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Les petits dieux [Small Gods - fr]

Электронная книга - «Les petits dieux [Small Gods - fr]». Краткое содержание книги:

Or il advint qu’en ce temps-là le grand dieu Om s’adressa à Frangin, l’Elu :
“Psst !”
Frangin s’arrêta au milieu d’un coup de binette et fit du regard le tour du jardin du temple. “Pardon ?” lança-t-il.
C’était une belle journée de printemps prime. Les moulins à prière tournaient joyeusement dans le vent qui tombait des montagnes. En altitude, un aigle solitaire décrivait des cercles.
Frangin haussa les épaules et retourna à ses melons.
Le grand dieu Om s’adressa derechef à Frangin l’Elu :
“T’es sourd, mon gars ?”
Une lourde responsabilité attend le jeune novice : prévenir une guerre sainte. Car il est des hérétiques, voyez-vous, pour prétendre, contrairement au dogme de l’Eglise, que le monde est plat et qu’il traverse l’univers sur le dos d’une immense tortue…
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Une des déesses avait eu de gros ennuis avec ses vêtements, nota Frangin ; si frère Nonroid avait été là, il lui aurait fallu se dépêcher d’aller s’allonger un bon moment.

« Pétulia, déesse de l’affection négociable, la présenta Om. Vénérée par les dames de la nuit et des autres moments de la journée, si tu vois ce que je veux dire. »

La bouche de Frangin béa.

« Ils ont une déesse pour les messalines peintes ?

— Pourquoi pas ? Un peuple très religieux, à ce que j’ai compris. Il a l’habitude de… Il passe beaucoup de temps à… Écoute, on prend les fidèles où on les trouve. La spécialisation. La sécurité, tu vois. Risques réduits, rendements garantis. Il existe même sûrement un dieu de la laitue quelque part. Je veux dire, peu de chances qu’un autre veuille devenir dieu de la laitue. Tu te déniches une communauté qui cultive la laitue et tu attends. Les dieux du tonnerre, ça va, ça vient, mais c’est vers toi que la communauté se tourne à chaque invasion du parasite de la salade. Faut… euh… lui rendre cette justice, à Pétulia. Elle a repéré un créneau dans le marché et elle l’a occupé.

— Il existe un dieu de la laitue ?

— Pourquoi pas ? S’il y a assez de monde pour croire, tu peux devenir dieu de n’importe quoi… »

Om se tut et attendit pour voir si Frangin avait remarqué. Mais le novice avait apparemment autre chose en tête.

« Ce n’est pas bien. De traiter les gens comme ça. Ouille. »

Frangin venait de percuter le dos d’un sous-diacre. Le groupe s’était arrêté, en partie parce que l’escorte éphébienne avait elle aussi fait halte, mais surtout parce qu’un homme descendait la rue à toutes jambes.

Plus tout jeune, il rappelait à maints égards une grenouille qu’on aurait laissée se dessécher un certain temps. Vu son allure, le qualificatif d’« alerte » venait sans doute d’ordinaire à l’esprit des passants, mais cette fois-ci devaient plutôt s’imposer les expressions « nu comme un ver » voire « trempé comme une soupe », lesquelles exprimaient tout autant l’exacte vérité. Il portait tout de même une barbe. Une barbe dans laquelle on aurait pu dresser sa tente.

Le bonhomme dévala la rue à pas pesants sans paraître gêné et s’arrêta devant une échoppe de potier. L’artisan n’eut pas l’air de s’inquiéter qu’un petit bonhomme nu et mouillé s’adresse à lui ; pour tout dire, personne dans la rue ne lui avait manifesté d’intérêt.

« Je voudrais un pot numéro neuf et de la ficelle, s’il vous plaît, demanda le vieux.

— De suite, monsieur Légibus. »

Le potier baissa la main sous son comptoir et sortit une serviette. L’homme nu la prit d’un air absent. Frangin eut l’impression que ce n’était pas la première fois que la scène se produisait.

« Et un levier d’une longueur infinie et… euh… un point d’appui, ajouta Légibus en se séchant.

— Tout ce que j’ai, vous le voyez, monsieur. Des pots et des articles domestiques divers, mais je suis un brin à court de mécanismes axiomatiques.

— Bé alors, est-ce que vous avez un morceau de craie ?

— M’en reste un peu de la dernière fois », répondit le potier.

