Les enfants d'Icare
- Автор: Кларк Артур Чарльз
- Год: 1977
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-277-11799-4
- Переводчик: Michel Deutsch
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Les enfants d'Icare». Краткое содержание книги:
L’astronef étranger s’était posé sur Terre et nul ne l’avait vu arriver. Maintenant qu’il était là, plus rien ne serait comme avant. Sans se montrer, ses occupants ne tardent pas à imposer leur volonté à l’homme. Ils exigent et obtiennent le désarmement général.
L’action des Suzerains est incontestablement bénéfique et cependant un doute terrible subsiste… Pourquoi aucun humain n’a-t-il pu les apercevoir ? L’existence de l’humanité n’est-elle pas menacée ?
George, tout penaud, préféra céder son tour.
— Quelle est ma couleur préférée ? demanda Maïa.
— BLEU.
— C’est tout à fait exact.
— Mais cela ne prouve rien, fit remarquer George. Il y a au moins trois personnes qui le savaient.
Benny prit le relais :
— Quelle est la couleur favorite de Ruth ?
— ROUGE.
— C’est vrai, Ruth ?
Ruth leva les yeux de dessus son carnet.
— Oui, mais Benny le sait et il fait partie du cercle.
— Non, je ne le savais pas, rétorqua l’intéressé.
— Tu aurais pourtant dû. Je te l’ai répété assez souvent.
— Souvenir subconscient, murmura Rupert. C’est courant. Mais ne pourriez-vous pas poser des questions intelligentes, s’il vous plaît ? Ça a bien démarré et je ne voudrais pas que l’expérience tombe à l’eau.
Paradoxalement, la banalité même du phénomène commençait à impressionner George. Il n’y avait pas d’explication d’ordre supranormal, il en était convaincu : comme Rupert l’avait dit, le disque réagissait simplement aux mouvements musculaires inconscients des participants. Mais le fait même était étonnant. Il n’aurait jamais pensé que l’on puisse obtenir des réponses aussi précises et aussi instantanées. Il voulut essayer de voir s’il pouvait influencer la table en lui faisant épeler son propre nom mais, à part le G, la réponse ne signifia rien et il en conclut qu’il était pratiquement impossible qu’une personne parvienne à diriger les déplacements de l’indicateur sans que les autres s’en rendent compte.
Au bout d’une demi-heure, Ruth avait transcrit plus d’une douzaine de messages, dont certains fort longs. Il y avait de temps en temps des fautes d’orthographe et des erreurs de syntaxe mais peu nombreuses. Quelle que fût l’explication, George avait à présent la certitude qu’il n’intervenait pas consciemment dans les résultats. À plusieurs reprises, pendant qu’un mot était épelé, il avait cherché à deviner la prochaine lettre et, à partir de là, le sens du message mais, à tous les coups, le disque avait pris une direction inattendue et dicté quelque chose d’entièrement différent. En vérité, comme il n’y avait pas d’interruption entre la fin d’un mot et le début du suivant, le texte était parfois totalement indéchiffrable tant que Ruth ne l’avait pas relu.
La démonstration donnait à George l’inquiétant sentiment d’être confronté à une intelligence indépendante et dotée de libre arbitre. Et pourtant, il n’y avait pas de preuves décisives, ni dans un sens ni dans un autre, en raison de la banalité, de l’ambiguïté des réponses. Que déduire, par exemple, d’un message tel que celui-ci ?
CROIRENATUREHUMAINEESTAVECVOUS.
Il sortait néanmoins quelquefois des apophtegmes évoquant des vérités profondes, troublantes, même :
SERAPPELERHOMMEPASSEULPRÈSHOMMEESTPAYSDAUTRES.
Mais tout le monde le savait, évidemment, encore que l’on ne pouvait pas savoir si le message se référait exclusivement aux Suzerains.
George avait maintenant grand sommeil. Il était plus que temps de rentrer, se disait-il dans une demi-somnolence. Tout cela était très curieux, mais ça menait nulle part, et il ne faut pas abuser des bonnes choses, on finit par s’en lasser. Il jeta un coup d’œil à la ronde. Benny avait l’air de penser comme lui, Maïa et Rupert avaient le regard un peu vitreux, Jean… Depuis le début, elle prenait la chose trop au sérieux et son expression tracassait George. On aurait presque dit qu’elle avait tout à la fois peur d’arrêter et peur de continuer.
