Du brut pour les brutes
- Автор: Дар Фредерик
- Серия: Le Commissaire San-Antonio #39
- Год: 1968
- Язык: французский
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «Du brut pour les brutes». Краткое содержание книги:
Espion international…
Recherché dans une tripotée de pays…
Enfin le genre de mec que tout flic normalement constitué rêve d'agrafer à son palmarès !
Figurez-vous que je l'ai précisément sous les yeux, en ce moment…
Il est assis dans un restaurant russe et il jaffe du caviar comme un qui aurait la conscience tranquille et le larfouillet bourré.
Seulement voilà qu'un pastaga démarre dans les parages : un jules, laid comme un dargif de singe, entreprend de dérouiller sa poule, une ravissante môme de vingt berges.
Mais ce n'est pas le genre de chose qu'on fait devant S. -A, pas vrai ?
Alors je sors mon uppercut des grands jours…
Et pendant la bagarre, le Boris, lui, il prend la tangente !
Vilaine affure, les gars, mais cette brute de S. -A. n'a pas dit son dernier mot !
Je m’en vais une fois de plus dans le sirop. Le champagne coule sur moi. Les morceaux de verre lardent ma viande. Good night !
CHAPITRE XIX
ET DERNIER !
Dix minutes plus tard, on m’a ramené au jour. On a essuyé mon sang, épousseté mes fringues, massé mes bosses.
Bérurier se tient debout, bien cambré sur ses solides guitares. Il attend que je reprenne conscience, en mangeant ses huîtres.
— Tu parles d’un cirque, me fait-il. Ça va mieux ?
— Je suis tout étourdi.
— Comme Manon, dit le preux Béru. T’as eu de la chance de me connaître. Sans moi, notre julot se barrait.
— Qu’est-ce que tu as fait ?
Il rit, heureux, superbe, détendu, assouvi, fier de sa personne, de son intelligence et de son succès.
— J’sus t’arrivé z’ici peu de temps z’après toi. C’est moi que j’ai fait allumer les caves.
— Bravo.
— Au lieu de cavaler dans ce labyrinthe, j’ai étudié la topographie.
— Re-bravo…
— Il existe au fond de la cave une seconde, toute petite, où ce qu’on entreprose les crus milléminisés. Ceuss que se tapent les rois, les zagakans et les pleins aux as… Elle ferme par une grille commandée électriquement. J’ai fait lever la grille. Ensuite on a commencé la battue. Le mec s’est réfugié dedans cette seconde cave comme dans un piège et ç’a été bête comme chou de l’avoir.
— Tu l’as capturé ?
Le Gros glisse deux doigts timides dans le trou arrière de son futal. Il gratte mélancoliquement la partie la moins présentable de sa personne.
— C’est-à-dire, fait-il, comme il faisait du rebecca, je… Heu, je l’ai flingué !
Il me désigne un tas sombre à l’écart.
— A ta disposition, tu vois.
Je m’approche du cadavre de l’homme. Il a une bastos entre les deux yeux. Je le fouille méthodiquement afin de récupérer les documents, mais va-te-faire-voir, comme on dit à la cour d’Angleterre. Il n’y a pas plus de documents dans ses poches que de francs lourds dans la poche d’un kangourou.
Cette constatation me sonne plus encore que l’écroulement des bouteilles de champ’ sur mon dôme.
Je file mon blaze au patron des caves en lui disant de se présenter dans une plombe au commissariat de la ville pour les déclarations et, escorté de Béru, je rallie la rue des Berceaux.
— On peut dire que t’as été drôlement baptisé, se marre la Tronche. Tu parles d’une dégustation.
Je ne réponds rien. Ce demi-échec m’a rendu amer. Embroktaviok a-t-il cédé les documents à Paris avant d’arriver ici ? Ça m’en a tout l’air. La bouille du Vioque, quand je lui apprendrai qu’ils sont à jamais perdus pour nous !
M’est avis qu’il va perdre un peu la face, San-A., le trop fameux !
Nous retrouvons Pinaud avec du sparadrap sur la coquille. Mme Godemiche l’a pansé comme une fille, aidée de la pauvre maman Piedchaud, tandis que le gars Ferdinand était enchaîné par ses menottes au tuyau du chauffage central. (Béru a de la présence d’esprit.)
Le débris d’os lisse sa moustache de chat qui se serait trop approché des braises.
— Figure-toi qu’on sonne. Je vais pour t’appeler, et puis je me dis que ça donnerait l’alerte pour si c’était un type de la bande. Je sors mon revolver et je vais ouvrir. Un gars était devant la lourde. Cette présence d’esprit ! J’admire, je te jure. En une seconde, il comprend le topo. Il me fonce bille en tête dans l’estomac. Je culbute, le souffle coupé. Et il me finit d’un coup de crosse…
Je me tourne vers la veuve Godemiche. L’émotion lui a mis sur les joues une merveilleuse rougeur. Une fille comme elle, ça a un certain nombre d’heures de vol. Ça peut décoller de n’importe quel aérodrome à mi-mis. Je me laisserais volontiers enlever le plus gros par une dame de cet acabit.
— Rassure-toi, fais-je à Pinaud, si ça peut te consoler, tu es bien vengé.
— Grâce à moi ! tonitrue Béru.
Je lui fait un massage de semelle sur les mollets. Il la boucle.
— Tu as arrêté le type ? demande le Révérend.
— Oui. Il est blessé à mort. Mais heureusement il a pu parler…
— Sans charre !
— Un homme qui se sent fichu perd toute dignité. Il s’est affalé comme une lavasse.
— Fais gaffe ! hurle Béru.
Mais son exclamation était superflue. J’avais l’œil sur la mère Godemiche et je l’ai vue me foncer dessus, armée d’un couteau à pain qu’elle avait ramassé sur la table.
Homme et judocastre je suis. Deux prises de qualité.
Le couteau à pain est à terre, la petite panthère aussi.
— Je vais te faire une fleur pour te récompenser, dis-je au Gros. Fouille madame !
CONCLUSION
Le Vieux est radieux comme un premier mai ensoleillé. Il me presse la main avec énergie, chaleur et émotion.
— Bravo, San-Antonio. Voilà du beau, du bon, de l’excellent travail.
Je proteste :
— Un travail qui a bien failli ne rien donner. Si je n’avais pas été frappé par la clémence de ces gens (qui se sont avérés par ailleurs si impitoyables) pour Mme Godemiche, tout ratait et l’habile femme pouvait conserver les documents cachés dans son soutien-gorge. D’autre part, lors de ma première visite à Mme Godemiche, elle m’avait parlé d’une Simca coupé. C’est ce qui a renforcé ma conviction de son appartenance à la bande. Heureusement ma ruse a réussi. Elle s’est crue perdue. Ferdinand a raison, les gonzesses n’ont pas les nerfs solides.
Le Vieux fronce les sourcils.
— Je veux dire : les dames, patron, excusez-moi.
— Drôle de chef de bande que cette femme de la gentry, hmm ? rêvasse le tondu.
— Habile chef de bande, dis-je. Seul Embroktaviok savait qui elle était. C’était lui qui a fait rentrer Ferdinand à son service. Le comble de la prudence, ç’a été de se faire passer pour une victime de la bande aux yeux de la bande elle-même. C’est la première fois que je vois ça !
Le boss me pose sa main satinée sur l’épaule :
— Vous en verrez d’autres, promet-il.