Le petit bonhomme nu prit la craie et se mit à tracer des triangles sur le pan de mur le plus proche. Puis il baissa la tête.

« Té, pourquoi je n’ai pas de vêtements ? s’étonna-t-il.

— On a encore pris son bain, hé ? fit le potier.

— J’ai laissé mes vêtements dans le bain ?

— Une idée vous serait pas venue pendant que vous preniez votre bain, des fois ? souffla le potier.

— C’est ça ! C’est ça ! Que j’ai trouvé une idée formidable pour déplacer le monde ! fit Légibus. Système de levier tout bête. Devrait marcher au poil. C’est juste une question de réglage des détails techniques.

— Chouette. On pourra passer l’hiver dans des pays chauds.

— Je peux emprunter la serviette ?

— Té, c’est la vôtre, monsieur Légibus.

— Ah bon ?

— Comme je vous dis, vous l’avez laissée là l’autre fois. Vous vous rappelez ? Quand vous avez eu votre idée de phare.

— Bien. Bien », fit Légibus en s’enroulant dans la serviette. Il traça encore des traits sur le mur. « Bien. D’accord. J’enverrai quelqu’un plus tard prendre le mur. »

Il se retourna et parut voir les Omniens pour la première fois. Il les regarda d’un air interrogateur puis haussa les épaules.

« Hmm », fit-il avant de s’en repartir sans se presser.

Frangin tira sur la cape d’un soldat éphébien.

« Excusez-moi, mais pourquoi on s’arrête ? demanda-t-il.

— Les philosophes, ils ont la priorité, répondit le soldat.

— Qu’est-ce que c’est, un philosophe ?

— Quelqu’un d’assez malin pour trouver un boulot sans rien de lourd à soulever, fit une voix dans sa tête.

— Un infidèle en quête du juste sort qui lui est sûrement réservé, fit Vorbis. Un concepteur de raisonnements fallacieux. Cette cité maudite les attire comme un tas de fumier attire les mouches.

— En réalité, c’est le climat, rectifia la voix de la tortue. Réfléchis. Si tu as la manie de sauter de ton bain et de galoper dans la rue chaque fois que tu penses avoir trouvé une bonne idée, tu ne tiens pas à vivre dans un pays froid. Sinon, tu y laisses ta peau. La sélection naturelle, ça. Éphèbe est connue pour ses philosophes. C’est mieux que le théâtre de rue.

— Quoi ? Des tas de vieux bonshommes courent dans la rue tout nus ? s’étonna Frangin tout bas alors qu’ils se remettaient en marche.

— Plus ou moins. Si tu passes tout ton temps à réfléchir sur l’univers, tu as tendance à en oublier les détails mineurs. Comme ton pantalon. Et sur les cent idées qui leur viennent, quatre-vingt-dix-neuf ne servent strictement à rien.

— Pourquoi on ne les enferme pas quelque part en lieu sûr, alors ? Ils ne m’ont pas l’air très utiles.

— Parce que la centième idée, répondit Om, est souvent du tonnerre.

— Quoi ?

— Regarde la tour la plus haute sur le rocher. »

Frangin leva la tête. Au sommet de la tour, protégé par des bandes de métal, se dressait un grand disque qui étincelait dans le soleil du matin.

« Qu’est-ce que c’est ? chuchota-t-il.

— La raison pour laquelle Omnia n’a quasiment plus de flotte de guerre, répondit Om. Voilà pourquoi ça vaut toujours la peine d’avoir quelques philosophes sous la main. Un coup on a droit à “La vérité est-elle la beauté et la beauté est-elle la vérité ?” ou “Un arbre qui s’abat dans la forêt fait-il du bruit s’il n’y a personne pour l’entendre ?”, et au moment où l’on croit qu’ils vont se mettre à baver, y en a un qui annonce : “Au fait, si on installait un réflecteur parabolique de dix mètres sur une hauteur pour renvoyer les rayons du soleil aux bateaux ennemis, ce serait une démonstration très intéressante des principes de l’optique.” Les philosophes, ça nous sort sans arrêt de nouvelles idées étonnantes. Avant ça, il y a eu un appareil compliqué qui illustrait les principes de la force de levier en projetant par ailleurs des boules de soufre enflammé à trois kilomètres. Et encore avant, je crois, une espèce de truc sous-marin qui tirait des rondins pointus dans le fond des bateaux. »

Frangin observa encore le disque. Il n’avait pas compris le tiers des termes de la dernière explication.

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