Quant à Jan… Que pensait-il des passe-temps farfelus de son beau-frère ? Le jeune ingénieur n’avait pas posé une seule question et aucune des réponses n’avait paru le surprendre. Il donnait l’impression d’étudier les déplacements du disque comme il aurait examiné n’importe quel autre phénomène scientifique.
Rupert émergea de l’espèce de léthargie dans laquelle il semblait avoir sombré.
— Encore une question et on arrête. À vous de la poser, Jan. Vous n’avez encore rien demandé.
Chose bizarre, Jan n’eut pas l’ombre d’une hésitation. Comme s’il avait choisi depuis longtemps sa question et avait attendu l’occasion de la formuler. Il posa un instant les yeux sur l’impassible Rashaverak avant de lancer d’une voix claire et calme :
— Quelle est l’étoile autour de laquelle tourne la planète des Suzerains ?
Rupert retint le sifflement de surprise qui lui montait aux lèvres. Maïa et Benny n’eurent aucune réaction. Jean avait fermé les yeux et semblait s’être assoupie. Rashaverak s’était penché en avant de façon à pouvoir regarder le cercle par-dessus l’épaule de Rupert.
Le disque s’ébranla.
Quand il se fut à nouveau immobilisé, il y eut un court silence que Ruth brisa en demande d’un ton déconcerté :
— Qu’est-ce que ça veut dire, NGS 549672 ?
La question demeura sans réponse car, au même moment, George s’écria d’une voix angoissée :
— Aidez-moi. Je crois que Jean s’est évanouie.
9
— Parlez-moi un peu de ce Boyce.
Karellen n’avait naturellement pas articulé ces mots et la pensée qu’il exprimait en réalité était beaucoup plus subtile. Une oreille humaine n’aurait perçu qu’une brève rafale de sonorités modulées qui n’auraient pas été sans ressembler quelque peu à un message en morse ultra-rapide. On avait enregistré quantité d’échantillons du langage des Suzerains, mais leur extrême complexité défiait l’analyse. La vitesse même de l’émission était telle qu’aucun interprète, eût-il maîtrisé tous les éléments de leur idiome, n’aurait assurément pu suivre une conversation normale.
Le Superviseur de la Terre, tournant le dos à Rashaverak, était debout, les yeux fixés sur le gouffre multicolore du Grand Canyon. À dix kilomètres de là, mais à peine estompées par la distance, ses parois en terrasses étaient écrasées de soleil. Un convoi de mulets avançait lentement dans les profondeurs de la vallée et Karellen s’étonnait que les êtres humains dans leur majorité adoptassent encore un comportement primitif chaque fois que l’occasion s’en présentait. On pouvait atteindre le lit du canyon en un clin d’œil et sans se fatiguer si on le voulait. Et pourtant, les Terriens préféraient cahoter le long de ces pistes qui étaient sans doute aussi périlleuses qu’elles le paraissaient.
Karellen fit un geste imperceptible. Le grandiose décor s’effaça. Il n’y avait plus, maintenant, sur l’écran qu’une étendue vide et indistincte d’une profondeur indéterminée. Le Superviseur était à nouveau en face des réalités de son bureau et de sa mission.
— Rupert Boyce est un personnage un peu singulier, répondit Rashaverak. Professionnellement parlant, il a la responsabilité de l’état de santé de la faune dans une importante section de la grande Réserve africaine. Il est très efficace et aime son travail. Comme il lui incombe de surveiller des milliers de kilomètres carrés de jungle, il est en possession de l’un des quinze traqueurs panoramiques que nous avons prêtés aux indigènes. Les mesures de sécurité habituelles ont été prises, bien entendu. J’ajoute que le modèle dont il dispose est le seul qui soit à la fois récepteur et émetteur. Il a fait valoir des arguments si solides que nous avons accepté sa requête.
— Lesquels ?
— Il voulait se montrer à différents animaux sauvages pour qu’ils s’habituent à le voir et ne l’attaquent pas quand il serait physiquement présent. Cela a donné d’excellents résultats pour les bêtes qui dépendent plus de la vue que de l’odorat – mais il finira probablement par se faire tuer un jour. Évidemment, il y avait aussi une autre raison pour que nous lui confiions l’appareil.