan avait formulé sa requête, mais il savait d’avance quelle serait sa réponse finale. C’était l’occasion d’une expérience on ne peut plus intéressante. Malheureusement, il n’en connaîtrait jamais l’aboutissement. Enfin ! cela n’avait rien de nouveau dans le domaine de la recherche et il avait lancé d’autres programmes qui ne seraient pas achevés avant bien des décennies.
Le Pr Sullivan était un homme courageux et intelligent, mais quand il examinait rétrospectivement sa carrière, force lui était de reconnaître qu’elle ne lui avait pas apporté le genre de renommée qui fait vivre le nom d’un savant à travers les siècles. Et voilà que se présentait l’occasion, totalement inattendue, de faire entrer le sien dans l’Histoire par la grande porte. Il n’aurait avoué cette ambition à personne. Cependant, il fallait lui rendre cette justice : il aurait aidé Jan même si son rôle dans la conspiration avait dû rester à jamais ignoré.
Jan, quant à lui, se tâtait, à présent. La dynamique de sa découverte l’avait entraîné jusqu’au point où il en était arrivé sans que cela lui eût coûté beaucoup d’efforts. Il s’était documenté, mais n’avait rien entrepris de positif pour matérialiser son rêve. Mais dans quelques jours, il serait contraint de prendre sa décision. Si le Pr Sullivan acceptait de lui apporter son concours, il n’y aurait plus moyen de battre en retraite. Il lui faudrait faire face à l’avenir qu’il avait choisi avec toutes ses conséquences.
Finalement, ce qui lui fit sauter le pas fut l’idée que, s’il laissait passer cette chance incroyable, il ne se le pardonnerait jamais. Il passerait le reste de son existence à se vautrer dans de vains regrets – et rien ne pouvait être plus odieux que cette perspective.
La réponse de Sullivan lui parvint quelques heures après qu’il eut tranché. Cette fois, les dés étaient jetés. Sans hâte, parce qu’il avait encore tout son temps, il commença à mettre ses affaires en ordre.
« Ma chère Maïa – ainsi commençait la lettre –, ce que j’ai à t’apprendre te causera une certaine surprise – et c’est un euphémisme. Quand tu liras ces lignes, j’aurai quitté la Terre. Mais n’en déduis pas que je serai allé sur la Lune comme bien des gens. Non : je serai en route vers la planète des Suzerains. Je serai le premier homme à s’évader du système solaire.